Abattoir de MauléonSix mois avec sursis pour l'ancien directeur

| AFP

[Mise à jour le 30 octobre 2018 à 10h00] Deux ans et demi après la diffusion d'images choc de l'association L214 sur des souffrances animales à l'abattoir de Mauléon (Pyrénées-Atlantiques), l'ex-directeur de l'établissement a été condamné lundi par le tribunal correctionnel de Pau à six mois de prison avec sursis et les employés à des amendes.

Le tribunal, qui a estimé que les conditions d'exercice ne « permettaient pas de faire le travail correctement », en pointant une faute « plutôt imputable à l'employeur », a ainsi suivi les réquisitions à l'encontre de l'ex-responsable. Aujourd'hui retraité, Gérard Clemente, condamné pour « tromperie » - un non-respect du cahier des charges passible de deux ans de prison et 300 000 euros d'amende - devra également s'acquitter de 180 euros d'amende tandis que l'abattoir en tant que personne morale, a été condamné à 10 000 euros d'amende de peine principale, contre 50 000 euros requis.

Les quatre autres prévenus, des employés, sont condamnés à des amendes de 80, 520 et 910 euros pour maltraitance « sans nécessité ». La maltraitance animale n'est punie que d'amendes, que le parquet avait réclamées (de 100 à 420 euros). Me Denise Pombieilh, avocate du directeur et de l'abattoir, a annoncé ne pas faire appel, estimant les peines « modérées et justes ». Le « tribunal n'est pas tombé dans le piège d'être pris en otage, il s'en est tenu au dossier et n'est pas rentré dans le débat idéologique », a poursuivi l'avocate en regrettant la « pression médiatique (qui) a joué pendant tout le temps du procès ». Benoît Thomé, président de l'association Animal Cross, a regretté une « extraordinaire mansuétude, quand on pense que ce sont des animaux qui ont été égorgés à vif dans d'incroyables souffrances. Comment peut-on avoir des sanctions aussi faibles, comme si ces gens là n'étaient pas vraiment coupables ? On a l'impression qu'en fait, les gens ne sont pas vraiment responsables de leurs actes », a-t-il ajouté. Antoine Tugas, avocat de trois des quatre salariés, a estimé que « le droit est passé et le message juridique d'aujourd'hui met de côté le dogmatisme et certains esprits chagrins qui ont voulu faire de ce procès un exemple (...) Les actes de cruauté reprochés ont été invalidés par le tribunal et c'est bien ce qui comptait ». 
Néanmoins, a-t-il ajouté, « des images ont été captées. Ces garçons doivent-ils encore laisser circuler ces images ? L'épilogue d'aujourd'hui n'est pas définitif », a ajouté l'avocat en indiquant que « la décision de faire appel ou pas sera prise la semaine prochaine. Mais une autre action judiciaire est aussi envisagée par mes clients et l'une n'exclut pas l'autre », a-t-il dit sans plus de précisions.

L'affaire de l'abattoir de Mauléon avait éclaté en mars 2016 avec la diffusion de vidéos de l'association de défense des animaux L214, prises en secret. Des images difficilement soutenables montrant des animaux mal étourdis, des moutons saignés encore conscients, un agneau écartelé vivant. Même si dans ce cas précis, le ministère public avait requis une relaxe, invoquant « un accident ».

8 000 euros pour L214

Quatre employés, l'ex-directeur et l'abattoir en tant que personne morale, étaient jugés pour « mauvais traitements infligés sans nécessité à un animal domestique », accusation qu'ils avaient vivement contestée lors des deux jours de procès. La direction avait invoqué une situation de « petit » abattoir (35 salariés) et la difficulté à trouver du personnel qualifié, faute de formation spécifique. Les employés s'étaient plaints des « cadences » subies, plus particulièrement avant Pâques. Leur avocat a plaidé la relaxe.

Les services de contrôle, bien que poursuivis, avaient d'ailleurs été malmenés au procès. Un responsable des services vétérinaires du département avait concédé qu'« on aurait dû avoir plus de fermeté », au regard d'infractions passées constatées. « Des mauvais gestes, du matériel qui ne fonctionnait pas, peut-être, un manque de personnel certain », et une « cadence exceptionnelle » juste avant Pâques. Mais « à aucun moment, il n'y a eu de volonté de faire souffrir », avait appuyé une enquêtrice de la brigade vétérinaire chargée de l'enquête.

Dix associations étaient parties civiles dont L214, la SPA ou la Fondation Bardot. Le tribunal a accordé 10 000 euros de dommages et intérêts à l'association UFC-Que choisir, 8 000 euros de remboursements de frais de justice à L214 et un euro de dommages et intérêts à toutes les parties civiles.


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