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Filière lait et relations commercialesNon signée de tous les acteurs, « la charte FNPL a fait bouger les lignes »

| par | Terre-net Média

La FNPL n'a pas réussi à faire signer sa charte de valeurs du lait par les transformateurs laitiers avant la fin des négociations commerciales fixée au 29 février 2016. Mais le syndicat espère bien capitaliser sur sa démarche pour faire bouger les lignes législatives. En attendant, il rencontrera Phil Hogan, en visite au Salon de l'agriculture mercredi 2 mars.

Vache laitièreSeulement trois transformateurs ont officiellement signé la Charte de la FNPL :  la laiterie Saint-Père, filiale du groupe Mousquetaires-Intermarché, Saint-Denis-de-l’hôtel et Tribalat. (©Terre-net Média)

Au soir du 29 février, date officielle de la fin des négociations commerciales entre distributeurs et transformateurs, la FNPL n’avait pas réussi à faire signer sa charte de valeurs du lait à ses derniers. Ayant convaincu les distributeurs, mais pas les entreprises, le syndicat n’a pas rempli son premier objectif : faire de la charte de valeurs une base d’engagements dans les négociations commerciales.

En plus des distributeurs, seulement trois transformateurs – uniquement des PME – ont officiellement signé le document : La laiterie Saint-Père, filiale du groupe Mousquetaires-Intermarché, Saint-Denis-de-l’hôtel et Tribalat. Aucun grand groupe industriel ou coopératif n’a souhaité apposer sa signature, malgré « un principe de la charte et des objectifs pleinement partagés ». Alors que la FNPL faisait de la charte un préalable à la bonne tenue des négociations commerciales, la FNCL, représentant les coopératives laitières, considère qu’il fallait d’abord que « l’issue des négociations concrétise le respect de la charte » par les distributeurs avant d’accepter de la signer. « Les transformateurs disent qu’ils se sont servies de la charte », explique Thierry Roquefeuil. Mais ni Lactalis, ni Bongrain, ni Danone ne veulent s’inscrire dans une démarche franco-française dans un marché au moins européen, si ce n’est mondial.

Prise de conscience

Mais pour la FNPL, la démarche lancée en décembre dernier n’est pas vaine, bien au contraire. « La charte a été un outil constructif pour faire prendre conscience à tout le monde de la situation de notre marché intérieur laitier », assure Thierry Roquefeuil. Au Salon de l’agriculture, les éleveurs laitiers recueillent un large soutien des consommateurs. « Ils sont prêts à payer quelques centimes de plus leur litre de lait. » Mais les producteurs eux-mêmes ne peuvent pas leur garantir que ce prix supplémentaire va leur revenir. En aval de la filière, certaines marques se sont engagées à revaloriser le prix du lait de quelques centimes les 1 000 litres.

Surtout, la démarche de la FNPL a contribué à convaincre les pouvoirs publics de revoir le schéma des relations commerciales. Car depuis la loi de modernisation de l’économie en 2008, force est de constater que les distributeurs gardent le pouvoir et que les transformateurs continuent à ne pas valoriser le lait à la hauteur de ce que devraient en obtenir les producteurs.

Vers une révision de la loi

Le Gouvernement semble prêt à revoir la loi en matière de relations commerciales. Il peut le faire via des amendements à apporter au projet de loi dite « Sapin 2 » sur la transparence de la vie économique. Mais le calendrier est court puisque le texte sera présenté et débattu fin mars à l’Assemblée nationale. Concentrée sur sa charte de valeurs, la FNPL n’a pas encore formulé de propositions pour améliorer les relations commerciales. Mais le sujet aurait été creusé par l’équipe d’Emmanuel Macron. Il faut l’espérer car les délais avant le débat du projet de loi ne permettront sans doute pas de faire accepter des propositions pour les traduire ensuite en amendements.

Stéphane Le Foll n’arrivera jamais à convaincre ses homologues européens de bouger les lignes du marché laitier

Reste que la question des relations commerciales entre distributeurs et transformateurs ne règlera qu’une partie des difficultés sur le seul marché national. En parallèle, il convient de convaincre Bruxelles d’agir pour réguler quelque peu le marché. « Manuel Valls, que nous avons reçu lundi 29 au Salon de l’agriculture, convient que l’UE est arrivée au bout de son système et qu’elle doit redéfinir au plus vite ses orientations pour la production laitière ». Mais pour Thierry Roquefeuil, convaincre les autres Etats européens d’agir pour réguler davantage le marché du lait est peine perdue. « Jamais Stéphane Le Foll ne parviendra à obtenir l’unanimité pour faire bouger les choses. »

En demandant aux Etats membres de faire leurs propositions, Phil Hogan sait très bien qu’il aura sur la table autant de propositions que de pays, avec à la clé un impossible consensus. « C’est à Phil Hogan de faire des propositions ! » La FNPL compte bien lui rappeler directement : le commissaire sera au Salon de l’agriculture mercredi 2 mars.


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