Coordination ruraleLe 16ème congrès national de Biarritz fera date

| par Frédéric Hénin | Terre-net média

Emportées par le succès de la grève de cet automne, la CR et l'Apli souhaitent créer un mouvement européen étendu aux céréaliers et une agence européenne pour le lait.


Les participants européens de l'Emb à la table ronde organisée
par le CR (© Terre-net Média)
200 euros, ce pourrait être le prix sur lequel s’appuieraient les syndicats agricoles européens pour lancer un mouvement équivalent à l’Emb dans le secteur céréalier. L’idée émane de la table ronde organisée par la CR à Biarritz le 2 décembre dernier lors du 16ème congrès national du syndicat.

Elle rassemblait Pascal Massol, président de l’Apli, membre de l’Emb, Romuald Schaber, président du Bdm (syndicat laitier allemand) et de l’Emb, Fernando Sainz De La Maza, président de l’Aseplac (syndicat lait catalan espagnol, adhérent de Prolec), membre de l’Emb, et Gerhard Portz, représentant de l’Abl (syndicat généraliste allemand), membre de l’Emb. 

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Sur la tribune, ils ont témoigné ensemble de leur combat du début de l’automne pour obtenir un meilleur prix du lait. Mais aussi comment le mouvement de grève s’est répandu en Allemagne ou encore en Espagne.

Romuald Schaber, président du Bdm (syndicat laitier allemand) et de l’Emb, a ces derniers mois parcouru l’Europe et a constaté que l’ensemble des organisations syndicales adhérentes au mouvement ont été récemment créées dans leurs pays respectifs et s’inscrivent toutes en porte à faux avec la politique trop libérale de l’Union mais aussi du Copa Cogeca qui n’est plus selon elles légitime pour représenter et défendre les intérêts des éleveurs à Bruxelles.

Prix du lait

Les hausses revendiquées par la Fnpl de 3 à 8 % pour le premier trimestre 2009 ne satisfont ni l’Apli, ni l’Opl. Le prix du lait de base serait encore inférieur de 50 centimes à son niveau de janvier 2008 mais aussi au cout de production dans le grand ouest (29 c contre 31 c).

Au regard des rémunérations abusives et dénoncées des dirigeants des coopératives et industriels et de la valorisation des produits laitiers transformés, les paysans demandent leur part « du gâteau ». « On a de plus en plus de mal à tenir les éleveurs. S’ils n’obtiennent pas satisfaction, ca va bouger ! », prévient Pascal Massol.

Des grèves de cet automne, il ressort qu’il est possible de faire bouger les instances européennes et de leur montrer que ce sont les producteurs qui ont la maîtrise de leur production de lait, des volumes et des prix.

La contractualisation ne peut aboutir qu'à un surendettement et à l’intégration. « On a réussi à créer un contre-pouvoir au syndicalisme majoritaire. L’interprofession ne représentent plus qu’elle-même ! »

A moyen terme, Romuald Schaber, président de l’Emb, propose de mettre en place une agence européenne de la production de lait qui aurait un rôle de veille auprès des syndicats qui en seraient membres. Elle fixerait à l’échelle européenne les prix du lait rémunérateurs à revendiquer pour couvrir les coûts de production moyens. Elle estimerait aussi les volumes de lait à produire pour assurer l’équilibre des marchés. A Bruxelles, l’agence contrerait le Copa-Cogeca. En France, l’Opl et l’Apli « doutent de l’impartialité de FranceAgrimer pour assurer ses fonctions de veille et de communication».

La création d’un mouvement européen de céréaliers copié sur celui du lait.

Fort de son expérience, il ressort selon Romuald Schaber qu’il ne peut reposer que sur un message clair : une prix de la tonne de blé de 200 euros payé au producteur.

Un tel mouvement a ses chances d’exister selon l’Opl et Pascal Massol lorsque les agriculteurs céréaliers verront qu’ils ne peuvent même plus financer leurs intrants.

Selon Pascal Massol, la réussite d’un nouveau mouvement ne peut reposer, comme en politique, que sur le couple franco-allemand autour duquel se fédéreraient d’autres pays.

La légitimité de ce nouveau mouvement résidera dans la participation et l’écoute des agriculteurs souvent très déçus par les syndicats qui ont pignon sur rue. Mais aussi avec l’adhésion des citoyens qu’il est nécessaire d’associer pour donner une légitimité à l’action de paysans (nourrir une 500 millions d’européens, défense des territoires ruraux …).

Ecophyto 2018


Nicolat Jacquet, vice président de la CR (© Terre-net Média)

Les débats européens du congrès de la CR ont été l’occasion de rappeller les problèmes  de distorsions dont souffrent les paysans français.

Nicolas Jacquet, vice président de la CR, vise en particulier le programme Ecophyto 2018 et la réduction de 50 % de l’emploi de produits phytosanitaires alors que les néerlandais reviennent sur leurs positions passées en autorisant à nouveau l'emploi de substances interdites.

Selon le vice président de la CR, la réussite d’Ecophyto 2018 ne peut reposer là encore que sur une réforme profonde la Pac afin de compenser les moindres rendements attendus par des prix plus rémunérateurs.


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