[Carte interactive] TransmissionLa France peut-elle s'inspirer de ce qu'il se fait ailleurs en Europe ?

| par | Terre-net Média

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : entre 2005 et 2013, le nombre de chefs d'exploitations d'élevage de moins de 35 ans a diminué de 35 % en moyenne sur plusieurs pays européens quand celui des plus de 65 ans a augmenté de 14 %. Ainsi, le renouvellement des générations d'agriculteurs n'est pas un enjeu qu'en France. Que font nos voisins pour favoriser la transmission des fermes et l'installation des jeunes ? Y a-t-il des dispositifs intéressants transposables en France ? Pour le savoir, l'Institut de l'élevage idele a réalisé des enquêtes en Allemagne, Royaume-Uni, Irlande, Finlande, Pays-Bas, Danemark, Belgique et Espagne.

drapeau europeen et poignee de mains

En Europe, la cession des fermes s'effectue principalement à titre gracieux et dans le cadre familial. (©Creativa Images, Fotolia)

Lrenouvellement des générations d'agriculteurs, donc la transmission des fermes, est une problématique commune en Europe, notamment en productions animales. En 2013 en effet, sur neuf pays (France, Allemagne, Royaume-Uni, Irlande, Finlande, Pays-Bas, Danemark, Belgique et Espagne), 70 000 élevages environ avaient un chef d'exploitation de moins de 35 ans, contre 130 000 huit ans auparavant, soit une baisse de 35 %.

Et dans près de 200 000 structures, l'âge de celui-ci dépassait 65 ans, contre 170 000 en 2005, d'où une hausse de 14 % (source des chiffres : dossiers de l'économie de l'élevage de l'Institut de l'élevage idele d'après Eurostat ; ils prennent en compte tous les ateliers de plus de 10 ha de SAU). Ainsi, le vieillissement des chefs d'exploitation n'est pas propre à notre pays, de même que la diminution du nombre d'installations et de fermes en général. Un phénomène qui semble difficile à freiner autant chez nous que chez nos voisins européens. 

En France depuis 2016 cependant, le nombre d'installations aidées augmente : Installations aidées − La hausse se poursuit

Partout, l'accès au foncier est un obstacle

Les autres pays européens tentent-ils, comme la France, d'inverser la tendance ? Face à ces constats identiques, proposent-ils les mêmes solutions ? À travers un travail d'enquête, l'Institut de l'élevage a voulu connaître les différents dispositifs d'accompagnement de l'installation et de la transmission mis en place ailleurs en Europe. S'ils paraissent plutôt divers, trois éléments se retrouvent dans la majorité des pays. Partout, l'accès au foncier est un obstacle. Particulièrement en Irlande où il est détenu en majorité par les cédants et aux Pays-Bas où le prix des terres est exorbitant en raison de la superficie réduite du pays et de la pression urbaine. Deuxièmement, la cession des fermes s'effectue principalement à titre gracieux et dans le cadre familial, même si cela n'est plus forcément adapté au contexte actuel (augmentation de la valeur de reprise des exploitations, manque d'emplois dans les secteurs non agricoles, attente plus longue pour que le jeune puisse s'installer, etc.).

D'ailleurs, presque aucune mesure n'existe pour faciliter la transmission à un tiers et ce système s'avère même parfois « désavantageux fiscalement », insiste l'organisme. De plus, certains agriculteurs n'y semblent pas favorables car ils redoutent « une distorsion de concurrence sur le marché foncier ». Pourtant chez nos voisins aussi, les jeunes non issus du monde agricole sont de plus en plus nombreux dans les écoles d'agriculture. Ajoutons que dans le schéma familial, l'équité entre héritiers n'est pas toujours respectée et ces derniers ne reçoivent qu'une modique indemnité. La volonté est vraiment de garder l'exploitation dans la famille, pour éviter en particulier de morceler les terres, et rompre cette tradition est encore plus difficile que pour les agriculteurs français.

Ce sont surtout les cédants qui sont accompagnés

En Irlande, dans le nord de l'Allemagne et le centre-est des Pays-Bas par exemple, où les règles successorales sont plutôt bénéfiques aux repreneurs, la ferme est souvent donnée à un seul enfant, celui le plus désireux de reprendre, le mieux formé et qui a le plus de compétences agricoles. Dans le nord de la Hollande, le successeur ne rachète qu'une petite partie du capital. Autre constante chez nos voisins européens : ce sont surtout les cédants qui sont accompagnés, sans doute parce qu'ils sont confrontés à une « insécurité financière » bien plus importante qu'en France, où celle-ci pèse davantage sur les repreneurs. Notre pays fait ainsi figure de « pionnier » en matière de politique à l'installation.

Retrouvez sur cette carte interactive plusieurs initiatives pour favoriser la transmission des fermes en Allemagne, Espagne, Finlande, Irlande et Pays-bas :

Parallèlement à ces actions, dont certaines pourraient peut-être être déclinées dans notre pays même si ce n'est pas à l'identique, nos voisins européens cherchent à améliorer l'attractivité du métier d'agriculteur et des territoires ruraux. Le « manque de rentabilité et de vivabilité des projets » sont en effet « des freins majeurs », explique l'Idele. « Le niveau de revenu très bas et les conditions de travail (astreinte, pénibilité, peu de temps libre et de congés...), des éleveurs notamment, en décalage croissant avec ce que connaissent les salariés d'autres secteurs professionnels, attirent peu de jeunes. »

Certes « les États-membres durement touchés par la crise économique de 2007 » ont vu le nombre d'exploitations bovines repartir un peu à la hausse. Mais l'institut craint qu'il s'agisse d'un « retour à l'agriculture par défaut ». Toutefois, pour pouvoir transmettre les fermes plus facilement, en particulier celles d'élevage, un travail doit être mené partout en Europe pour que les jeunes puissent accéder au foncier, que les cédants anticipent davantage la cession de leurs structures et pour ouvrir plus largement les portes de celles-ci aux personnes extérieures au milieu agricole.


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DÉJÀ 6 RÉACTIONS


demain
Il y a 259 jours
Investir 400000€ pour gagner un smic, c'est se foutre des paysans, attachés à leur terre.
Idées:
- aller gagner son smic (ou plus, un paysan est reconnu pour son ardeur au travail !) à l'extérieur, et garder quelques vaches pour le plaisir et entretenir les terres.. en attendant.(...)
==> produire moins pour remonter les cours (on a beau dire, les intermédiaires aiment la proximité.. même s'ils ne la payent pas... aiment la qualité, même s'ils ne la paient pas ....
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Jonathan
Il y a 260 jours
On n'est manipulé d'un bout à l'autre... Dégouté par tous ceux qui nous entourent. Mais enfants hors de question de reprendre la ferme. Je laisse le bordel tranquil et c'est bien.
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PàgraT
Il y a 260 jours
Pour installer, il faut du revenu et tant que nos politiques nous laisseront en concurrence directe avec les agricultures du monde entier, lesquelles peuvent nous envoyer leurs produits aux contraintes sans commune mesure avec les nôtres, ce vaste plan de licenciement qui ne dit pas son nom, n'est pas prêt de s'arrêter !
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choubaca
Il y a 260 jours
c'est tout le système économique qu'il faut changer et arrêter l'ultra-libéralisme.chaque pays est en concurrence avec son voisin pour pouvoir exporter et cela tire les prix vers le bas quand il y a surproduction.quand un jeune s'installe,il a des annuités à rembourser tous les mois mais il ne sais pas à l'avance à quel prix il vendra ses produits d'où un stress permanent.en plus on lui annonce un prix d'équilibre dans lequel la rémunération du travail n' est pas prise en compte!par rapport à l'entourage(35heures congés payés) c'est logique qu'il y ait moins d'installations.la seule solution est la régulation de l'offre
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domi
Il y a 260 jours
bonjour ,l’installation est un problème pour les jeunes depuis longtemps ,pour mon cas aujourd’hui j'ai 44 ans toujours a la recherche d' une exploitation agricole (a la recherche depuis 17 ans) mon contexte est d’être sur une exploitation de mes oncles dont la moitiés est travail a l'entreprise ,situé en périphérie de toulouse (la ville et moi comme rempart) perte chaque année de terre (l'an dernier 34 ha) déplacement difficile réseau routier inadapté a nos machine malgré le prix fou 1 mètre de route avec son infrastructure qui rend dangereux nos deplacements. obligé de differcifier mes activités ,je fait un peu de tp mais reste a l’affût d'opportunité . tout cela sans parlé des difficultés pour traiter malgré que je suis en agriculture raisonné et très sensible a l'environnement , mais a quoi bon ce sacrifier pour rendre sa terre la plus propre possible alors que même ces ecolos bien pensant vienne betonner nos terres pour les urbaniser.
bon je vais m’arrête la car la colère monte ainsi que mon désespoir ,mais je crois aux jeunes est ces avec eux qu'on pourra avancer et défendre notre terre et environnement . vive l agriculture bon courage a tous.
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Changement
Il y a 260 jours
La situation est dramatique, au moins ils commencent à prendre conscience.... Mais on y arrivera jamais tant que chaque pays de l europe fonctionne tout seul en concurrence déloyale avec les autres pays voisins, la monnaie l euro seulement pour quelques pays qui enleve toute démocratie, l Europe est devenue une vraie passoire dans une impasse la plus totale... Une chose est sûre elle a détruit le savoir faire français toute son industrie, maintenant l agriculture dans un désastre.. La médecine pareille... Tout ce que la France a su acquérir par ses propres valeurs le perd de jour en jour avec un peuple qui s appauvri de jour en jour. Nous sommes plus près d une nouvelle guerre... Tellement c'est l anarchie...
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