AubracUn parc naturel régional pour enrayer l'érosion démographique

| AFP

Leurs cornes décorées de fleurs et de pompons en papier multicolores, les vaches, à grand renfort de sonnailles, quittent leurs étables : jour après jour, les troupeaux de l'Aubrac gagnent les hauts pâturages, lors de la première transhumance depuis que le territoire est devenu le 53e Parc naturel régional.

Le décret a été officiellement publié jeudi, 15 ans après que l'idée a germé au sein d'une équipe déterminée à promouvoir ce massif de moyenne montagne, au sud du massif central, et surtout à lutter contre l'érosion démographique.

« Ce décret, c'est un aboutissement », confie à l'AFP André Valadier, le président du Syndicat mixte de préfiguration du parc naturel régional de l'Aubrac (PNR), une structure destinée dorénavant à devenir le Syndicat de gestion du parc, auquel ont adhéré 64 communes, soit 36 000 habitants. « Un aboutissement parce que cela a pris du temps, qu'il y a eu des périodes difficiles », car il a fallu convaincre les régions et les trois départements sur lesquels s'étend le massif - Aveyron, Cantal, Lozère - à « agir ensemble, au-delà des limites territoriales », ajoute André Valadier, un ancien éleveur natif il y a 85 ans de l'Aubrac et figure emblématique du projet.

L'Aubrac, plateau volcanique et granitique, est connu avant tout pour sa race bovine du même nom, l'élevage étant la première économie du massif. Hier en voie de disparition, la race connaît un renouveau grâce à la mobilisation des éleveurs, le troupeau passant de 30 000 têtes au plus fort du déclin, dans les années 70, à plus de 210 000 aujourd'hui.

Haute, une pure sang Aubrac à la robe blond froment et aux cornes en lyre, avait été choisie en début d'année pour être l'égérie du Salon de l'agriculture.

Mais ce territoire aux paysages préservés, marqué par de rudes hivers, voit ses jeunes partir, sa population décliner et vieillir. « Aujourd'hui, on compte 14 habitants au kilomètre carré », explique Arnaud David, le directeur du Syndicat de préfiguration. Dans certains secteurs, il n'y a plus que 4 habitants au km2», souligne-t-il.

Agropastoralisme séculaire

« A ce niveau de population, on ne peut plus maintenir une activité », poursuit-il. « Des commerces ferment leurs portes, des écoles aussi » avec, à l'horizon, un risque de désertification difficile à enrayer. Aussi, le parc s'est-il « donné pour premier objectif de relever le défi de l'érosion démographique », explique André Valadier.

Mais pour faire venir des familles dans ce territoire enclavé, il faut, outre des écoles, « des pharmacies, des services, il faut travailler sur l'énergie, les transports, l'habitat, la culture », assure Arnaud David. Et s'appuyer sur les ressources naturelles de l'Aubrac pour assurer « un développement en harmonie avec le territoire », dit Arnaud David.

Premier atout de ce massif traversé par des chemins de randonnée, dont le célèbre chemin de Saint-Jacques de Compostelle : le tourisme, aujourd'hui son deuxième secteur économique.

Les fêtes de la tranhumance y ont attiré des centaines de personnes attachées à cet agropastoralisme séculaire. Éprises aussi par ces grands espaces préservés, parcourus de drailles et d'une multitude de cours d'eau, d'où la vue se perd au loin, sur les monts du Cantal, les Causses ou les Cévennes. L'homme y a aussi marqué sa présence, avec les burons, ces abris aux toits de lauzes des gardiens de troupeaux où était aussi fabriqué le fromage. Pour protéger ces paysages, l'Aubrac devrait rester vierge de toute éolienne.

C'est sur le bois et le troupeau, grâce à la méthanisation, que s'appuiera la transition énergétique. Une première unité de méthanisation devrait commencer à fonctionner en juillet, fournissant l'électricité à l'équivalent d'un village de 1 800 habitants. Lutter contre la saisonnalité, renforcer l'attractivité enclenchée grâce aux couteaux Laguiole - qui font vivre quelque 200 personnes dans 14 entreprises -, promouvoir la transformation des produits - viande et produits laitiers - issus du troupeau, organiser les transports sont quelques autres pistes pointées par les responsables du parc pour « reconstituer un ensemble de ressources qui génère de l'attractivité et de l'emploi », conclut André Valadier.


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