Le travail en élevageIdele veut « renforcer l'attractivité du métier pour pérenniser l'installation »

| par | Terre-net Média

À l'heure où le renouvellement des générations en élevage devient de plus en plus difficile et où ce secteur, plus globalement, peine à trouver de la main-d'oeuvre, l'Institut de l'élevage Idele se penche sur ce qui semble expliquer principalement le manque d'attractivité du métier et le déficit d'image dont il souffre : la charge de travail et les contraintes liées aux productions animales. Objectif : mieux les prendre en compte dans les projets d'installation et même avant, dès la formation, afin d'optimiser un facteur de production aussi important que le cheptel ou le matériel : le bien-être au travail des éleveurs. Ne mérite-t-il pas en effet autant d'attention que celui des animaux ?

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Dur physiquement, chronophage, répétitif, soumis aux aléas (sanitaires, climatiques, économiques...), peu rémunérateur, mal aimé de la société, pas moderne... avec une telle image, auprès du grand public et même souvent du monde agricole, le métier d'éleveur (ou de salarié en productions animales) peine à attirer des jeunes, qu'ils soient ou non du milieu. Certes celle-ci n'est pas totalement erronée, mais la réalité n'est pas si noire. Des leviers d'action existent pour limiter la pénibilité de certaines tâches et améliorer leur organisation (collectifs de travail, nouvelles technologies telles que la robotisation, le numérique...), d'autres sont en réflexion ou encore à inventer.

De nombreux organismes "travaillent" en effet sur cet enjeu majeur du travail en élevage, en général insuffisamment pris en compte dans l'élaboration des projets, d'installation notamment, pour répondre à celui tout aussi crucial du renouvellement des générations dans ce secteur. D'ailleurs, même si cette notion paraît parfois un peu abstraite et difficile à appréhender, les éleveurs eux-mêmes se soucient davantage du bien-être au travail, en particulier les jeunes. Ce, afin d'être en phase avec le reste de la population et parce qu'ils sont de plus en plus nombreux à ne pas être d'origine agricole et/ou à avoir exercé une autre profession auparavant.

Le saviez-vous ?
Les agricultrices cherchent plus que les agriculteurs à :
- améliorer l'ergonomie des outils pour diminuer la pénibilité des tâches,
- faire appel à des collectifs de travail pour un meilleur équilibre vie pro/vie perso.
Source : Gambino et al., 2012.

« Beaucoup de jeunes ont la tête dans le guidon »

Lire aussi à propos du film "Même pas peur d'être éleveur" : Montrer les bons comme les mauvais côtés du métier pour motiver à s'installer

eleveurs en salle de traiteDéléguer, simplifier et rationaliser les tâches via des collectifs de travail ou des équipements permet d'améliorer les conditions de travail. (©Terre-net Média) 

L'Institut de l'élevage Idele se penche sur ce sujet depuis de nombreuses années déjà comme l'explique dans la vidéo ci-dessus tournée au Space 2019 Sandie Boudet, alors chargée de mission au service "approches sociales et travail en élevage". Derrière ce titre générique, l'institut s'intéresse à la fois « à la charge, aux conditions et à l'organisation du travail ». Et, par conséquent, « à la délégation, à la simplification et à la rationalisation des tâches à travers par exemple les collectifs de travail (association, salariat, service de remplacement, apprentissage) ». « Même si l'automatisation se développe de plus en plus, insiste-t-elle, elle ne remplacera jamais complètement l'homme. »

Cet article fait partie d'une série sur le travail en élevage, clé de réussite pour l'installation des jeunes éleveurs comme pour l'ensemble de leur carrière, à paraître au fil des semaines qui viennent sur Web-agri.

« Les conditions de travail sont l'un des principaux facteurs d'attractivité du métier d'éleveur, poursuit la chargée de mission. Beaucoup de jeunes qui se lancent ont la tête dans le guidon et se sentent invincibles. À plus ou moins brève échéance, certains se rendent compte que l'équilibre vie pro/vie perso n'est pas simple, d'autres rencontrent des problèmes de santé. Quelques-uns décident même de changer de profession. Travailler sur cette thématique, c'est donc faire en sorte que les installations en élevage soient plus pérennes. »

Se poser les bonnes questions

D'autant que plusieurs moments sont propices pour l'aborder, avant de s'installer et même après : pendant la formation initiale, le montage du projet (le travail intervient dans le choix des productions, du système, de la taille de la structure, des équipements...), en particulier lors du stage préparatoire à l'installation et du stage six mois ; puis durant les premières années d'activité, voire tout au long de la carrière lorsque par exemple on investit dans un nouveau bâtiment ou matériel, fait évoluer le collectif de travail ou en cas de dysfonctionnement observé au sein de l'exploitation.

diagnostic epi travail installation ideleL'Institut de l'élevage Idele a mis en place la méthode Épi travail pour que cette problématique soit davantage étudiée dans les projets d'installation. (©idele) 

En amont de la reprise/création d'une ferme, l'Idele propose la méthode Épi travail qui permet, aux candidats « de se poser les bonnes questions et d'anticiper, à l'aide de calendriers, les travaux à effectuer à l'échelle de l'année et/ou en périodes de pointe ». Et comme « il n'est jamais trop tard pour s'interroger sur sa manière de travailler », l'organisme est en train de concevoir un outil, Déclic travail, « d'auto-diagnostic en ligne grâce auquel les éleveurs pourraient identifier en quelques clics les facteurs de risque sur leur ferme et consulter ensuite des fiches proposant des pistes d'amélioration ».

Retrouvez également le témoignage de Damien, éleveur, sur le stage de parrainage :
Damien, éleveur : « Tester le métier, le projet et l'entente avec les associés »

L'importance de la communication

L'Institut de l'élevage n'est pas le seul à se préoccuper du travail en élevage, constate avec satisfaction Sandie Boudet, d'où une meilleure prise en compte de cette problématique sur le terrain, par les éleveurs et futurs éleveurs entre autres. « Via une communication efficace, ce sujet devient de moins en moins tabou. » La jeune femme fait référence, en particulier, à la plateforme internet www.devenir-eleveur.com lancée il y a bientôt trois ans par la Confédération nationale de l'élevage (CNE) avec, pour objectif, de diffuser des messages positifs sur le métier auprès des candidats potentiels, en mettant en avant son côté moderne, la liberté d'entreprendre, etc. Ainsi, sur le site web, un onglet entier, intitulé "S'épanouir", est dédié aux solutions pour "bien vivre le métier d'éleveur".

Sandie met également en avant le rôle des réseaux sociaux, très appréciés des jeunes, où de plus en plus de producteurs parlent de leurs pratiques, de leurs équipements et de leurs astuces pour faciliter leur quotidien, avec photos et vidéos à l'appui. Une « excellente façon de démocratiser le sujet », notamment auprès des citadins, selon elle.

Les réseaux sociaux, une excellente façon de démocratiser le sujet.
Sandie Boudet, idele.

Cette dernière rappelle cependant que plusieurs paramètres jouent sur l'attractivité du métier d'éleveur comme l'image, les conditions d'exercice de cette profession autre que le travail évoqué ici (tel que le revenu par exemple) ou encore les modalités d'accès (foncier, financement, etc.). « Trois piliers » tout aussi essentiels pour « favoriser le renouvellement des générations » en élevage et plus largement en agriculture. Soulignons enfin que ces questions de travail en élevage et d'attractivité du métier ne concernent pas que les éleveurs et les organismes de recherche et de conseil, mais doivent mobiliser l'ensemble de la filière jusqu'aux transformateurs, distributeurs et même consommateurs, et les pouvoirs publics également. C'est pourquoi elles ont fait l'objet de débats lors des États généraux de l'alimentation.


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DÉJÀ 36 RÉACTIONS


Padugato
Il y a 9 jours
Il n y a pas que le prix malheureusement, je vend très bien mon lait mais la msa nous repompe tout donc il faut aussi revoir la fiscalité, il faut que nos paies soient déductibles fiscalement (actuellement elles sont comme des avances sur dividendes, c'est pour ça que les comptable trouvent toujours plus d argent qu'on a comme on prend une rémunération chaque mois ) sinon on s endette à acheter de la ferraille et à la fin on a toujours pas de revenus, le paysan ne peut pas se créer une vrai épargne de précaution avec cette fiscalité !
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leti 50
Il y a 11 jours
Tout à fait d'accord avec cet article, mais le problème de base pour pouvoir embaucher, se moderniser et s'équiper correctement ce sont les prix de vente de nos produits ( viande, lait, céréales....
L'image de l'agriculture française ne serait pas dévalorisé par les medias nos pratiques françaises sont tellement réglementées que nous sommes un exemple par rapports aux autres pays européens. Mais ça personne le dit.
Là encore on aurait plus de jeunes à vouloir s'investir dans les metiers agricoles.
Du prix de la reconnaissance, c'est la base!!!!!
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stan
Il y a 12 jours
Le gouvernement devrait réagir s'ils veulent maintenir un tissu rurale dans beaucoup de régions de bocage y a plus de vaches y a que des cultures les terres vont s'appauvrir début du désert l'érosion des sols et la réalité dans les collines du perche on voit la disparition des fermes.
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farmer50
Il y a 13 jours
J'ai 42 ans, 19 ans d'installation dont 10 avec mes parents avec vache laitière, veaux de boucherie en intégration, céréales et bœufs à l'herbe. Donc le taf ne manque pas.
Pour moi, le premier problème c'est le prix de ce que l'on vend. Aucune autre profession ne vend aux prix d'il y a 30 ans avec des charges de 2020, à part la nôtre. Si ce point était réglé, on pourrait investir dans du matériel pour alléger notre charge de travail, on pourrait se payer et embaucher avec des bons salaires (on attire pas les mouches avec du vinaigre).
Ensuite, le deuxième problème, c'est que l'on vend du rêve en permanence. On fait visiter de belles installations aux jeunes avec du beau matos en oubliant de dire le prix. Pendant la phase d'installation, on voit tout un tas d'organisme qui vous expliquent que si vous avez besoin "on est là" en omettant de dire qu'il y a facturation et que c'est vous qui signez dans le bas de la page "responsable mais pas coupable".
Aujourd'hui, j'ai des collègues qui ont arrêtés, il y a des exploitants autour de chez moi qui se posent des questions et effectivement des commerciaux qui commencent à s'inquiéter car ils s'aperçoivent que ça devient plus dur de vendre (- de ferme = + de concurrence entre commerciaux mais pas à la baisse des prix) et faire rentrer l'argent.
Enfin bref, l'IDELE, sans prix vous allez pas attirer grand monde
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hub
Il y a 14 jours
Mouai, la facilité de velage ca n'empeche pas d'etre la quand meme,tous les hivers j'ai 1 a 2 veaux mal placé et l'hiver dernier , 2 cesariennes sur génisses (une torsion et un gros veaux mal placé , 2 autres "cul le premier" sur 2 vaches et des triplés sur une autre) ,tous vivants sauf un des triplés comme quoi meme les Aubracs ca velent ps tjrs tout seul...
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Ingalls
Il y a 14 jours
Mon marchand ne veut pas entendre parler de vaches si ça n'est pas de la Charolaise ou de la Blonde.
Mais je sais bien que l'Aubrac est peu exigeante, et c'est surtout sa facilité de vêlage qui m'intéresse !
Pour les cornes pas de soucis, uniquement si c'est au sens propre lol
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hub
Il y a 15 jours
J'suis en AB,ce qui me permet d'avoir un ptit débouché pr les femelles d'elevage(700 euros), j'fait 3a4 veaux rosés en vente directe et depuis peu mes males (700-750 euros) partent pr faire des boeufs , combien de temps???, Sinon j'vend des vaches suitées (1700 euros) peut etre le top serait de tout finir, la grille bio reste interessante pr les aubracs quand il y a de la place car cette année c'est compliqué ....Chez moi ca passe car tres peu de charges ,j'connais pas assez les autres races mais l'aubrac fait partie de ces races qui se contentent de peu mais bon faut en discuter avc tes marchands ou trouver des marchés de niches et puis faut aimer les cornes..;p)
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Ingalls
Il y a 16 jours
Tes Aubracs tu les valorises comment ? Label ? Vente directe ?
Je m'y intéresse mais j'entends dire qu'en dehors du berceau c'est compliqué à valoriser à des prix corrects
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hub
Il y a 16 jours
Bien vu Charles, des restes de saisonnier vacher en Valais. Pays de la Loire ,c'est pas la meme qu'en Suisse malheureusement.;p)
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Ingalls
Il y a 16 jours
Quel secteur ?
Dans un de tes commentaires sur un autre article tu écris "tout de bon" c'est très Suisse de dire ça !
Parce que si tu es Suisse ça change la donne, avec toutes les primes qu'ils ont ...
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