Filière bovineBientôt une plateforme commerciale pour saisir les opportunités à l'export

| par | Terre-net Média

L'avenir de la filière bovine française passe par l'exportation d'animaux vifs et de viandes hors de l'Union européenne. La mise en place prochainement de la plateforme commerciale "France Viande Export" serait une réponse durable proposée par le gouvernement pour faire face à la crise.

Vaches charolaisesLa mise en place opérationnelle d’une plateforme commerciale « France Viande Export » est une réponse aux difficultés de la filière bovine. (©Terre-net Média)

Quel paradoxe ! Les producteurs de bovins français peinent à vendre leurs animaux alors que le monde est affamé de viande. La demande mondiale des pays importateurs et les prix de la viande explosent mais les éleveurs français n’en profitent pas. L’exportation de bovins vifs ne décolle pas et les échanges commerciaux de viandes bovines sont déficitaires. Et il ne faut pas compter sur les aides couplées pour que les éleveurs dégagent un revenu rémunérateur.

En fait, la nouvelle crise de la filière bovine soulève des problèmes de fond dont on peut s’étonner qu’ils n’aient pas été réglés depuis des années.

A l’export, pour conquérir des marchés, il ne suffit pas de produire les plus beaux animaux de la planète et penser qu’ils trouveront preneurs. Il faut d’abord savoir vendre pour produire ensuite ce qui se vendra. Les problèmes de compétitivité sur les prix reprochés aux éleveurs ne justifient pas le marasme économique dans lequel ils sont plongés.

Les producteurs ont d’autres atouts : la renommée mondiale des races bovines, la qualité des animaux produits, la qualité de l’organisation sanitaire et la traçabilité entre autres mais ils n'ont pas les moyens de les valoriser.

La mise en place opérationnelle d’une plateforme commerciale « France Viande Export » regroupant les opérateurs français est une réponse apportée par le gouvernement aux difficultés de la filière bovine. Elle sera structurée de façon à être gérée de façon autonome par les entreprises.

L’augmentation des prix de vente des carcasses est évidemment la réponse immédiate apportée aux revendications des éleveurs mais elle ne peut s’inscrire dans la durée sans solution structurelle telle que la création de cette plateforme commerciale.

Selon le ministère de l’Agriculture, celle-ci aurait pour mission de collecter et de recueillir des informations commerciales sur les marchés de l'exportation vers les pays tiers et de les mettre à disposition de ses associés afin de répondre de manière collective à des offres commerciales et de pouvoir satisfaire des demandes de volumes importants.

Vendre pour produire

En concentrant les demandes des pays importateurs, la plateforme « France Viande Export » sera en quelque sorte l’aiguillon de la filière bovine pour inciter les éleveurs et le secteur de la transformation à proposer une gamme de produits (animaux vifs et viandes) plus variée. Ils en ont les moyens.

Encore aujourd’hui, les différents acteurs de la filière sont très divisés et uniquement organisés pour répondre à une demande nationale en déclin. Ils sont trop concentrés sur un nombre de débouchés traditionnels et restreints en perte de vitesse. Les ventes de broutards en Italie déclinent et la Grèce est devenue un débouché incertain.

Il serait par exemple judicieux de produire davantage d’animaux semi-lourds de 300 kg vif, intermédiaires entre le broutard et le jeune bovin fini pour les commercialiser dans les pays du Maghreb et en Turquie.

Une telle réorientation de la production ne serait évidemment pas sans conséquence sur l’évolution des effectifs de vaches allaitantes. Ils pourraient être amenés à croître pour compenser la baisse de la production de jeunes bovins de 18/20 mois et pour valoriser ainsi le potentiel fourrager des exploitations.

Cette idée de plateforme n’est pas nouvelle. Les responsables professionnels de la filière avaient tenté de mettre en place une structure comparable il y a quelques années (en créant le Gie export) mais des intérêts corporatifs ont eu raison de cette bonne initiative.

Une révolution de filière

Regrouper les opérateurs français autour d’une entité neutre les obligera à travailler ensemble dans l’intérêt de chacun et les incitera à se structurer.

C’est une stratégie déjà adoptée depuis des années par les Allemands et les Néerlandais. Les pays importateurs ne veulent qu’un interlocuteur pour faire affaire ! Mais avec la plateforme, il faudra en France trouver un juste équilibre entre la vente d’animaux vifs et de viandes afin que les éleveurs, les abatteurs et les transformateurs y trouvent leur compte.

Seul, un abatteur n’a ni la quantité ni la gamme de produits disponibles pour remporter des marchés et répondre par exemple à un appel d’offres de 25.000 t d’animaux.

Les services du ministère de l’Agriculture n’ont pas attendu la présentation des 24 mesures du plan d’urgence du gouvernement pour décider la mise en place de la plateforme « France Viande Export ». Ils sont mobilisés depuis deux mois, en lien avec la Dgal, la Direction générale du Trésor et la Dgpe, pour la construire.

Selon le ministère de l’Agriculture, « cette structure aurait également pour objectif de promouvoir l'image de la viande française dans les pays tiers et d'assurer sa visibilité à travers l'utilisation d'un identifiant (logo) "viande française ».

Pression sur les centrales d’achat

C’est aussi à travers cette plateforme qu’il sera en effet possible de défendre et de valoriser la qualité du suivi sanitaire des animaux dans les élevages français.

Mais le développement des exportations d’animaux vivants et de viandes bovines suppose aussi la levée des derniers embargos érigés à l’égard des importations de viandes françaises et européennes décrétés par la Chine, la Corée, Taiwan et l’Arabie Saoudite lors de l’émergence de l’Esb.

Pour maintenir un flux d’exportations de viandes bovines, le dispositif de garantie publique de paiement avec la Coface sera réactivé et révisé pour en faire bénéficier à un plus grand nombre de clients importateurs.

La structuration des exportations grâce à la plateforme commerciale ne sera pas non plus sans conséquence sur le marché intérieur à reconquérir. Avec davantage de viandes vendues à l’étranger, on peut penser que la raréfaction de l’offre sur le marché intérieur conduira les centrales d’achats de la grande distribution à accepter des prix plus élevés.


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