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Tribune« Par chance ce jour-là, j'ai appelé à l'aide ! »

| par Agrimom | Terre-net Média

Elle rêvait de reprendre la ferme familiale et s'y est investie corps et âme. Isolée et croulant sous la pression du travail, elle a petit à petit perdu pied. Passée au bord du suicide, elle a su appeler à l'aide et s'en sortir. Elle, c'est une agricultrice du Québec mais ça pourrait être n'importe qui d'entre nous. Et c'est pour nous alerter sur le sujet qu'elle nous raconte « les idées suicidaires d'une agricultrice ».

Agricultrice dans les champs« Par chance ce jour-là, j'ai appelé à l'aide. » Une agricultrice québecoise revient sur les difficultés qu'elle a traversées et qui l'ont conduite à songer au suicide. (©Agrimom)

« Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours voulu devenir agricultrice. Je me rappelle les parties de cache-cache dans le fenil, du tout premier vêlage auquel j’ai assisté, d’avoir pleuré lorsqu’Hélène, une vache importante du troupeau, est décédée, d’avoir appris à conduire dès que mes petites jambes furent assez longues pour atteindre les pédales, de l’immense fierté ressentie lorsque nous avons eu notre première vache classifiée excellente. »

« Durant toute mon enfance et même après, je rêvais de me marier sur la ferme, de laquelle je deviendrais la 6e génération, et de mieux faire connaître ma passion à la population. Au fil des ans, mes responsabilités sur la ferme augmentaient au même rythme que ma passion pour l'agriculture. Les années ont passé et j’ai bel et bien fait mes études à l’institut technique agricole avant de revenir m’établir pour de bon sur la ferme familiale pour y réaliser mon rêve. »

Pour info > 71 % des éleveurs disent exercer aujourd'hui le métier de leur rêve. Pourtant, la moitié d'entre eux ne sont aujourd'hui pas satisfaits de leur sort. Retrouvez les résultats du sondage Devenir éleveur : rêve ou désillusion ?

Faire face aux difficultés seule sur sa ferme

« Les dix-huit derniers mois ont toutefois été parsemés de coups durs et de gros changements auxquels j'ai eu de la difficulté à m'adapter. Plusieurs deuils de proches, des blessures plus ou moins graves, l'isolement, des responsabilités beaucoup plus importantes à l’étable, une séparation pénible, m’ont poussée à vouloir m'oublier dans mon travail. Plus les coups durs étaient difficiles à absorber plus je me plongeais dans le travail à la ferme. Je voulais aussi faire taire cette petite voix intérieure qui me disait que je ne serais jamais capable de reprendre l'entreprise sans mon ex-conjoint et prouver à tous en travaillant d'arrache-pied que je réaliserais mon rêve. Bien entendu, la situation à la ferme n’avait rien de rose elle non plus… »

Je me sentais prisonnière de ce monde dont j'avais toujours rêvé et dans lequel j’étais enfin plongé.

« Nous avons un mode de vie particulier que très peu de gens arriveraient à tenir. Mais j'étais fière d'en faire partie, repoussant mes limites corporelles et psychologiques, cumulant les tâches dans le but d'en faire toujours plus dans une même journée, diminuant parfois mon nombre d'heures de sommeil dans le but de travailler davantage. Sans même m'en rendre compte je suis, petit à petit, devenue une ''workaholique'', étant incapable d'imaginer être 24 h sans travailler, pensant en tout temps aux problèmes survenus sur la ferme et aux solutions qu'on pourrait y apporter dans mes maigres temps libres, consultant les nouvelles épreuves de taureaux en déjeunant le matin, ne sortant presque exclusivement de la ferme que pour aller acheter des médicaments chez le vétérinaire, des pièces pour aller réparer de l’équipement ou pour des journées de formation, vous l'aurez deviné, en agriculture ! Je me sentais prisonnière de ce monde dont j'avais toujours rêvé et dans lequel j’étais enfin plongé. »

En France, le réseau Agri-sentinelle accompagne les agriculteurs en situation de détresse psychologique. Si vous repérez un collègue qui croule sous les difficultés, communiquez-lui les contacts d'un accompagnant et incitez-le à appeler.

Perdre pied et se couper du monde

« Je me suis donc isolée, ne vivant de la satisfaction que par mon travail, j'ai perdu plusieurs amis, mon estime de moi a diminué jusqu'au point où j'avais de la difficulté à me regarder dans un miroir, je n'arrivais plus à dormir, pensant sans cesse à tous les problèmes éprouvés, j'étais constamment à fleur de peau, je ne mangeais presque plus. Les rares occasions où je me permettais une sortie avec des amis, je finissais inlassablement par le regretter sachant tout le travail que j'aurais à faire en revenant pour compenser ces quelques heures de congé. Je n'étais jamais satisfaite, j'aurais toujours voulu en faire plus, faire mieux. »

Qui étais-je sans l'agriculture ? Sans mes animaux, la terre, la ferme ? Vivre était devenue une souffrance constante.« Et puis un jour, j’ai explosé. La surcharge physique, émotionnelle et psychologique des dix-huit derniers mois s’est déchaînée et j’ai compris qu’en dépit de tous mes efforts, je ne serais jamais capable de reprendre la ferme familiale. C’était tout simplement au-dessus de mes forces. Mais alors, qui étais-je sans l’agriculture ? Sans mes animaux, la terre, la ferme ? J’avais l’impression de ne plus savoir qui j’étais et d’être à la fois morte à l’intérieur, prisonnière de mon rêve. Je n’éprouvais plus aucun bonheur, aucune satisfaction, aucune joie, aussi minime soit-elle. Vivre était devenue une souffrance constante et je n’en pouvais tout simplement plus. Je voulais que toute cette pression, cette douleur constante, cesse une bonne fois pour toutes. Pendant des semaines j’avais réfléchi au moyen qui me semblait le plus facile, le moins douloureux, au meilleur moment pour le faire… et j’étais maintenant prête à passer à l’acte. »

Par chance ce jour-là, même si j’avais la conviction de ne pas la mériter, j’ai appelé à l’aide.

« On connait tous de près ou de loin un producteur qui a eu des difficultés et parfois même qui a fini par passer à l’acte. Ce sont des morts qui auraient pu être évitées, des vies qui, comme la mienne, auraient pu être sauvées. Je ne vous écris pas ce texte aujourd’hui pour que vous me preniez en pitié, mais pour que vous compreniez qu’il est très facile, surtout dans notre milieu, de s’oublier. Mon histoire n’a rien d’extraordinaire et pourrait facilement être la vôtre.

Alors si ce texte peut vous amener à réfléchir ne serait-ce qu’une minute, à être plus attentif à votre entourage, à être moins exigeant envers soi, prendre un peu plus soin de vous-même, j’aurai atteint mon but. S’en sortir, ça n’a rien de facile, mais c’est possible et on peut même s’en sortir plus fort. Il faut apprendre à prendre soin de soi comme on prend soin de notre machinerie ou de nos animaux. »

S’accorder de l’importance, sans quoi un bon matin, la machine ne suivra plus !

Cette agricultrice québecoise témoignait sur le site Agrimom : l'agriculture positive
Agrimom est un blog collaboratif qui a pour mission de faire connaître et promouvoir les producteurs agricoles du Québec. Il s'adresse principalement :
  • Aux femmes qui œuvrent dans le milieu agricole ;
  • Aux femmes qui sont passionnées par l’agriculture ;
  • Aux passionnés d’agriculture ;
  • Aux consommateurs qui désirent encourager l’achat local
  • À tous ceux qui ont l’agriculture à cœur !
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DÉJÀ 16 RÉACTIONS


salomondo
Il y a 288 jours
bonjour si vous pouvez me lire :je suis un jeune agriculteur en agropastorale , et bien qu'un jeune agriculteur je voie et je sais qu'il a des haut et des bas pour les coût , les financement en agriculture surtout dans certainne zone , donc sachant qu'il y a des bas c'est vraiment une passion , je me perfectionne encore plus en tirant une leçon principalement des bàs et a cette leçon je trouve une solution , car chaque epreuves reussit est porteur de leçon et cette leçon améne a une solution.Donc c'est important qu'un agriculteur vive et reussit son present en tenant compte des leçons de son passé et gagne son futur en se perfectionnant de plus en plus.
Donc c'est bon que les agriculteurs apprennent de leurs erreurs sans les refaire 5 fois , s'estiment heureux et prennent le temps pour eux et son simple ,ils lisent aussi ce genre de trucs pour apprendre mieux.
C'est pour cella bien etant un jeune agriculteur Africain je me suis abonné et je lis pour mieux apprendre et conprendre.
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momo
Il y a 289 jours
Avez-vous déjà regardé la nouvelle pub de notre assurance verte?
Le petit garçon qui était dans le tracteur qui s'est renversé avec son grand père a bien appris la leçon:
Il vaut mieux être conseiller en assurances qu'agriculteur
MERCI pour l'image que cette société donne dans les médias
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Bernard 60
Il y a 293 jours
Bonjour, je suis paysan sur une petite ferme ( 30 ha) mais je n'ai pas de bêtes. Mais comme certains la charge de travail et l'administratif me prennent du temps. Il y a des moments où j'ai envie de tout lacher. Le stress et les em. ...
Mais j'ai une femme que j'aime et une fille que j'adore. Et je me dis qu'on a qu'une vie. Elle vaut tout l'or de la terre même mille fois plus que tout ce qu'on possède. Et même quand j'en ai marre et que j'ai le blues et que ma fille me dit papa je t'aime, ça fait réfléchir. Je sais que certains sont seuls mais ne faites pas de bêtises à l'extrême. Je sais c'est facile à dire
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galopin
Il y a 294 jours
producteur de lait bio depuis 40 ans , je suis la risée des agriculteurs locaux parce que je n'ai que 28 vaches et du lait a 700 euros , et un salarié , mais j'ai écrit un livre "voyage dans un autre monde , celui de la terre et d'un élevage bio " , meme les voisins que je cotoie presque tous les jours , qui viennent au lait le soir , ne savaient pas la vrai vie d'une ferme avec ses problemes et les saisons ; mais je reste confiant sur l'avenir des petites fermes comme la mienne , sans aucun emprunt !!!
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tous pourris
Il y a 287 jours
il,se préoccupe de leur image . barre
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remi
Il y a 294 jours
j ai connu cette situation.A bout j ai voulu apeller le numero msa pour trouver de l aide .foutaise .c est mon medecin qui m a aider
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Bernard
Il y a 294 jours
Je sais pas si vous allez me lire j ai moi meme eu des difficultés financières a cause d un banquier du credit agricole me techoque qui couchant avec la femme fu multi cumulards dores de ma commune voulait offrir a prix puce ma ferme au cicu content mon pere ayant ete 36 ans adminidtrateurs dans cette banque d assassins..
.l affaire du prefet Erignac....et les 7 faillites du credit agricole Corse. Oh excusez moi je suis con la Corse n est pas francaise. Defendu par un expert comptable de renom j ai mis la ferme en redressement judiciaire sue j ai obtenu haut la main mais retour du baton un AVC a 46 ans m obligere d arreter . Que d insultes ai je recu de la part de ses bouseux qui venaient demander servie a mon pere qui s executait gratos et tous ceux qui auraient du fermer leurs szles bouche et penser a me payer mes 4000 euros de veaux bleue jamais payé dew cporcelets payes 18 mois apres la szillir du verrat et j en passe..
Le paysan d aujourd hui est méchant jaloux aigrit et ils ne recoltent que ce su il a semé et çà vas etre de pire en pire a l aube d une fin de vie chargé beaucoup d amis des vrais m ont unanimement diy Bernard ils sont jaloyx et mechant sur toi parce que tu sais travaillé
Traite de 55 vl matin et soir seul
Troupeau de 167 bovins Bbb
50 hectares bien tenus et 50% des surfaces sans engrais
VOUS , vous achetez tout pour profuire resultat des courses vous assassinés la faune .et les hommes font eux aussi partie de la faune ne l oubliez pas
Ecoutez bien vis techniciens
Exploitant la terre pour le profit et certainement pas par amour
Quand a la solidarité comment voulez vous que certains citoyens vius aiment alors que vous laiiser vos propres voisins petits paysan se suicider pour les croquer ensuite
Vous me degoutez assassins de vos amis et de la planete
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guillaume hamel
Il y a 294 jours
bien sur PATRICE on marche toujours sur des œufs...mais si tu ne fais rien s est encore pire . les agriculteurs ne sont pas tendres entre eux.on a deja beaucoup de gens a nous taper sur la tète et la notion de solidarité deviens rare entre nous. c est plutôt chacun pour soit.
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Patrice Brachet
Il y a 294 jours
Je ne m en suis jamais caché j au faillis passer à l acte ; les mains tendues très peu lés coup de masse beaucoup. Après en voulant aider un collègue qui est dans la détresse on peut faire le contraire. Il y a quelques années j avait un bon copain qui était à bout mais vraiment à bout à cause de l acharnement de contrôleur s et ceci sur calomnie. Donc sur de moi j ai appellé la sous préfecture ( département voisin) en demandant la fin de ce harcèlement qui n avait pas lieu d exciter Au lieu de jouer l apaisement la sous préfète s est encore plus acharné et il a fallu faire intervenir des politiques pour calmer le jeu. Donc aider oui mais suivant la situation y aller doucement car en voulant aider un super copain j ai faillit le perdre a jamais
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guillaume hamel
Il y a 294 jours
on ne dois pas hésiter a prendre 5 minutes de temps a autre pour aller voir son voisin quand on pense qu il est dans le dure et pas pour reprendre sa boutique ....mais pour casser l isolement et l aider.
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