Dossier Retour au dossier Temps de travail

Gaec du Vert de lait (22)« Du produit en moins mais du temps libre en plus »

| par | Terre-net Média

Installés dans les Côtes d'Armor, Franck et Maud Le Breton ont fait le choix d'orienter leur élevage vers le tout herbe et les vêlages groupés de printemps. Du produit en moins certes avec la réduction de la production mais des charges qui ont également fondu et surtout : du temps libre pour les éleveurs. Ils témoignent dans une vidéo réalisée par le Cedapa 22.

« D'ici 10 ans, plus de la moitié des agriculteurs bretons partiront à la retraite. Mais qui reprendra ces exploitations ? », questionne Morgane Coulombel du Cedapa 22. « S'il y a énormément de personnes non issues du milieu agricoles qui s'intéressent à l'agriculture, peu s'installent en lait. Et ce à cause des montants de reprise, de l'astreinte, des objectifs éthiques et environnementaux et du manque de connaissances », explique-t-elle.

Franck Le Breton et sa compagne Maud se sont installés successivement en 2012 et 2017 sur l'élevage laitier familial. Ils ont fait le choix d'orienter leur exploitation vers le tout herbe, les vêlages groupés et la monotraite partielle. Un système qui pourrait intéresser bon nombre de futurs éleveurs...  Ils présentent leur ferme dans la vidéo ci-dessous :

Cliquez sur l'image pour lancer la vidéo

« Je me suis installé en 2012 derrière mes parents sur un système classique avec une dizaine d'hectares de maïs et des prairies pour 45 vaches laitières, présente Franck Le Breton. J'ai fait évoluer mon exploitation vers un système de plus en plus herbager pour arriver jusqu'aux vêlages groupés de printemps. » Maud, sa conjointe, s'est installée en 2017, permettant ainsi de partager les 70 h/semaine d'astreinte sur l'élevage. « Le groupement des vêlages nous a permis de réorganiser le travail », explique-t-elle.

Le Gaec du Vert de Lait (22) en quelques chiffres :
68 ha - 100 % herbe
45 VL croisées
2 associés + 1 salarié partagé sur 3 exploitations (40 % sur la ferme)
Vêlages groupés de printemps

Des vêlages groupés de printemps et la monotraite

Les éleveurs pratiquent les vêlages groupés depuis cinq ans. Maud explique : « Chez nous, l'année débute en mars avec les premiers vêlages. On a environ 45 veaux à naître sur six semaines. Le travail consiste principalement à traire (matin et soir), s'occuper des veaux et gérer le pâturage. De juin jusque début juillet, c'est la saison des inséminations pour les vaches et la mise au taureau pour les génisses. C'est aussi la période des foins en juin. »

Organisation des vêlages groupésL'organisation en vêlages groupés sur le Gaec du Vert de lait (22). (©Cedapa)

« Début juillet, on passe en monotraite. Nous n'avons plus qu'à gérer le pâturage du troupeau (veaux y compris à partir de la mi-avril). Les vaches ont 40 ha accessibles près de la salle de traite. Les veaux tournent sur six paddocks autour du bâtiment, nous permettant de continuer à leur distribuer du lait au pâturage. Pour les génisses nées l'année d'avant, elles ont elles aussi leurs paddocks, le tout représentant 18 ha pour l'ensemble des génisses. »

Pâturage tournant dynamique au Gaec du Vert de lait (22)L'organisation du parcellaire au Gaec du Vert de lait (22). (©Cedapa)

Côté charge de travail, le pic s'étale de mars à juillet avec 70 h/semaine à se partager. Dès le lancement de la monotraite (de juillet à décembre), la charge diminue à 25 h/semaine. Au tarissement (de décembre jusqu'au premier vêlage de mars), l'astreinte représente 10 h/semaine.

Entre 100 et 110 000 € d'EBE

Dans leur système, les charges se limitent au fermage, l'électricité, le carburant (bien que minime), la main d'œuvre, les inséminations et les frais vétérinaires. « Aujourd'hui on fait un produit d'environ 165 000 € sur la ferme, avec 60 000 € de charges, ce qui nous permet d'obtenir un EBE compris entre 100 et 110 000 €. Pour faire simple, aujourd'hui, les primes Pac, et les produits viande et vente de foin nous permettent de couvrir l'ensemble des charges. La vente de lait, c'est donc notre EBE. »

Franck poursuit : « En 2019, nous avions 40 000 € d'annuités et 20 000 € en 2020. La monotraite nous fait perdre 10 000 € de produit et l'embauche du salarié nous coûte le même prix, on retrouve donc nos annuités de départ. Plutôt que d'investir dans du matériel dont on n'a pas besoin, on préfère investir dans l'humain et se dégager du temps. »

Résultats économiques du Gaec du Vert de lait (22)Résultats économiques du Gaec du Vert de lait (22) (©Cedapa)

« L'embauche du salarié nous a permis d'avoir davantage de week-ends libres et d'avoir toujours la même personne pour nous remplacer. On prend un week-end par mois et on part en moyenne entre 6 et 7 semaines chaque année. » Sur l'hiver, les éleveurs se disent très satisfaits d'avoir du temps pour eux-mêmes. « Cela nous permet de prendre du recul et de réfléchir à ce qu'on veut mettre en place pour l'avenir. »

À ce sujet, le couple est ouvert à d'autres projets. Maud confie : « On pourrait installer quelqu'un sur un atelier à part entière comme la transformation laitière, ou encore en arboriculture. On se rend compte que c'est un tort de se spécialiser chacun dans notre production comme on l'a fait.  »


Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

A lire également

   Rechercher plus d'article

DÉJÀ 32 RÉACTIONS


Popeye76
Il y a 32 jours
MERCI JE MILITE DANS CE SENS TOUT LE TEMPS POUR QUE LES ELEVEURS VIVENT BIEN DE LEUR METIER!!!VOTRE EXEMPLE DOIT ENCOURAGER BEAUCOUP D'ELEVEURS A FRANCHIR LE PAS DE L'AUTONOMIE ET DE LA RENTABILITE!!!MERCI ENCORE ET BRAVO!!!
Répondre
cmbd
Il y a 4 jours
bonjour
en même temps 110 000 euros d'EBE moins 36 700 euros d'aides PAC cela fait 73 300 euros d'EBE pour financer les emprunts et les revenus des 2 éleveurs , ça laisse de la marge , moi je suis preneur , je ne connais pas beaucoup d'exploitation laitière qui peuvent fonctionner sans aides PAC
Répondre
Zobie
Il y a 43 jours
Ceux qui me marque, c'est les 500 euros de prime par hectare !!! Pourvu que ça dure !
Répondre
dvillard
Il y a 43 jours
Bravo pour ces réalisations. Je suis producteur de lait en Isere, avec une exploitation de structure identique à la vôtre. Mais le maïs me sécurise l'hiver et l'été. Mon exploitation sera libre dans quelques années, et je suis à l'écoute de nouveaux candidats avec de belles réflexions comme vous.
Répondre
cmbd
Il y a 43 jours
bonjour
bravo pour ces performances économiques et humaines
chez moi , c'est tout le contraire , je gagne rien , je travaille mal car je ne suis pas compétant .
si vous n'avez pas le moral , venez chez moi je vous expliquerais tout ce qu'il ne faut pas faire (beaucoup d'expérience dans ce domaine)
je reste humble et j'essai de m'améliorer à travers ces belles réussites de ces fermes à taille humaine dont la transmission est économiquement facile .
éleveur laitier bio dans le 81 (il fait très chaud en été)
Répondre
SPEA 44
Il y a 45 jours
Velage 24 mois, au printemps, 100 % paturage, sans concentré : vos genisses ne prennent pas de retard en repro lors de la 1ère lactation ? chez nous on a essayé, mais finir de grandir, faire du lait et se reproduire en pâturage exclusif au printemps, c'était un peu trop leurs demander... Encore une fois, bravo pour votre système, quelle rentabilité ! Beau témoignage.
Répondre
Massol
Il y a 45 jours
On peut aussi avoir une partie vêlage printemps et une partie fin d’été pour linearise la production sur l’année.ca n’est pas le bagne non plus,ça aide la filière et le rapport ebe /chiffre d’affaire arrive à 50% ,largement de quoi vivre investir .
Répondre
guillaume
Il y a 45 jours
le seul petit point noir c est que ce système tout herbe avec des vêlages groupes
au printemps pose le problème d avoir trop de lait au printemps et ne rien avoir a transformer en décembre/janvier. comment éviter d avoir du lait bio de printemps qui soit déclassé ?Si non c est un très bel exemple pour des installations de jeunes!!
moins de ferraille plus d herbe.
Répondre
hub
Il y a 45 jours
Agréablement surpris, ca contraste avec tous ce qu'on peut lire sur l'elevage et l'agriculture en France.... ;p) Ca donnerai presque envie de refaire du lait !! Comment a t'on pu s'eloigner ainsi de l'evidence ! Que du bon sens !!
Répondre
Patrice brachet
Il y a 45 jours
En dehors du reportage qui est très intéressant je dirais comme mes collègues : Merci d avoir la sincérité de répondre 👍?
Répondre