Sur France CulturePlusieurs générations racontent leurs souvenirs d'enfance à la ferme

| par | Terre-net Média

Ils s'appellent Nathan, Clémence, Emmanuel, Patricia, Jean-Claude, Bernadette.... Certains ont 6 ans, plusieurs sont adolescents, ou viennent d'entrer dans la vie active, quand d'autres approchent la quarantaine, la cinquantaine, voire sont presque octogénaires. Leur point commun : tous grandissent ou ont grandi dans une exploitation agricole. Comment les plus jeunes vivent-ils cette enfance à la ferme ? Quels souvenirs les plus âgés gardent-ils de cette période ? C'est ce qu'a voulu savoir Julie Navarre dans le premier épisode de la série documentaire LSD de France culture "Paysans, les quatre saisons".

serie documentaire france culture paysans les quatre saisons l enfanceCertains enfants d'agriculteurs aiment, dès leur plus jeune âge, se promener dans le blé, s'occuper des animaux, conduire le tracteur, fabriquer les yaourts... (©JWCaptures et Photocreatief, Fotolia) 

Des témoignages entrecroisés de plusieurs générations du monde agricole, quatre précisément comme les quatre saisons qui ponctuent les travaux des champs : c'est ce que propose Julie Navarre dans la série documentaire LSD Paysans, les quatre saisons composée, comme son nom l'indique aussi, de quatre épisodes diffusés en mars dernier sur France Culture. Le premier évoque bien évidemment l'enfance à la ferme. Les souvenirs des plus âgés se mêlent à ce que vivent les plus petits, le vécu et le regard des anciens sur l'agriculture aux ressentis de la jeunesse et à sa vision du métier d'agriculteur

Écoutez l'intégralité des témoignages de cette émission radio :

Le tracteur, un engin fascinant pour tous les enfants

Bien sûr, en 80 ans, l'âge du plus vieux des exploitants interrogés, le secteur agricole a considérablement évolué. Bernadette, Jean-Claude et Denise par exemple se rappellent de « l'arrivée du premier tracteur à boule sur l'exploitation, qu'il fallait faire chauffer chaque matin pour qu'il démarre ». « Une révolution » alors que la présence de ces engins est tout à fait naturelle pour Nathan ou Clémence, nés après les années 2000. Cette machine fascine pourtant encore les générations qui ont toujours connu la mécanisation. Elles en parlent d'ailleurs à de nombreuses reprises dans le documentaire : « Mon grand-père m'emmenait sur ses genoux en tracteur pour labourer les champs. » « Parfois, mon père s'asseyait sur le siège passager et me laissait conduire, quel bonheur ! » 

À quoi ressembleront les machines agricoles dans une décennie. Réponse en vidéo : 
Julien Hérault : « Le machinisme agricole dans 10 ans »

Contraints à un dur labeur pour les plus anciens

Les anciens reprennent alors la parole insistant sur le fait que lorsqu'ils étaient enfants, le travail agricole était essentiellement manuel et qu'on leur laissait souvent les tâches les plus ingrates : biner toute une parcelle de betteraves à la main, arracher les chardons, ramasser des pierres, faire paître ou traire le troupeau seul dans de lointains herbages avec la peur au ventre, etc. Ils n'étaient jamais désoeuvrés, leurs parents leur trouvaient toujours quelque chose à faire ! « Nous n'étions pas choyés ni gâtés. Nous travaillions dur, pas de temps pour les devoirs. De toute façon, nous étions souvent obligés de quitter l'école qui, soit-disant ne servait à rein, après le certificat d'étude », confie une agricultrice qui semble regretter de ne pas avoir pu poursuivre ses études et surtout de ne pas avoir pu choisir un autre métier, ce qui aurait été un « déshonneur ».

Le plaisir d'aider sur l'exploitation pour les plus jeunes

Les plus jeunes, eux, semblent aider leur parents de leur plein gré, « pour le plaisir » d'être sur l'exploitation, qui plus est à leur côté parce que sinon ils ne les voient pas beaucoup, et/ou pour « apprendre le métier » : s'occuper des animaux et conduire le tracteur principalement, mais aussi traire les vaches, ramasser les oeufs, fabriquer des yaourts, labourer les champs, faire les marchés pour gagner un peu d'argent de poche... Ils éprouvent même une certaine fierté ! Quelques-uns expédient leurs leçons pour se rendre le plus vite possible à la ferme. « Quand j'ai une mauvaise note ou fait une bêtise, maman me punit en m'empêchant d'y aller. »

D'ailleurs, tous connaissent très bien l'exploitation, le nombre d'animaux ou de cultures et comment ils et elles sont produites, et disent partager les problèmes de leurs parents. Certains veulent absolument reprendre la structure, pour ne pas que ce soit « un inconnu » qui le fasse. Plusieurs disent en revanche qu'ils ne veulent pas devenir agriculteurs, très librement, encore une différence par rapport aux plus vieux exploitants lorsqu'ils avaient le même âge. Soit ils sont intéressés par autre chose, soit ils désirent une réelle vie de famille. « Souvent, on est invité quelque part et on ne peut pas y aller, on sort peu, part rarement en vacances et les parents travaillent même le week-end ! Ils rentrent tard et nous mangeons tout seuls. » Globalement, les enfants d'agriculteurs d'hier et d'aujourd'hui se sentent un peu « à part, avec des centres d'intérêts différents de ceux de leurs copains/copines ».

À l'époque, il y avait plein de monde dans les fermes

Les anciens évoquent par ailleurs les longs trajets à pied, en carriole à cheval ou à vélo entre la ferme et l'école et ceux qui ont vécu la Seconde guerre mondiale, les femmes seules à tenir les rênes des exploitation, les Allemands qui y avaient établi leur quartier général et réquisitionnaient les récoltes, ou au contraire les réfugiés qui y étaient recueillis et les vivres donnés aux plus démunis. « Nous n'avons jamais souffert de la faim » : un élément positif malgré tout dans cette période difficile, souligné par l'un des intervenants.

Rendez-vous la semaine prochaine pour le 2e épisode de la série documentaire Paysans, les quatre saisons, consacré à l'installation des jeunes agriculteurs.

Si avec la pénibilité du travail et le peu de revenu, tout était loin d'être rose, les plus âgés ont apprécié, pendant leur enfance, d'avoir toujours plein de monde autour d'eux : les ouvriers agricoles, les commis, les saisonniers avec lesquels ils discutaient, et toute la famille, les grands-parents, auxquels ils étaient très liés, les oncles, les tantes, les cousins pour jouer... De grandes tablées et une bonne ambiance ! Car « de nos jours, les agriculteurs sont parfois isolés ».

La moisson a toujours été un temps fort

Les anciens sont également très attachés à leur maison, qui est celle de leur enfance. Comme ils l'étaient, depuis tout petits, aux bêtes qu'ils ont vu quasiment naître et dont la mort les attriste profondément, ce qui est encore le cas pour les enfants d'éleveurs aujourd'hui. La plupart ont d'ailleurs une vache préférée ! Produire des aliments pour nourrir la population est aussi une motivation intergénérationnelle. De même, la moisson est le temps fort de l'année pour tout le monde et de nombreux jeunes sont fiers d'y participer, que ce soit en tenant compagnie à leur père dans la moissonneuse ou en tractant un plateau de 12-13 m ! Mais surtout la ferme est et a été le terrain de jeu des générations successives pour faire des parties de cache-cache géantes, sauter dans les bottes de paille ou s'en servir pour construire des cabanes, organiser des matchs de tennis ou des courses de vélo sur les aires bétonnées. Ou tout simplement un espace de liberté à explorer et dans lequel on peut errer à sa guise.


Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

A lire également

   Rechercher plus d'article

DÉJÀ 3 RÉACTIONS


pierrot
Il y a 33 jours
Ah bon ? des bons souvenirs à la ferme ? Tiens donc ! il me semblait pourtant qu'à la ferme, on y maltraitait les animaux, que tout etait pollué, que les cultures etaient arrosées de pesticides à longueur de journée ! apparemment cela ne dérange pas ceux qui racontent leurs souvenirs ! et pourtant je suis pret à parier que la plupart d'entre eux sont devenus des bobos écolos qui passent leur temps à critiquer les agriculteurs d'aujourd'hui ! HONTE A EUX
Répondre
step72
Il y a 32 jours
C'est vrai que la tuerie du cochon c'etait buccolique;

Répondre
hub
Il y a 33 jours
Ecoutez aussi les 4 episodes de cette semaine .France Culture .LSD. "Les paradoxes de la viande" . Beaucoup moins buccolique, ame sensible s'abstenir ...
Ce message a été signalé 6 fois
Répondre