Grand troupeau laitierTemps de travail, organisation et management : les facteurs clés de réussite

| par Cécile Julien | Terre-net Média

Encore plus en grand troupeau, bien gérer le temps de travail et arriver à se ménager des jours de relâche est important pour le bien-être des éleveurs. D'après une étude menée dans la cadre du projet Casdar Orgue, réunissant différents partenaires de l'élevage, c'est dans les gros Gaec qu'on y arrive le mieux.

Grand troupeau de vaches laitières en bâtimentCe sont surtout dans les grands collectifs (associés et/ou chefs d'exploitation + salariés) que les éleveurs de grands troupeaux parviennent à se libérer le plus de temps. (©Terre-net Média)

La tendance est à l’augmentation de la taille des élevages. Association, regroupement, travail avec des salariés, de nouvelles organisations voient le jour pour conduire ces grands troupeaux.

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Au challenge technique de gérer un effectif important, s’ajoute celui d’organiser le travail. L’institut de l’élevage et ses partenaires du projet Orgue se sont penchés sur les spécificités des grands troupeaux dans leur organisation du travail. « Dans des groupes d’éleveurs que nous suivons en Bretagne et dans le grand Est, qui gèrent en moyenne 130 vaches, soit le double de l’effectif médian national, l’organisation du travail est ressorti comme une préoccupation majeure », retrace Emmanuel Béguin, chef du service "approches sociales et travail en élevage" de l’Idele.

L'organisation du travail est la préoccupation majeure des gros élevages, suivie par la gestion de la main d'œuvre et la gestion technico-économique.

« Dans ces grands troupeaux, l’organisation du travail très cadrée, des horaires précis permettent une plus grande efficacité, face à une charge plus importante que dans les autres exploitations. Le 2e spécificité de ces élevages est la gestion de la main d’œuvre qui est une nouvelle facette du métier. Vient ensuite la gestion technico-économique qui doit être précise pour maintenir la productivité dans des temps de travail raisonnables. La conduite est jugée plus technique, demandant plus de vigilance. »

Plus de vacances, plus heureux

L’étude a montré qu’il y a un lien entre la satisfaction de ses conditions de travail et le nombre de jours de relâche que chaque exploitant arrive à se dégager. Un nombre qui varie du simple au double selon le type de collectif qui gère le troupeau.

À deux, difficile de se libérer du temps. Ce sont plutôt dans les grands collectifs que le nombre de congés est le plus important.

Dans les petits collectifs à forte productivité, ceux qui gèrent jusqu’à 150 vaches à 2, la charge de travail importante rend difficile de se libérer d’où une moindre satisfaction. Les associés enquêtés prennent en moyenne 9,6 week-ends par an et 7 jours de congé. Ils peuvent trouver une amélioration via la robotisation de la traite, le recours au service de remplacement ou l’externalisation des travaux des champs.

Dans les grands collectifs avec un chef d’exploitation et plusieurs salariés, si une bonne organisation du travail permet un peu plus de congés (19 week-ends et 11 jours de congés annuels), se pose la question de la charge mentale, qui repose souvent sur une seule personne. Dans ce fonctionnement de type entreprise, il est nécessaire de rendre les salariés autonomes.

Dans les grands collectifs associatifs, regroupant de 3 à 10 associés, le partage des responsabilités donne plus la capacité à se libérer du temps (19 week-ends et 12 jours de congés). La polyvalence entre associés est un atout pour se remplacer.

La gestion du temps de travail : un facteur de durabilité

« La viabilité des systèmes en grand troupeau demande de réfléchir à l’efficacité du travail pour ne pas se retrouver débordés », constate Emmanuel Béguin. Le travail peut vite devenir le facteur limitant pour améliorer sa productivité et, tout simplement, continuer à se projeter dans le métier. C’est d’autant plus vrai dans les exploitations qui se sont agrandies de façon linéaire, de quelques vaches chaque année.

Retenir 50 vaches par UMO. Au-delà, ça devient compliqué.« Il y a un risque de se retrouver face à un mur en se retrouvant, un jour, avec un effectif qui dépasse les capacités de travail des actifs présents », souligne le spécialiste. Le repère est à 50 vaches par UMO. « Jusqu’à 70 vaches, ça peut passer avec une très bonne efficacité du travail et/ou une externalisation de certains travaux », constate Emmanuel Béguin. Dans les systèmes où l’agrandissement est arrivé par palier, par exemple par un regroupement de troupeaux, le changement d’organisation amène plus facilement les futurs associés à réaliser une étude pour en mesurer les impacts.

Devenir manager et travailler l'aspect relationnel

Dans ces grands troupeaux, une nouvelle dimension s’ajoute au métier, celle de manager. Que ce soit avec des salariés ou entre associés, les aspects relationnels, l’organisation du travail, la répartition des responsabilités viennent s’ajouter à une conduite technico-économique, souvent délicate.

Que les éleveurs arrivent à se libérer du temps est un bon indicateur d’organisation et un gage de bien se sentir dans son métier. « Il reste des marges de progrès pour se libérer plus de temps, notamment autour de la traite, qui représente 40 % du travail d’astreinte. Robotiser, déléguer, simplifier, beaucoup de pistes sont à explorer. »

Temps de travail, du simple au double
« Nos études montrent des écarts importants en termes de charge de travail, note Emmanuel Béguin. On compte, en moyenne annuelle, 60 heures par vache. Mais cela varie de 40 à 80 ». Sur un troupeau de 150 vaches, cela peut faire une sacrée différence.

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DÉJÀ 5 RÉACTIONS


Terminé
Il y a 157 jours
Les choses vont s accélérer, la ferme familiale est en train de disparaître tout simplement. Les laiteries possèdent les droits à produire, après il suffit de comprendre le pouvoir bancaire corrompu avec les transformateurs et les chambres d agriculture pour comprendre ce qui est en train de se passer. Gaec a 3, 4,6,10,cela me fait bien rire, c'est une coop un peu déguisée, pourquoi ne pas passer le cap directement, des fermes possédées par les industriels coops ou autres actionnaires ils sont en capacité d acheter les outils de travail des agriculteurs maintenant,et ainsi y mettre des salariés et des gérants ou directeurs comme vous voulez, après tout le monde aura ses week-end, ses vacances etc...
L agriculteur a perdu toute son autonomie aujourd'hui, il reste juste la possibilité de 2 ou 3ha, 2, 3 poules et vous faites le marché là vous êtes peut-être un vrai indépendant.
L individu n est plus respecté aujourd'hui, la pandémie va peut-être changer les choses, les mentalités avaient commencées à changer, c'est a dire que les jeunes posent un premier leur vie privée, et pas du boulot pour du boulot, la vie d abord et après un projet qui se cale sur ce que j attends pour obtenir mon temps libre et sans capitaux se serait pas mal...
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jersiaise
Il y a 158 jours
Les petites structures familiale ont elles encore le droit de vivre il y a t'il de la place pour tout le monde
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????
Il y a 158 jours
L article a été écrit avant la crise car demain cela va être encore plus compliqué de gérer ces structures ! Combien survivent au bout de 15 ans ? En attendant on a fait fonctionner le système Moralité mieux vaut être petit chez-soi que grand chez les autres
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Fabien 53
Il y a 158 jours
Agrandir pour ne pas gagner plus ou est l'intérêt. Le changement climatique va sûrement rebattre les cartes dans les années a venir.un manque de nourriture dans des grands troupeaux et la viabilité économique est remise en cause
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Moty
Il y a 158 jours
Je comprends les grandes lignes de l'article, Mais je trouve que quand on a un système Autonome ( c'est-à-dire assez rentable et pas trop endetté ), on peut se faire remplacer + facilement. Chaque ferme a un fonctionnement différent. On peut être " petit " et efficace au travail ( c'est-à-dire que l'on fait moins d'heure ) et moins de fatigue. Quand on est grand et efficace , ça marche , mais ça fatigue et les temps de coupure sont nécessaires. Nous avons un beau métier, mais il faut toujours être en forme physiquement " il faut une sacrée santé". Les techniciens , ils écrivent des articles. Quand les prix baissent , c'est pas leur problème
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