Congrès de la FNB à ÉvreuxFace au ministre, le « non au Mercosur ! » des éleveurs de bovins viande

| par | Terre-net Média

Réunis en congrès du 6 au 8 février à Évreux, dans l'Eure, les éleveurs de bovins viande de la Fédération nationale bovine ont rappelé clairement au ministre de l'agriculture leur opposition à l'accord en négociation entre l'UE et les pays du Mercosur. A ce « signal à contre-courant des discours » s'ajoute un projet de loi sur les négociations commerciales décevant pour les producteurs.

Au congrès 2018 de la FNB à Evreux, des éleveurs de la région Pays-de-la-Loire ont brandi une banderole devant le ministre de l'agriculture venu prononcé son discours et échanger avec eux.Au congrès 2018 de la FNB à Évreux, des éleveurs de la région Pays-de-la-Loire ont brandi une banderole devant le ministre de l'agriculture venu prononcer son discours et échanger avec eux. (©@EleveursBovins)

Mercredi 7 et jeudi 8 février se tenait à Évreux, dans l’Eure, le congrès 2018 de la fédération nationale bovine. Un congrès à la sauce normande, au cœur d’une région davantage reconnue pour ses grandes cultures que pour ses élevages allaitants, mais choisie justement par les représentants du syndicat pour mettre en avant « la complémentarité de l’élevage et des productions végétales ».

Pour la FNB, ce congrès se voulait d’abord fédérateur autour de la démarche « Éleveur et engagé », lancée par la fédération en juin 2016 pour développer une meilleure rémunération grâce à la montée en gamme collective de la production. Malgré le bon développement de la démarche, les éleveurs vendent toujours leurs animaux en dessous des coûts de production et dégagent des revenus bien inférieurs au Smic, quand ils ne sont pas négatifs.

« Il nous manque 1 €/kg pour couvrir nos charges », avait résumé Bruno Dufayet lors d’un point presse fin janvier. Le kilo de carcasse catégorie R est vendu en moyenne 3,5 €. « Nos coûts de production sont de l’ordre de 4,5 €/kg. »

En fait, la sauce normande de ce congrès 2018 a un goût doublement amer pour les éleveurs. Il y a à peine quinze jours, le président de la FNB se disait d’abord confiant sur le contenu du projet de loi issu des États généraux de l’alimentation censé imposer aux acteurs des filières une « nouvelle mécanique de construction des prix ».

Les « espoirs déçus » d'un retour de valeur ajoutée

Mais la sauce est amère car les espoirs sont déjà déçus. Le texte « ne nous apporte pas les garanties suffisantes pour répondre à ces objectifs : les nouvelles obligations contractuelles sont encore trop floues, la référence aux indicateurs de coûts de production imprécise, les contrôles et sanctions insuffisants », a-t-il expliqué au ministre de l’agriculture présent devant les congressistes mercredi 7 en fin de journée.

La sauce est aussi amère à cause de « l’incohérence manifeste entre l’ambition souhaitée pour la filière et la politique libre-échangiste destructrice pour le secteur et cautionnée par la France ». Depuis plusieurs semaines, et mercredi 7 février devant le ministre, les éleveurs ont vigoureusement dénoncé l’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur en cours de négociation. Pendant le discours de Stéphane Travert, le message inscrit sur la banderole déployée devant lui par des éleveurs participants était clair : « NON aux accords UE/Mercosur ! »

Selon la FNB, les termes de l’accord, qui envisagerait un contingent d’importation de viande sud-américaine de près de 100 000 tonnes de viande bovine, menaceraient directement 30 000 éleveurs. « Nous dénonçons avec force la posture de la France vis-à-vis de ces négociations. Une posture encore plus incohérente. Encore plus malhonnête vis-à-vis des éleveurs. Encore plus irresponsable, même, quand on regarde la corruption qui règne au Brésil et le scandale sanitaire qu’elle a engendré avec l’affaire de la viande avariée du printemps dernier », a expliqué Bruno Dufayet au ministre.

Quel que soit son niveau, le contingent d'importation de viande bovine sud-américaine vers l'UE n'est pas une ligne rouge en soit pour le Gouvernement ! 

Très attendu sur ce sujet, Stéphane Travert a exposé une position finalement assez claire. « La France a ardemment milité pour que le volume de contingent de bœuf soit le plus limité possible. Il devra être finement défini en posant des conditionnalités fortes, et encadré d'éléments permettant d'établir l'équité des conditions de concurrence avec les producteurs du Mercosur. (...) Entre la conclusion de l’accord politique et sa mise en œuvre, en tenant compte des périodes de transition, il s’écoulera plusieurs années et il faudra les mettre à profit pour vous préparer ».

La position française est limpide sur un point : Quel que soit son niveau, le contingent d'importation de viande bovine sud-américaine vers l'UE n'est pas une ligne rouge en soit ! Le ministre prend tout de même soin de rappeler que « le Mercosur devra présenter des garanties sanitaires  ».

Stéphane Travert, devant les éleveurs de la Fédération nationale bovine, le 7 février 2018.Stéphane Travert, devant les éleveurs de la Fédération nationale bovine, le 7 février 2018. (©@StTRAVERT) Sur le plan national, un point d'accord subsiste néanmoins entre pouvoirs publics et éleveurs : la mise en œuvre du plan de filière bovine déposé par les représentants d'Interbev mi-décembre 2017. Pour la filière, l'un des enjeux sera de développer une meilleure contractualisation, à charge pour les producteurs de mettre en œuvre « une plus forte organisation et structuration ».

« La contractualisation volume-prix représente aujourd’hui moins de 1 % des volumes produits. L’objectif est d’atteindre 30 % d'ici cinq ans », rappelle l’éleveur et représentant de la FNB.

« Vous avez fixé des objectifs particulièrement ambitieux et je veux le saluer, a rappelé le ministre dans son discours. 40 % de l'offre piécée en Label rouge d'ici 5 ans, et doublement de la production de viande bovine bio. »

Pour la dernière demi-journée du congrès, jeudi 8 février, c’est la « cohérence des politiques publiques », sur les plans nationaux, européens et internationaux, qui était au cœur des débats. La « cohérence », condition sine qua non pour défendre et promouvoir « le modèle d’élevage » français.

 


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DÉJÀ 3 RÉACTIONS


RAPHY
Il y a 183 jours
Si l'on continue à mepriser l'agriculture , l'artisanat au profils de ces multinationales , et de cette Europe au service du gros Capital, Ca va mal finir cette honte de traiter les travailleurs par le mepris Cela fait trop longtemps que ca dur
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nene
Il y a 185 jours
Merci encore fnesa d'avoir prévenu les éleveurs quand c est signé
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PàgraT
Il y a 187 jours
Travert est juste là pour passer la pommade !
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