Salon de l'agricultureUn salon pour convaincre, sur fond de défis alimentaires et climatiques

| AFP

Confrontés à une crise identitaire profonde, les agriculteurs vont tenter de convaincre l'opinion de leurs efforts pour concilier production alimentaire rentable et durabilité climatique, lors du 57e Salon international de l'agriculture (Sia), qui ouvrira samedi à Paris.

« L'idée est plus que jamais de créer des ponts plutôt que des murs ! », a assuré le président du salon et agriculteur Jean-Luc-Poulain dans une lettre ouverte, en appelant à « la construction d'un nouveau contrat moral entre les Français, le pays et leurs paysans ». Quelque 50 % des agriculteurs vont prendre leur retraite dans les 10 années qui viennent, et la transition alimentaire en cours nécessitera plus de bras et de jambes à la terre. Sans réconciliation entre agriculteurs et société civile, consommateurs comme citoyens, qui remplacera ces paysans ? Car l'enjeu est non seulement de continuer à produire en France de l'alimentation saine dans le respect de la planète, mais surtout que cela permette d'en vivre dignement au moment où il faut convaincre des jeunes de s'installer.

« Il faut prendre en considération que l'agriculture est vraiment en mouvement : il faut arrêter de harceler et soutenir par l'achat », a déclaré la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, après avoir rencontré le président de la République la semaine passée - comme ses homologues des autres syndicats - pour préparer ce grand rendez-vous annuel, lors duquel plus de 500 000 visiteurs sont attendus au parc des Expositions de la porte de Versailles.

« Besoin de réconciliation »

Elle lui a fait part du « nécessaire besoin de réconciliation avec la population. La transition ne peut pas se faire si les consommateurs ne nous soutiennent pas ». Au niveau économique, les négociations commerciales annuelles entre les grandes surfaces et leurs fournisseurs, prévues fin février, durant le salon, seront cruciales pour savoir si la loi Alimentation de 2018, aussi appelée Egalim et censée protéger les revenus des producteurs en visant une meilleure répartition de la valeur entre les maillons de la chaîne alimentaire, sera enfin suivie d'effets.

Après la publication tardive des ordonnances sur l'augmentation de 10 % du seuil de revente à perte (SRP) dans les grandes surfaces, et un strict encadrement des promotions, ces négociations seront les premières durant lesquelles la loi aura pu s'appliquer pendant une année entière. Le bilan de la première année d'application a laissé un goût amer aux agriculteurs comme aux associations de consommateurs, de défense de l'environnement, ou des animaux, qui en attendaient beaucoup, chacun dans leur domaine.

Le gouvernement a depuis sèchement rappelé à l'ordre la distribution, accusée de garder les marges commerciales pour elle et de ne pas suffisamment rémunérer les producteurs. Trois chaînes, Carrefour, Système U et Intermarché, ont écopé le 10 février d'un total de plus de 4 millions d'euros d'amendes administratives pour non respect des règles lors des négociations commerciales 2019.

Vers une politique alimentaire ?

Le salon a en outre lieu au moment où les agriculteurs français attendent des réponses du gouvernement sur des mesures de compensation à la viticulture, touchée par les taxes Trump aux États-Unis, et sur la constitution d'une filière protéines en France. Autre sujet d'inquiétude, la mise en œuvre le 1er janvier de zones de non-traitement aux pesticides autour des zones habitées. Elle provoque un fort mécontentement chez les agriculteurs qui veulent continuer de produire et ont manifesté leur opposition en tracteurs à Paris fin 2019, en s'inquiétant parallèlement de la baisse de la balance commerciale agroalimentaire française avec les autres pays européens.

En Allemagne et aux Pays-Bas aussi, les paysans ont manifesté contre les nouvelles contraintes environnementales. Mais les associations ne sont pas contentes non plus, la consommation de produits phytosanitaires en agriculture ayant bondi de 21 % en France en 2018 malgré deux plans gouvernementaux successifs censés réduire leur usage.

Dans ce dialogue de sourds, la préparation de la prochaine politique agricole commune européenne (Pac) pour 2022-2027, que beaucoup craignent en baisse, concentrera sans doute l'attention et les inquiétudes, dès jeudi à Bruxelles, lors d'un sommet européen sur le budget de l'UE. D'autant que Bruxelles souhaiterait lancer un « green deal », via notamment une stratégie agricole baptisée « de la fourche à l'assiette » (« farm to fork ») qui permettrait in fine d'élargir la politique agricole à une quasi-politique alimentaire commune, englobant agriculture, alimentation, santé et environnement.


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DÉJÀ 11 RÉACTIONS


Yp42
Il y a 51 jours
Même si l'on n'y va pas, ils nous remplaceront par des automates ... Mais dans le fond, on a toujours plus de contraintes, mais toujours pas de prix... Le compte n'y est pas comme dirait l'autre, aucune annonce ne sera faite, 10 jours plus tard tout le monde aura oublié le salon. Le Parisien achètera de nouveau de la viande Irlandaise, des tomates Espagnoles, 2-3 plats préparés au lait de soja pour se donner bonne conscience etc... Le salon ne sert à rien au niveau professionnel, ni pour le public car il y a des fermes à visiter partout en France...
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gus
Il y a 50 jours
Brunel ,une extrémiste qui n'est juste que le clone inversé des Veillerette , Nicolino (chevaux de Troie du lobby bio ) , Bourguignon , Rahbi et consorts ( chevaux de Troie de leurs petites affaires bien juteuses...Et si la vérité se trouvait entre les deux ???
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Cabeillade
Il y a 51 jours
Sylvie Brunel est intéressante quand elle appelle à cesser la stigmatisation des agriculteurs par l'opinion et les décideurs vis à vis de la problématique phyto-sanitaire mais je ne la rejoins pas sur son analyse du bio avec encore et toujours l'argument fallacieux de la productivité qui ne suffirait pas à nourrir la population mondiale (alors qu'on sait bien que c'est des conneries), ou sa vision du bio qui serait une "pratique personnelle et égoïste". Ne lui en déplaise, je suis très fier de nourrir la population locale (et ce ne sont pas des bobos richissimes puisque je pratique des prix très corrects), même si je ne fais pas 100 qtx en blé. Tant qu'on se contente de regarder uniquement l'indicateur "rendement" sans comptabiliser l'énergie consommée, on ne voit pas les vrais enjeux. Produire beaucoup c'est bien, mais à quel prix? Et comment compte-t'elle rémunérer les agriculteurs correctement dans un système économique mondialisé qu'elle ne remet à aucun moment en question ? Encore une fois, une vision binaire des choses s'appuyant sur des guerres de chapelles inutiles alors qu'il faudrait faire fi de ces fausses divisions autour d'un discours fédérateur se focalisant sur les vrais enjeux. Les différents modes de production sont complémentaires. Arrêtons de les opposer.
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Cabeillade
Il y a 51 jours
Quant à Catherine Hill, celle qui dit que "boire un verre de vin par jour augmente les chances d'avoir un cancer"? ha bein on est sauvés...
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hub
Il y a 50 jours
Ah;ah;ah, Sylvie Brunel (cheval de Troie de l'agro_industrie), pour ton info elle est régulierement citée ds les tribunes de la Fédé , elle veut sauver le monde avec le brevetage du vivant, les OGM, des usines de 1000 vaches ,etc, le productivisme décomplexé. Avec elle tu va disparaitre pour de bon , Bonne chance !!
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réaliste
Il y a 51 jours
je très surpris que nos syndicats ne soient pas informés qu'il y a des scientifiques qui défendent notre agriculture . Surpris de ne jamais en entendre parler .Pourtant un très bel article d'une ONG Mme Sylvie Brunel est paru ce mois de février dans le magazine LE POINT avec ce titre Pourquoi les paysans vont sauver le monde qui est aussi le titre de son livre ...A lire sans modération . Cet ouvrage invite à la réflexion . Le salon a pour theme les défis alimentaires alors invitez cette personne à dédicacé son livre . Aussi inviter Catherine Hill c'est très intéressant ( débat sur les ZNT santé des agriculteurs ect…) a bon entendeur ….
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pat
Il y a 51 jours
le salon a autant de visiteurs car aujourd'hui il se visite comme le louvre et on regarde les choses comme un tableau pour se souvenir qu'hier encore il y avait une agriculture francaise et des agriculteurs qui disparaissent avec le temps
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vik
Il y a 51 jours
Faire signer a l'entrée du salon aux hommes politiques de ce jour une charte du respect de l'agriculteur raisonné et mettre fin au suicide agricole (tout les jours je me bat pour étre solide vue les incompréhensions (controles (par des hommes et des femmes qui sont pire que nous dans la vie de tous les jours +fiscalité+...)
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titian
Il y a 51 jours
Boycott oui, 1000 fois d'accord, mais seulement des animaux au dernier moment. Ceux d'entre nous qui veulent encore communiquer trouverez allors une grande tribune.
La symbolique serait forte à l'image de l'avenir qui nous est promis.
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polo
Il y a 51 jours
boycotter le salon est la meilleure reponse a tout ceux qu itapent sur le dos des agriculteurs ; ca donnera a reflechir avant de pondre des lois qui nous emmmerdent en permanence. arretons de ne pas reagir et de rester les bras croises !!!!!!!!
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