BiodiversitéLa Pac jugée « inefficace » pour la protéger

| par | Terre-net Média

Dans un rapport publié début juin, la Cour des comptes européenne a évalué l'impact de la Pac sur la préservation de la biodiversité sur les terres agricoles, la jugeant « inefficace », notamment en raison d'exigences de verdissement trop faibles, et du manque de suivi des dépenses.

Pour la Cour des comptes européennes, la Pac ne permet pas de préserver la biodiversité des terres agricolesPour la Cour des comptes européenne, la Pac ne permet pas de préserver la biodiversité des terres agricoles (©Pixabay)

L’objectif "Agriculture" de la stratégie de l’Union européenne en faveur de la biodiversité à l’horizon 2020 « ne sera pas atteint », estime la Cour des comptes européenne dans un rapport publié le 5 juin et portant sur la contribution de la Pac dans la préservation de la biodiversité des terres agricoles. Il s'agissait notamment d'améliorer sensiblement l'état de conservation des espèces et des habitats tributaires de l'agriculture ou subissant ses effets, et d'améliorer la fourniture des services écosystémiques par rapport au niveau de référence fixé par l'UE en 2010. Entre 2014 et 2020, 8,1 % du budget de l’UE, soit 86 milliards d’euros est consacré à la biodiversité. Sur ces 86 milliards, 66 proviennent de la Pac.

Dans un rapport de 2019, l’agence européenne pour l'environnement estime pourtant que l’intensification agricole reste l’une des principales causes de perte de biodiversité et de dégradations des écosystèmes en Europe. L’agriculture est même responsable de 46 % des pressions sur les habitats de prairies dans les zones Natura 2000, la pression urbaine ou celle des espèces exotiques problématiques ne représentant chacune que 9 %. Depuis 1990, les populations d’oiseaux des champs et de papillons de prairies ont diminué de 30 %, rappelle la Cour des comptes européenne.

Des soutiens directs sans impact

Pourtant, un certain nombre de mesures sont prévues par l’UE, notamment dans la Pac, en faveur de la préservation de la biodiversité. Cependant, « la grande majorité des régimes de paiements directs dans l'UE n'ont pas d'impact direct mesurable sur la biodiversité des terres agricoles », avec parfois un impact négatif du soutien couplé facultatif, puisque « ce mécanisme lie environ 10 % du budget de l'UE affecté aux paiements directs à la culture ou l'élevage d'espèces végétales ou animales spécifiques ; il incite donc à maintenir (ou à augmenter) le niveau de l'activité soutenue », relève la Cour des comptes de l’UE.

Le rapport note également que la Commission « surestime » le montant des dépenses consacrées à la préservation de la biodiversité. « Elle ne procède ni au suivi ni à la compensation des dépenses effectuées dans le cadre de programmes qui pourraient avoir une incidence négative sur la biodiversité des terres agricoles ».

S’appuyer davantage sur le verdissement

Par ailleurs, les exigences de verdissement sont jugées trop faibles par la Cour des comptes qui estimait déjà, dans un rapport de 2017, que « les agriculteurs n'avaient introduit des éléments d'intérêt écologique que sur quelque 3,5 % des terres arables, soit au plus 2 % de l'ensemble des terres agricoles de l'UE ». Ce verdissement, qui repose sur trois pratiques (diversification des cultures, prairies permanentes, et surfaces d’intérêt écologique) possède pourtant un potentiel réel pour enrayer la perte de biodiversité, mais ce potentiel est sous-exploité.

Ainsi, ces exigences « ne s'appliquent pas aux exploitations relevant du régime des petits agriculteurs ou aux exploitations agricoles « écologiques par définition », telles que les exploitations biologiques ou celles constituées à plus de 75 % de prairies permanentes ». En 2015, 24 % des exploitations agricoles de l'UE étaient concernées par au moins une obligation relative au verdissement, ces exploitations couvrant 73 % des terres agricoles de l'UE, rappelle la Cour des comptes. L’organisation souligne aussi les faiblesses du système actuel : la diversification des cultures, qui entraîne rarement un changement de pratique dans la gestion des terres, est « la mesure la moins utile pour la préservation de la biodiversité », juge la Cour des Comptes, qui déplore également un manque de suivi concernant les prairies permanentes.

En revanche, le rapport met en avant les mesures de développement rural qui contribuent le plus à la préservation de la biodiversité, à savoir les MAEC, les mesures relatives à l’agriculture biologique, et la mesure Natura 2000.

Recommandations pour après 2020

La Cour des comptes recommande donc à l’UE de mieux coordonner sa stratégie post-2020 en faveur de la biodiversité, « notamment en renforçant le suivi des dépenses ». La contribution des paiements directs à la biodiversité des terres agricoles doit également être renforcée, ainsi que celle du développement rural (notamment dans le cadre des plans stratégiques des États membres). Enfin, elle demande l’élaboration d’indicateurs fiables permettant d’évaluer l’impact de la Pac sur la biodiversité des terres agricoles, ces indicateurs étant aujourd’hui lacunaires (les données ne sont pas disponibles dans tous les États membres) et insuffisamment précis.


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DÉJÀ 21 RÉACTIONS


Réaliste
Il y a 106 jours
De toute façon avec les types qui commencent leur discours par "les sols sont morts blablabla" tu sais à qui tu as à faire. C'est pour ça que je ne chercheme pas à dialoguer avec ça.
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Cabeillade
Il y a 106 jours
Jeune agri n'a peut-être pas pris le temps de consulter les 630 pages du rapport du GIEC mais il a bien compris ce qu'était cet organisme : une vaste arnaque érigée en religion, au service des puissants. Quand vous aurez compris que le changement climatique, (au même titre que le terrorisme, le corona-virus, etc) est utilisé comme alibi par nos gouvernements pour mettre en place des mesures liberticides et anti-sociales, en marche pas à pas vers la dictature mondiale, alors peut-être on pourra parler de notre impact sur notre environnement (et donc sur le climat) en partant sur des bases saines, mais il faudra avant ça abandonner votre ton péremptoire et arrêter de croire que vous détenez la vérité.
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Réaliste
Il y a 106 jours
Balancez 2 millions d'euros sur la table et mettez en œuvre vos préceptes et ceux de vos semblables. Parceque à un moment donné que faites-vous à part resservir la soupe que vous a mâché générations futures et l214, qui ont elles mêmes resservi les idées des gros distributeurs et industriels qui font du fric avec le bio. Si je dérape alors vous êtes sorti de la route et tombé dans le ravin mon pauvre, enseveli sous vos 60cm de terre. Faut arrêter la fumette dans votre secte, ça détruit les neurones. Retournez vous confiner, vous ferez du bien à la nature. Et ne vous reproduisez pas non plus, j'espère que ce n'est pas déjà fait.
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Fink
Il y a 106 jours
Gibero pour ton info j’ai pas attendu le rapport du giec pour inverser de nombreux leviers sur ma fermes pour que notre agriculture soit plus vertueuse , plus sociale et économiquement plus rentable. Moi au moins je me remets en question. Le plus compliqué à décompacter dans une exploitation c’est souvent l’agri lui-même !
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Fink
Il y a 106 jours
Jeunagri par définition qui a tout à apprendre, en a tu seulement pris connaissance du rapport du GIEC ?
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Fink
Il y a 106 jours
C’est bien connu, quand on maîtrise très mal un sujet on dérape...
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gibero
Il y a 108 jours
et vous faites proposer quelle alternative vous , parce que racontez des c... comme vous faites ne la sauvera pas non plus.
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Jeuneagri
Il y a 108 jours
Combien de tonne de CO2 , d'arbres coupé, de carburant consommé pour faire un rapport de GIEC qui ne sert à rien ???
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Réaliste
Il y a 107 jours
Perte de 60cm d'épaisseur de terre ??? En France ??? Les seuls cas que je connaisse dans ce cas là en France ce sont les carrières qui servent à construire vos villes, vos lotissements qui s'étendent sans fin, vos usines (enfin les friches industrielles désormais) et vos centres commerciaux démesurés. D'ailleurs en parlant de votre m...., occupez vous de vos boues contaminées au covid ! Allez mettre ça en incinérateur et en décharge (surement des décharges durables et écologiques hein).
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Fink
Il y a 108 jours
Qui dit respect de la biodiversité dit aussi respect des sols et là la casse est grave! Pertes en humus en MO en tonnage de vers de terre à l’hectare , carabes , insectes du sols , limaces ..... quand vous constatez une perte de 60 centimètres d’épais dans des parcelles depuis 50 ans .... la cour des comptes Européenne ne rejoint elle pas le rapport du GIEC de Août dernier ?
La planète pour l’instant on en dispose que d’une seule, quand on l’aura mise à épuisement total on se regardera tous bien droit dans les yeux....!
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