Congrès de la FNPL à ArrasL'éternelle question de la juste rémunération des éleveurs

| par | Terre-net Média

Les producteurs de lait de la FNPL étaient réunis en congrès annuel les 20 et 21 mars 2019 à Arras, dans le Pas-de-Calais. En invitant des représentants d'associations environnementales et « welfaristes », les producteurs se sont demandés, à juste titre, s'ils n'avaient pas déjà répondu aux nombreuses attentes sociétales en matière d'élevage. Au ministre de l'agriculture, leur président Thierry Roquefeuil a insisté sur l'attente pressante des éleveurs quant au retour de prix rémunérateurs. Car les effets - supposés - de la loi Alimentation sont jugés bien trop timides.

Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, au congrès de la FNPL jeudi 21 mars 2019.Avec le ministre de l'agriculture Didier Guillaume et la présidente de la FNSEA Christiane Lambert, Thierry Roquefeuil, président de la FNPL a clôturé le 75e congrès du syndicat laitier jeudi 21 mars 2019. (©Terre-net Média) 

Pour son 75e congrès annuel qu’elle organisait les 20 et 21 mars 2019 à Arras, dans le Pas-de-Calais, la fédération nationale des producteurs de lait, branche laitière de la FNSEA, a notamment focalisé les débats sur les attentes sociétales à l’égard du métier d’éleveur. « Et si, au fond, on y avait déjà répondu ? », se sont-ils questionnés.

En invitant à débattre un représentant de l’association environnementale WWF et un autre de l’ONG « welfariste » Welfarm face à des éleveurs, la FNPL a voulu montrer à ses adhérents l’importance de poursuivre le dialogue avec des organisations souvent critiques à l’égard de l’élevage, mais aussi prêtes à reconnaître, quand il le faut, les efforts des éleveurs pour améliorer leurs pratiques.

Il a ainsi été beaucoup question de la place du pâturage, ardemment défendue par Arnaud Gauffier du WWF. « Le pâturage est important pour la biodiversité, l’indépendance protéique de la ferme France, et pour le climat », a-t-il rappelé. « Mais le meilleur moyen de réduire l’empreinte carbone de l’élevage, c’est de consommer moins ».

L’accès au pâturage, le cœur des attentes en matière de bien-être animal

« Le meilleur moyen, c’est d’intensifier la production par vache et parvenir à des premiers vêlages plus précoces », a rétorqué Daniel Perrin, trésorier de la FNPL, appelant à des mesures réglementaires permettant de « mieux gérer l’herbe ».

Pour Sandy Bensoussan-Carole, chargée d’études à l’association « welfariste » Welfarm, le pâturage est aussi une question de bien-être animal. « La première atteinte au bien-être animal, c’est le non-accès au pâturage. Ce dernier permet de développer l’activité physique, les stimulations cognitives et, plus globalement, l’expression du comportement naturel de la vache », a-t-elle plaidé. « Quand cela est possible, les éleveurs mettent leurs vaches à l’herbe le plus longtemps possible », a confirmé Ghislain de Viron, administrateur sarthois de la FNPL.

Outre les questions – davantage que de strictes « attentes » - sociétales, la principale interrogation des éleveurs reste celle du prix du lait. La veille, les congressistes s’étaient posé une autre question : « comment permettre aux producteurs de lait de bénéficier pleinement du modèle social français ? » La rémunération du travail fourni reste évidemment au cœur de cette interrogation. « Quelle visibilité peut-on offrir à des jeunes lorsqu’une fin de carrière complète se solde par une retraite mensuelle inférieure à 1 000 € ? », a ainsi questionné Thierry Roquefeuil dans son discours de clôture.

Se passer de certains services et conseils devenus trop coûteux ?

Alors qu’il devient très difficile – voire désormais impossible pour de nombreux éleveurs – de comprimer davantage les charges fixes des exploitations et le coût alimentaire du troupeau, l’idée de faire restructurer les services aux éleveurs émerge au sein du syndicat laitier. « Si, pour être plus compétitif et ainsi obtenir une meilleure rémunération, il faudra se passer des multiples conseils et services dont les prix ne cessent d’augmenter, on en passera par là », a résumé André Bonnard, secrétaire général de la FNPL. « Non seulement les éleveurs peuvent l’exiger collectivement en tant que clients, mais ils le peuvent à moyen et long terme en exigeant une refonte des réglementations qui encadre la plupart des organismes de services », explique-t-il, citant le projet de règlement zootechnique européen.

Quant au prix du lait payé aux éleveurs, ces derniers attendent toujours des effets tangibles de la loi Alimentation plus significatifs. « Le chiffre de 396 €/1 000 l devant servir de base dans les contrats laitiers, ce n’est pas un chiffre syndical, c’est la vraie vie, celle de nos fermes ! », a rappelé Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, au ministre de l’agriculture, venu clôturer le congrès.

« Les producteurs de lait n’ont pas vu grand-chose des États généraux de l’alimentation », a-t-il insisté auprès de Didier Guillaume. « L’objectif qui consiste à couvrir les coûts de revient des producteurs ne peut être atteint que si l’ensemble de la gamme des produits laitiers est concerné par les accords et partenariats. »

Lors du dernier Salon de l’agriculture, Didier Guillaume avait annoncé la création d’une commission d’enquête sur les pratiques de la grande distribution dans le cadre des négociations commerciales et des nouvelles dispositions de la loi Alimentation. Mais la FNPL reste assez dubitative quant à ce qu’il faut attendre de cette commission.

La phrase à retenir

« La commission d’enquête sur les pratiques de la grande distribution dans le cadre des relations commerciales doit mettre au jour auprès des citoyens comment les choses se passent réellement, comment les agriculteurs se font étrangler et égorger sur l’autel de la rentabilité et des prix bas. »
Didier Guillaume, ministre de l’agriculture

De son côté, le ministre a insisté sur un point déjà évoqué par Emmanuel Macron depuis son arrivée à l’Elysée : « La meilleure rémunération des producteurs ne pourra se faire qu’avec des filières organisées ». « À partir du mois d’avril, un comité de suivi des plans de filière sera mis en place, avec des points trimestriels. »

Dans le cadre de cette meilleure structuration des producteurs, Emmanuel Macron avait aussi évoqué la création d’organisations de producteurs commerciales. « Un groupe de travail sur ces OPC sera mis en place », a assuré le ministre. Mais, selon Thierry Roquefeuil, « attention ! N’oublions pas que 60 % de la collecte laitière est faite par des coopératives qui sont des organisations économiques avec transferts de propriété. Ce n’est pas forcément un gage de meilleur prix du lait pour les producteurs. »


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DÉJÀ 14 RÉACTIONS


Taxi
Il y a 144 jours
Avec quelques camarades en 93/94 on constatait la disparition des élevages autour de nous qui comptaient 25 à 30 vaches - parfois 12/13 vaches- et l’on souhaitait leurs maintien . Sachant qu’on en avait 35 personnellement. On avait constaté en même temps la politique dévastatrice de la Fnsea à cette époque . Mais on disait rien parce qu’on était des « petits paysans ». D’autrès se félicitaient de s’agrandir, de produire plus au point 25 ans plus tard de piloter des élevages de 130/160/200/230/280/310 vaches. Le résultat est scandaleux : Faillites , abandons de profession, suicides , non renouvellement de départ à la retraite , divorces Gaec explosés..,on a maintenu et possédons 55 vaches normandes et l’outil est transmissible tout les jours... la Fnpl constate qu’il y a un souci ? Mais la Fnsea ne se tracasse pas d’un centimètre... et lisez bien ce qui est écrit derrière mR Roquefeuil dans le bas sur fond blanc ... un message d’individualiste!
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Jonathan
Il y a 145 jours
Innocent. Bien d'accord avec toi.
OP SUNLAIT CATASTROPHE
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Innocent
Il y a 145 jours
Avec le syndicalisme vous savez à quelle sauce vous serez mangé ! Il y’a plus grave : les op ; gérées par des déçus du syndicalisme ou des barons locaux elles nous entraînent dans la misère si elles continuent sur leurs lancées ! Elles ont le vent en poupe et personne ne se rend compte des dégâts à venir ! Sunlait en tête
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J v c
Il y a 146 jours
Ahhh, pour réussir en agriculture il suffit d'avoir un bon cheptel d'éleveurs !!!!
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tintin
Il y a 146 jours
dans ma région LA NORMANDIE nous avons une coop laitière un peu en difficulté avec un directeur qui palpe 150 000 euro....par mois.comment voulez vous pouvoir renumerer les coopérateurs après une tel charge.c est juste un gus qui a du mal en plus a gérer la boutique des autres mais les coopérateurs laissent faire!!!!temps que les agriculteurs acceptent de tels dérives..
ils serons toujours des esclaves.et l installation des jeunes s est juste pour renouveler le cheptel
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Terminé
Il y a 146 jours
Mr Roquefeuil oui oui la vraie vie dans nos fermes, je suis en liquidation judiciaire tout simplement, que va devenir l exploitation ??? La mienne et les autres ??? La culture c'est sûr... J avais un beau troupeau au pâturage, les citoyens le disaient.. Joli pour les yeux.. Des citoyens.. Peut être pour l instant un peu plus rentable ? Pour l éleveur ?... Vraie vie donc plus d animaux sur la ferme plus de salarié.. La campagne régresse... Se vide... Les actifs se comptent sur les doigts d une main.. Comme les troupeaux dans les champs.. Quand vous roulez sur la route.. Les troupeaux se font rares.. Comme les actifs a la campagne de moins en moins....
La loi egalim, du vent... Juste un avantage des pages à écrire.. Mais quand vous avez tout lu, vous tournez la dernière page.. La vraie vie Mr Roquefeuil après la dernière page... La faillite... J y suis... Très destructeur... Je ne suis pas le seul.. La vraie vie de la fin d un éleveur..
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L'esclave laitier
Il y a 147 jours
Y a pas mal de reprise d'exploitation par chez nous avec pour projet de faire des cultures... Et on voit aussi un nouveau phénomène... L'arrêt du lait pour faire d'autres élevages.. Volaille, œuf plein air..., on se demande bien pourquoi ?!?!
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Jmb67
Il y a 147 jours
Il y a encore beaucoup trop de lait sur le marché et une volonté de l'état de tenir les prix bas et engraisser leurs copains de la grande distribution que de la mascarade.
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debutant
Il y a 148 jours
dans notre departement il se parle de 400 exploitations a arreter dans la partie nord ouest dans 5 ans .La pyramide des ages faisant son propre chemin . A titre perso au vu de la situation actuelle ou reside une incapacte permanente a fixer des prix remunerateurs , je suis contre l installation !! on ne peut pas faire de la propagande made in fnsea sur web agri de la sorte .Il faut arreter de prendre les gents pour des imbecils et de vehiculer de fausse idees ou on se pavanne avec des installations de luxe.Le premier luxe et celui ci en est pas un, c est de vivre de son boulot !
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marcel
Il y a 148 jours
n ont rien de mieux a mettre sur la table du ministre qu une bouteille de lait avec la marque d une centrale d achat ,et pourquoi ne pas avoir plutôt mis une marque d une cooperative locale ,pf ou usine locale grand lait ?
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