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Conjoncture laitièreAvec une Pac sans outil de régulation, la crise était inévitable

| par | Terre-net Média

Mêmes causes, mêmes effets. La crise actuelle du prix du lait est un remake de celle de 2009. Or le plan d'urgence présenté hier n'est qu'une réponse partielle aux problèmes des éleveurs. Et le « paquet lait » de la Commission européenne entré en vigueur depuis 2012 n'est pas un dispositif adapté à la volatilité.

Vaches laitières Il n’y aura pas d’issue à cette crise sans une hausse rapide des prix et surtout sans une politique de régulation. (©Terre-net Média)

Le Space, le salon international des productions animales qui se déroulera du 15 au 18 septembre prochains à Rennes, s’annonce houleux. Le parapluie anti-projectiles pourrait même être l’accessoire indispensable pour Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, lorsqu’il s’y rendra !

Les barrages de tracteurs sont levés progressivement mais les problèmes de fond ne sont pas résolus. Ce qui est navrant, c'est que la nouvelle crise des filières animales, et du lait en particulier, n’est qu’un remake des précédentes avec les mêmes problèmes, les mêmes abus, les mêmes rigidités et les mêmes dialogues de sourds entre les représentants des distributeurs, des industriels et des éleveurs.

Prix du lait dans les pays européens (lait payé en €/t)

Le lait est payé aux éleveurs depuis plusieurs mois autour de 300 € en moyenne les 1.000 litres selon FranceAgriMer, soit près de 100 € de moins qu’il y a un an alors que les charges ont, depuis, de nouveau augmenté. Et surtout, la sécheresse fait craindre aux producteurs les pires difficultés pour se constituer les stocks de fourrages nécessaires pour nourrir leurs troupeaux l’hiver prochain.

Et surtout, comment faire accepter aujourd’hui des baisses de prix aussi fortes à des éleveurs qui n’ont pas profité des mêmes hausses que leurs voisins européens lorsque la conjoncture était au plus haut. En Irlande, les 1.000 litres sont depuis plusieurs mois largement en dessous du seuil des 300 € mais en octobre 2013, ils étaient payés plus de 440 €.

Des carnets de commandes pleins

Pour le second semestre, le Cniel n’envisage pas d’amélioration en matière de prix. 

Les difficultés de la filière laitière sont d’abord conjoncturelles avec des décalages de quelques mois entre le niveau de l’offre et de la demande. Car à moyen terme, la croissance de la demande mondiale de produits laitiers ne fait aucun doute. Les carnets de commandes sont pleins et les échanges commerciaux de poudres de lait resteront dynamiques selon les prévisions de l’Usda reprises par l’édition 2015 du Cyclope. Mais avec des crises tous les cinq ans, combien d’éleveurs européens seront encore en mesure de produire du lait ? Car la baisse du prix n’épargne aucun d’entre eux.

Une partie des causes de la crise échappe complètement aux producteurs, ce qui la rend encore plus insupportable.

La fin des quotas n’explique pas tout. La collecte de lait est plutôt orientée à la baisse voire se stabilise depuis plusieurs mois.

Souvenons-nous que la crise du lait est d’abord géopolitique. L’embargo sur les produits laitiers, décrété en 2014 par Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie, a refoulé une partie des invendus sur le marché européen.

Instaurer de nouveaux outils de régulation

En fait, il n’y aura pas d’issue à cette crise sans une hausse rapide des prix et surtout sans une politique de régulation. Aucun plan d’urgence avec des exonérations de charges et des reports d’échéances ne sera le remède durable aux difficultés des producteurs européens de lait.

La réforme de la Pac juste mise en œuvre cette année a prolongé un système de soutiens publics, avec notamment des aides directes couplées et découplées, qui ne fonctionne pas dans un contexte de forte volatilité des prix.

Ces soutiens publics sont insuffisants pour amortir une baisse de prix durable. Une diminution de 10 centimes par litre de lait équivaut à une baisse du chiffre d’affaires de 700 € par vache (pour une production de 7.000 l) et 1.000 à 1.400 € par ha, soit des montants bien supérieurs aux aides Pac à recevoir. La convergence de ces dernières va même aggraver le manque à gagner des producteurs. En effet, ils sont souvent dotés d’un portefeuille de Dpu historiques parmi les plus élevés.

« Le paquet lait en vigueur depuis 2012 pour le secteur laitier n’a pas la capacité de faire face à une extrême volatilité du marché ou à une situation de crise après la fin des régimes des quotas en vue d’assurer le développement de la production de lait sur l’ensemble de l’UE et d’éviter ainsi la concentration », souligne Hana Bouhalli, coauteur du Cyclope 2015.

Certes la commission européenne a réactivé des outils de régulation du marché (intervention publique et le stockage privé) mais les mesures sont insuffisantes.

Et surtout comment expliquer aux éleveurs que la Commission européenne et le Conseil européen sont parvenus, en quelques jours, à définir un nouveau plan d’aides aux Grecs portant sur des dizaines de milliards d’euros alors qu’ils ont dû attendre des mois pour obtenir des mesures de désendettement portant sur quelques centaines de millions d’euros. Des mesures qui, au final, ne les satisfont pas car ce qu’ils veulent, ce sont des prix rémunérateurs !

Des milliers d’éleveurs au bord de « l’exit ! »

Pour la suite, il y a urgence à se doter de nouveaux instruments de marché au niveau européen.  Et sans attendre la révision à mi parcours en 2017/2018 de la réforme de la Pac de 2014/2020. Car en la matière, il n’y a pas de fatalité.

Aux Etats-Unis, le nouveau Farm Bill prévoit de sécuriser les revenus des agriculteurs, avec entre autres, une garantie des marges brutes et un dispositif d’achat public, sans affecter la compétitivité à l’exportation des produits agricoles.

« Les agriculteurs ne peuvent pas vivre que des aides, il doit y avoir des prix pour les rémunérer », a expliqué à l’Agence France Presse, François Hollande, lors d'un déplacement à Villefort (Lozère) le 18 juillet dernier, peu avant de se rendre sur une étape du Tour de France. « Je lance encore un appel à cette grande distribution pour qu'elle offre aux consommateurs la qualité et aux agriculteurs un prix ».

En fait, la crise du lait, et des filières animales en général, révèle aussi l’impuissance des pouvoirs publics à faire appliquer des accords interprofessionnels signés par les représentants de la grande distribution et les industriels. On peut même se demander quel est l'intérêt de passer des heures à négocier des accords de prix dont les négociateurs savent pertinemment qu’ils ne les respecteront pas ?

Mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient, répondrait l’ancien ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua. 

Or les éleveurs français sont des entrepreneurs. Ils ne sont pas les « Bangalais » d’une filière textile, devant se contenter d’être rémunérés 200 € ou 300 € par mois pour préserver les profits des industriels ! Quelques centimes de plus par litre de lait feraient le bonheur des éleveurs sans ruiner les consommateurs, les distributeurs et les transformateurs.

Pour suivre l'évolution des manifestations, cliquez sur :  Suivez en direct l'évolution des manifestations des éleveurs normands

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DÉJÀ 4 RÉACTIONS


Patrick
Il y a 1671 jours
en 2009 tout le monde était parti à l'appi, dés que les choses vont mieux on oublie et on retourne à la Fnsea, le syndicat des céréaliers, donc voila ou on en est, il faut de la constance, une veille permanente et que les éleveurs quittent la Fnsea pour un syndicat qui les représentent vraiment
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Marion
Il y a 1678 jours
Simple... le prix du lait payé au producteur décroît et le prix du lait des GMS achetés par les consommateurs reste constant....
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MANU
Il y a 1678 jours
Serait il possible de faire un tableau avec 2 courbes; 1 représentant le prix du lait payé au producteur et l'autre représentant le prix du lait des GMS achetés par les consommateurs, et cela sur 30 ans... Je pense que cela serait aussi valable pour la viande.
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E.VDD
Il y a 1679 jours
Il n'y a pratiquement pas de stock de beuure et poudre de lait, la production en cours s'écoule normalement et le prix obtenu pour la poudre de lait est proche de l'intervention. ,A mon avis cela flaire depuis quelques mois (et sans raison) la spéculation organisée à la baisse. Afin d'apporter un réel appuis au prix du lait, il faut majorer le prix d'intervention de la poudre et fixer le prix d'intervention entre 2 2 100 et 2 200 € la tonne ! E. VAN DEN DOOREN
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