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Au c½ur de la Cop21Bruno Dufayet, éleveur et porte-parole des actions agricoles pour le climat

| par | Terre-net Média

Mardi 1er décembre, au c½ur de la Cop21, dans la zone réservée aux négociations, Web-agri a rencontré Bruno Dufayet, éleveur de bovins viande dans le Cantal. Il est l'un des rares représentants agricoles à avoir été accrédité pour témoigner sur les actions menées par les agriculteurs français pour lutter contre le réchauffement climatique. Devant des participants venus des quatre coins de la planète, il a présenté le projet européen Beef carbon. Témoignage.

Bruno DufayetBruno Dufayet est éleveur de Salers à Mauriac, dans le Cantal. Il élève 50 mères sur 60 ha de prairies permanentes. Il est aussi en charge des questions climat à Interbev, l’interprofession de la filière viande bovine. (©Terre-net Média)

Web-agri : Nous sommes ici au cœur de la Cop21, un événement qui rassemble des milliers de délégués venus de plus de 150 pays, dont l’objectif est de parvenir à un accord mondial sur le climat. Quel regard portez-vous sur cet événement ?

Bruno Dufayet : En tant que citoyen d’abord, l’enjeu du climat me parle. Mais en tant qu’éleveur, cet enjeu m’importe doublement, car le dérèglement climatique est déjà visible dans nos exploitations. Dans le Cantal, les phénomènes de sécheresse sont plus nombreux. Les fortes pluies aussi. Et puis il y a des petits signes qui ne trompent pas. Nous sommes début décembre et mes animaux sont encore à l’extérieur. Je me suis installé en 1996. A l’époque, lorsque mes animaux étaient dehors jusqu’à début novembre, nous étions contents. Ce décalage est aussi observé chez mes voisins installés à plus de 1 000 m d’altitude.

Web-agri : Vous avez déjà mis en place des actions sur votre exploitation pour vous adapter mais aussi contribuer à lutter contre ce réchauffement ?

Bruno Dufayet : Je fais partie d’un groupe d’agriculteurs qui a travaillé sur l’optimisation de la gestion de la ressource en herbe. Certains diront que, étant installé sur une exploitation 100 % herbe, j’aurais pu le faire plus tôt. C’est vrai, mais l’objectif de ce travail est de prendre du recul sur nos habitudes de travail. Par exemple, j’ai bien identifié les parcelles les plus précoces pour sortir mes animaux au printemps en priorité sur ces parcelles. Ça m’a permis d’augmenter mon stock hivernal et d’être ainsi moins dépendant des achats de fourrage. Cela a un impact sur le stockage du carbone, qui est plus élevé avec cette intensification de la production d’herbe. Cela a aussi un intérêt économique car nos besoins en aliments achetés sont plus faibles.

Web-agri : Le projet Beef carbon que vous avez présenté est un projet européen initié par l’Idele (Institut de l’élevage) et Interbev, inspiré du Life carbon dairy pour les élevages laitiers, et désormais reconnu par l’ONU. Sur votre exploitation, en quoi consiste-t-il ?

Bruno Dufayet : Dans le cadre de ce projet Beef carbon, j’ai fait un diagnostic carbone sur mon exploitation. Ce n’est pas facile de se situer par rapport à nos émissions de gaz à effet de serre. Ce diagnostic me permet de savoir quelles sont mes marges de manœuvre pour encore progresser dans la double efficacité, environnementale et économique.

Web-agri : Sur votre exploitation, quelles sont vos marges de manœuvre ?

Bruno Dufayet : Je peux encore améliorer la gestion de mes prairies. C’est un travail sur le long terme. Avec une rotation plus rapide de mon troupeau sur mes parcelles, je peux obtenir une meilleure qualité d’herbe et une pousse d’herbe optimale. Cela aura ensuite un effet sur la production laitière de mes vaches et donc sur la croissance des veaux.

J’ai changé de bâtiment il y a peu de temps. Mes vaches sont désormais dans une stabulation libre sur aire paillée. Certes je dois acheter de la paille, mais je suis producteur de fumier. Optimiser l’utilisation de ce fumier sur mes parcelles pour être totalement autonome en fertilisation.

Web-agri : Ne regrettez-vous pas qu’il y ait très peu d’agriculteurs accrédités à cette Cop21 pour défendre les actions entreprises par le secteur agricole français ?

Bruno Dufayet : Avec Interbev, nous avions fait des demandes pour être présents sur plusieurs sites, notamment sur l’espace Générations climat (espace d’expositions pour les organisations de la société civile, ndlr). Mais il n’y avait visiblement pas assez de places pour répondre à toutes les demandes. Nous nous sommes alors appuyés sur les journées agricoles des 1er et 2 décembre organisées par le ministère de l’agriculture pour essayer de faire entendre notre voix sur le site de la conférence.

En tant qu’agriculteur, je me sens très éloigné de ces négociations entre Etats. Je suis juste là pour dire que, oui, le changement climatique interpelle les éleveurs. Oui, nous avons des progrès à faire. Mais oui, l’agriculture française apporte des solutions. Ça peut paraître difficile de se faire entendre dans un événement aussi grand. C’est tout le problème d’une conférence qui va gérer les enjeux globaux.

Web-agri : Les questions environnementales sont synonymes de contraintes et de surcoûts pour bon nombre de producteurs. L’enjeu du changement climatique n’est-il pas une opportunité pour réconcilier environnement et agriculture ?

Bruno Dufayet : Les agriculteurs sont les premiers écologistes, les premiers acteurs de l’environnement. Ne nous mettons pas en opposition avec cet événement. La Cop21 doit nous permettre de faire reconnaître les bonnes pratiques mises en œuvre par de nombreux éleveurs.


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DÉJÀ 1 RÉACTION


Arthuralphonse
Il y a 1266 jours
Ses vraiment exacte pour les vaches a l exterieur au mois de decembre
Je suis eleveur de limousine en Ardenne Belge
Maleureusement je connaits des agriculteurs on une partie du betail qui passe l ete a l etable moi j ai mais etables qui reste vide tout l ete
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