Interview de Bruno Le Maire du 29 octobre 2009 (1ère partie)L'engagement de rénover les fondements de l'agriculture

| par Frédéric Hénin | Terre-net Média

Bruno Le Maire a reçu la rédaction de Terre-net Média jeudi 29 octobre 2009. Une occasion de passer en revue l'ensemble des sujets d'actualité et en particlier de préciser dans quel cadre s'inscrivent les différents plans de soutien et d'urgence.


Bruno Le Maire, ministre de l'alimentation, de l'agriculture
et de la pèche dans son bureau, rue de Varenne (© Terre-net Média)
Bruno Le Maire n’est pas seulement le médecin urgentiste d’une filière agricole en pleine crise. Le ministre de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche est aussi le chirurgien prothésiste de l’agriculture française. L’ensemble de l’interview accordée à Terre-net Média le 30 octobre dernier a été l’occasion pour le locataire de la rue de Varenne de définir les orientations à prendre pour rebâtir le monde agricole afin qu’il dispose des moyens nécessaires pour que la France reste la première puissance agroalimentaire européenne.

Les bonnes idées retenues semblent montrer que le ministre les prend là où elles sont, sans parti pris. Déplorant même qu’il faille donner des coups de pieds dans la fourmilière majoritaire pour avancer sur certains dossiers.

« Le plan d’urgence n’est pas une fin en soi», a t-il d’emblé affirmé. « En cette période de crise, cet effort sans précédent en terme de volumes financiers (1) n’a de sens que si il s’accompagne d’éléments structurels » que contiendra la future loi de modernisation agricole (nous y reviendrons ultérieurement). « Ce plan d’urgence s’inscrit donc dans la volonté de redonner un élan à l’agriculture ». A noter aussi qu'il se cumule avec le plan de soutien à la filière laitière.

Un travai en profondeur

Le ministre de l’agriculture prend acte que la nouvelle baisse de revenu sera de 10 % en 2009 après 20 % en 2008 mais son action s’inscrit dans la durée, avec la volonté de dépasser les difficultés du présent.

Lire aussi « Mettre en place une régulation européenne et voire mondiale » (Bruno Le Maire)

Une loi de modernisation pour redonner un élan à l’agriculture

En attendant, le plan d’urgence ne couvre que 10 % de la perte de revenu de la ferme France depuis deux ans (-40 % au total). Et les prêts de trésorerie s’ajouteront pour certains éleveurs à d’autres déjà souscrits. Il ne sera donc utile et efficace que si les prix sont au rendez-vous en 2010 pour l’ensemble des productions agricoles.

Approuvant « les revendications (des exploitants) d’avoir des prix qui garantissent des revenus permettant de rémunérer leur travail», le ministre de l’agriculture veut doter la filière des outils indispensables pour y parvenir. Selon lui, s’appuyant sur le cas de la filière lait, la politique agricole française (et européenne) n’a de sens que « si on met en place une régulation européenne des marchés voire mondiale. Les trois niveaux se tiennent ! » (lire sur ce sujet l’article à paraître).

Retour sur quelques mesures du plan d’urgence

Emploi : les 170 millions d’aides patronales pour l’emploi occasionnel déjà annoncés par Bruno Le Maire ont été confirmés à Poligny par Nicolas Sarkozy, Président de la République. Mais la question des salariés en Cdi n’a pas été soulevée.

Tipp et Ticgn: leurs exonérations prolongent des mesures prises dans le passé lorsque les prix de l'énergie flambaient. 

Une taxe carbone paradoxale mais incontournable : sans contester le piégeage de Co2 inhérent à l’activité agricole, le ministre a rappelé que « la taxe carbone relevait du droit commun et que les agriculteurs allaient y être soumis à ce titre, comme tous les Français ». Mais son action a permis de transformer les 42 millions qui seront payés par les agriculteurs en une taxe structurante « juste et équitable ». Les fonds collectés serviront à financer des programmes d’économie d’énergie (plan de performance énergétique). Ils n’alimenteront pas le budget global de l’Etat. « Une avance de trésorerie du ministère des finances sous forme de chèque du trésor public sera versée dès février prochain afin que le prélèvement de la taxe ait le moins d’incidences possibles sur la trésorerie des exploitations », a assuré le ministre de l’agriculture.

Une prime à la casse tracteur financée par le fruit de la collecte de la Taxe carbone n’est pas au programme mais « c’est une idée de bon sens qui mérite d’être étudiée », a souligné le ministre en répondant à une question d’un forumeur de Terre-net Média. Ceci dit, elle doit être réfléchie en ayant conscience qu’il faut faire « attention au risque de suréquipement des exploitations en matériels agricole », a ajouté Bruno Le Maire.

N.B : (1) 650 millions d’euros - 530 sans l’exonération de la taxe carbone + 1 milliard

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