Crise et grève du lait de 2009Dix ans après, entre regrets et avancées

| par | Terre-net Média

Il y a 10 ans, les producteurs de lait vivaient une crise qui a beaucoup marqué les esprits. Dix ans après la création de l'Apli et de la grève du lait que le mouvement a initiée devant le Mont-Saint-Michel, ce chapitre de l'histoire de la filière laitière a laissé quelques regrets, mais a aussi contribué à faire bouger les lignes, notamment en matière de regroupements des producteurs.

En septembre 2009, les éleveurs de l'Apli passaient à l'action et entamaient, le 10, la grève du lait. En septembre 2009, les éleveurs de l'Apli passaient à l'action et entamaient, le 10, la grève du lait. (©Apli nationale et Terre-net Média)

Face à son exploitation laitière, située à Vains, dans la Manche, André Lefranc bénéficie d’un décor enviable : le Mont-Saint-Michel trône fièrement à l’horizon, au milieu de la baie portant son nom. Il y a 10 ans, le monument était le théâtre emblématique du déversement de milliers de litres de lait par les éleveurs en colère. L’éleveur s’en souvient parfaitement, il était l’une des figures du mouvement Apli, l’Association des producteurs de lait indépendants, aux côtés de l’initiateur de l’Apli, Pascal Massol.

« L’épandage du lait au Mont-Saint-Michel, c’était énorme. Avec cette action symbolique, nous étions persuadés que les lignes bougeraient rapidement », se remémore-t-il. 

Avant la grève, des mois de tensions et divisions croissantes

Retour en arrière. Au printemps 2009, cela faisait plusieurs mois que les marchés laitiers étaient très dégradés. Au deuxième trimestre, le prix du lait était sous les 240 €/1 000 l. La FNPL réclamait 305 €.

Malgré les tentatives de négociations avec les industriels, les producteurs constataient, en mai 2009, « un échec total » des discussions. De quoi exacerber les tensions et multiplier les manifestations.

La FNPL avait néanmoins arraché un accord le 5 juin pour un prix de base de 280 €/1 000 l. Un accord considéré comme une trahison pour bon nombre de producteurs qui ne croyaient plus à l’action de la FNPL en particulier, et des syndicats en général. Ces mêmes producteurs ont rejoint l’Apli

Le 10 septembre 2009, en l’absence de nouvelles avancées, la grève du lait était lancée, à l’appel de l’Apli, mais aussi de l’OPL, la branche laitière de la Coordination rurale, suivie hors de France par neuf syndicats agricoles européens, mais sans le soutien de la FNSEA, qui s’opposait fermement à l’action.

Pris à partie par des centaines d’éleveurs en colère, Jean-Michel Lemétayer, alors président de la FNSEA, mais aussi du Space, vivra une édition 2009 du salon très mouvementée.

La grève du lait durera 15 jours. « La classe politique bouge. Nous allons pour l'instant suspendre un des éléments de notre révolte », indiquait Pascal Massol, le leader de l’Apli, le 25 septembre.

Des lignes ont bougé, mais bien plus lentement que souhaité

Dix ans après, que reste-t-il de cet épisode ? Cette mobilisation sans précédent dans l’histoire de la filière laitière française a-t-elle fait bouger le cadre du marché laitier européen ?

Avec son partenaire européen European Milk Board dont elle est membre depuis sa création, l’Apli revendiquait une reprise en main, par les producteurs, de la gestion de la production laitière à l’échelle française et européenne, via son partenaire européen. L’association a cherché à remplacer le Cniel, dans lequel seule la FNPL était présente, par l’Office du lait, une interprofession où tous les syndicats auraient eu leur place. Mais l’Office du lait s’est transformé en trois OP transversales d’envergure régionales – France Milkboard Normandie, Grand Ouest et Sud-Ouest – regroupant moins de 600 producteurs à eux trois.

André Lefranc, éleveur à Vains, dans la Manche, sur son exploitation laitière.André Lefranc, éleveur à Vains, dans la Manche, sur son exploitation laitière, en 2015. (©Terre-net Média)

« Des choses ont un peu bougé, mais pas autant que nous l’aurions souhaité », analyse André Lefranc. « Pour moi, personnellement, ce n’est pas un échec. Mais, en septembre 2009, nous avons été trop humains en croyant que les choses bougeraient très vite au niveau européen. »

L’éleveur regarde dans le rétroviseur avec une certaine amertume. « En entamant la grève du lait et en embarquant avec nous autant de producteurs, nous avions fait le plus dur. Il nous restait le plus facile : tenir 15 jours de plus pour obtenir gain de cause. Nous avions toutes les cartes en main. Nous aurions dû continuer jusqu’à ce que la Commission européenne nous permette de mettre en place des OP très rapidement, avec une garantie d’un prix régulier. »

Ceci dit, le mouvement initié par l’Apli a fortement contribué à faire bouger les lignes européennes pour le regroupement des producteurs, mais bien plus lentement que n’espéraient les éleveurs.

« On voulait changer le système, résume André Lefranc. Il s’améliore, mais il y a toujours des crises. Depuis 10 ans, les événements ont démontré que nous avions raison. »

Malgré ces regrets, l’éleveur compte bien « fêter » le dixième anniversaire de la grève du lait. Après s’être retiré de son engagement au sein de l’Apli, l’éleveur s’est concentré sur un projet personnel dès 2010 : il a converti son exploitation en production biologique, et a développé la transformation à la ferme pour fabriquer, avec son lait, des caramels. En 2015, la rédaction de Web-agri était allé le rencontrer sur son exploitation.

Depuis 2010, l’éleveur enregistre une progression annuelle à deux chiffres des ventes de ses « cara-meuh ». Il a même fait évoluer ses portes ouvertes annuelles en véritable « cara-meuh festival », avec découverte de la ferme, groupes de musique, animations et conférences. La troisième édition, qui se déroulera sur deux jours, sera une édition spéciale « 10 ans après la grève du lait ». « Ce sera un événement festif ». Plusieurs éleveurs acteurs de la grève du lait devraient s’y retrouver.


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DÉJÀ 6 RÉACTIONS


Did
Il y a 4 jours
Bonsoir pascal ,j étais derrière vous a cette époque , la seule lutte qui me ressemblait , je me suis investi à mayenne , bais en mayenne et d autres ou je suis installé, mais arreter la production laitière en 2013 pour des raisons de santé. Le divorce a suivi , éclatement de la famille, voila ce qu' on récolte d un travail difficile, mais sans revenu. Actuellement, en vaches allaitantes par force car la msa m a mis en invalidité a 100%, résultat , encore plus malfinancièrement , sommes nous fous ?...avec un enfant de 22 ans revenu avec moi abandonnant son iut a niort suite au divorce competement cassé et ça ca me fait mal.
Et toi pascal qu' es tu donc devenu? J espère pour toi le meilleur.
Qu' il était beau ce moment où en espérait de nouveau a qque chose ?
Bon noël en avance et surtout merci à toi , de tout coeur, et merci aussi , je l espère à ta famille qui devait t épauler ...soit fier de toi didier guesné
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Massol
Il y a 71 jours
Ah Lefranc ,un des principaux imposteurs qui ont détruit l’apli.quel gâchis ..patetique, affligeant et j’en passe .que les paysans qui ont fait la grève du lait il y a 10ans m’excuse de ne pas être présent mais l’idee De revoir les présidents qui m’ont succédé m’est impossible .j’ai trop de haine envers eux.ce sont des opportunistes mais de piètres éleveurs,je ne voudrais pas être vache chez eux .grace à eux on a raté une belle occasion de changer ce foutu métier .
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Jmb67
Il y a 75 jours
L'avenir laitiers est devenu très incertaine dans notre pays, nous avons passé des crises, mais celle de demain nous surprendra entre l'industrie laitière qui refuse de regarder les coûts de production et les ONG qui dénonce n'importe quoi, des maires qui ne veulent plus de pesticides, demain ce sera les épandage de matière organique, des associations multiples contre les élevages intensifs et des environnementalistes contre tout évolution, nous sommes vraiment dans la panade et il faudra malheureusement 30 ans pour reconnaître ces c...
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steph72
Il y a 75 jours
Si les producteurs avaient ete plus solidaires,nous aurions pu etre eu une régulation à la place de la fin des quotas en 2015.
On fait le bilan aujourd'hui,un prix du lait ne couvrant pas les charges ( a part quelques laiteries) , il ne reste plus que 50 000 exploitations,beaucoup de jeunes qui ne veulent pas s'installer en lait,des producteurs qui vieillissent;
La filiere s'est voile la face,en n'acceptant pas d'avoir un prix couvrant les charges pour les producteurs,demain avec la pyramide des ages la moitié des exploitations aura disparue
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jean
Il y a 75 jours
La chute des matières premières a eu lieu en même temps que la crise financière fin Août début septembre 2008.Les valorisations du lait en beurre poudre sont descendu en dessous de 200€ (mais c'était les valeurs auxquels les producteurs ne croyaient pas quand le syndicalisme dénonçait les décisions de la reforme de la Pac du 24 Juin 2003.Les cours mondiaux du beurre et de la poudre sont restés extrêmement bas jusqu'a fin Juin 2009 et on commencé a se redresser petit a petit a partir de Juillet.
Si le modal prix n'avait pas été cassé au printemps 2008 par Sarkosy pour arrêter la hausse du prix du lait la situation des marchés au printemps 2009 n'aurait pas permis de faire un prix a 280€ pour l'année 2009 malgré le redressement des marchés entre Juillet et Décembre les producteurs malheureusement n'ont guère eu plus en prix de base.Si il n'y avait rien eu comme actions entre fin 2008 et Juin 2009 les prix payés eurent été encore plus bas sur 2009
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Grochat
Il y a 75 jours
Comme beaucoup, j'ai arrêté le lait depuis cette "grève"( car on travaillait quand même) et je fais 35h de corvée en moins par semaine !!!!
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