S'installer en élevage laitier (2/2)« Un bon investissement est viable, vivable et transmissible »

| par | Terre-net Média

Parce que l'installation en bovins lait mobilise des capitaux de plus en plus élevés, le CER France a analysé plus précisément, via une étude commanditée et financée par le Cniel, la nature et le niveau d'investissement des jeunes éleveurs dans plusieurs bassins laitiers. Malgré des enjeux différents, il semble important partout de « porter un autre regard sur l'investissement » car la capitalisation ne peut plus atteindre « 100 % à chaque génération ». Au contraire, les jeunes doivent « raisonner et personnaliser davantage leurs choix pour en être acteurs » et préserver l'équilibre économique de leur ferme.

vaches laitieres dans un beau batiment Selon l'étude du CER France, « il existe des trajectoires porteuses d’investissement qui réussissent, tout comme d'autres qui en engagent peu et qui échouent ». (©Terre-net Média)

La première partie de cet article, présentant les objectifs de l'étude et le début des résultats, est à retrouver ici :
S'installer en élevage laitier (1/2)1 000 € de capital pour produire 1 000 l de lait

Une capitalisation forte et rapide

Quels que soient le bassin de production et le volume total produit, elle est supérieure par rapport aux autres producteurs de :

+ 200 €/1 000 l de lait

+ 1 270 €/actif/1 000 l

+ 30 %/UMO de 170 000 à 225 000 € investis

« La capitalisation en élevage laitier s'effectue par palier. Les économies d'échelle existent certes mais ne sont que partielles », note le CER France. Augmenter la production de lait permet des gains de productivité mais accroît également les besoins de main-d'œuvre. »

etude cder niveau capitalisation jeunes eleveurs laitiersUne capitalisation par palier et des économies d'échelle partielles. (©CER France)
D'ailleurs, l'étude montre que les investissements ne peuvent les compenser que « partiellement ». Le centre d'économie rurale Normandie/Maine a notamment comparé près de 300 exploitations laitières équipées d'un robot de traite avec 600 environ qui n'en possèdent pas : les premières produisent 6 % de lait en plus pour 13 % d'actif supplémentaire par UTH. Si le niveau de capital est important pour s'installer en élevage laitier partout en France, les enjeux, eux, diffèrent selon les endroits. « Le challenge en plaine est de développer l'atelier laitier sans investir trop fortement » alors qu'en zone de montagne, il s'agit de « diluer les investissements dans des systèmes extensifs de petite taille », explique le CER France.

Dans tout bassin de production : un même constat, mais des enjeux différents.

Dans les régions montagneuses avec des productions à forte valeur ajoutée, « le contexte est en règle générale porteur et lisible à moyen terme (un peu moins actuellement sans doute avec l'impact négatif de la crise sanitaire du Covid-19 sur la consommation de fromages AOP, NDLR) avec une dynamique d'investissement soutenue ». Il faut donc « trouver le bon équilibre entre l'image de l'entreprise et le surcoût d'investissement que cela génère ». Attention, par ailleurs, à prendre en compte le « poids croissant des astreintes de travail, la nouvelle génération d'éleveurs ayant des exigences en termes de congés et de temps libre (remplacement) », prévient l'organisme agricole.

Trouver l'équilibre entre capital et rentabilité

« Au moment de l'installation, les jeunes producteurs laitiers se préoccupent du financement de leurs achats (cheptel, bâtiment, matériel, etc.) mais pas assez de leur rentabilité, poursuit-il. Le retour sur investissement moyen que nous observons est de 17 ans (cf. graphe ci-dessous). L'objectif est de le ramener à 10 ans pour limiter les risques financiers. »

etude cer niveau retour sur investissement chez les jeunes eleveurs laitiers (©CER France) 

En zone de plaine comme de montagne, il est inférieur à cette valeur pour un peu moins de 40 % des exploitations et dans les régions montagneuses à forte valeur ajoutée, pour un peu plus. L'écart se creuse ensuite avec cette catégorie d'élevages : 40 % ont un retour sur investissement de 10 à 15 ans contre un peu plus de 20 % en plaine et presque 30 % en montagne ; seuls 7 % dépassent 20 ans dans le premier cas contre 20 % dans les deux autres. La politique d'investissement menée majoritairement dans les deux premiers bassins de production semble donc plus risquée que dans le troisième.

Le retour sur dettes moyen, lui, s'élève à 8 ans avec un taux d'endettement de 55 % et des annuités de 98 €/1 000 l de lait. Le CER France met en garde : « Plus le taux d'endettement grimpe et plus la flexibilité pour réagir aux aléas diminue. » La comparaison du résultat courant par UTH entre la 1ère et la 3e année suivant l'installation révèle qu'il s'est amélioré de 20 % en zone de montagne à forte valeur ajoutée (égal à 20 800 € en N+3), mais dégradé de 20 % en montagne simple (11 500 €) et de 30 % en plaine (14 300 €), en raison d'un meilleur prix du lait dans la première situation et « d'une conjoncture défavorable malgré des gains de productivité » dans la seconde, où « les amortissements sont aussi plus lourds ».

En moyenne pour les jeunes éleveurs laitiers de l'étude :

- Retour sur dettes de 8 ans.

- Taux d'endettement de 55 %.

- Annuités de 98 €/1 000 l de lait.

- Résultat courant/UTH (N+3/N+1) :
       + 20 % en montagne à forte valeur ajoutée (bon prix du lait)
   - 20 % en montagne simple, - 30 % en plaine (conjoncture défavorable, amortissements lourds)

> Un écart de 25 000 €/UTH entre les éleveurs les plus et les moins performants lié à 60 % au niveau de maîtrise technique

> Dans le rouge à partir de 1 900 € d'actif/1 000 l

Attention à avoir : valeur ajoutée/produit = 20 % au moins

« Dans tous les bassins de production, l'écart entre les jeunes éleveurs les plus et les moins performants se monte à 25 000 €/UTH. Au-delà de 1 900 € d’actif/1 000 l de lait, le niveau de résultat est inférieur à 12 000 €/UTH. Toutefois, c'est la maîtrise technique qui explique 60 % de la différence de performance, ajoute le CER France. Avant d’investir, mieux vaut s’assurer que le ratio valeur ajoutée/produit atteigne au minimum 20 % pour ne pas pénaliser les résultats économiques derrière. En dessous de ce seuil, quelle que soit la politique d’investissement, la rentabilité ne sera pas là. » Quant au prix du lait, il impacte bien sûr la politique d'investissement mais 12 à 18 mois plus tard. En outre, plutôt que de suivre son évolution, « les nouveaux installés se réfèrent d'abord à leur projet », fait remarquer le CER France.

Les jeunes se réfèrent plus à leur projet qu'au prix du lait.
Lequel impacte les investissements avec un décalage de 12/18 mois. 

Des investissements supérieurs aux prévisions

Sur 13 fermes examinées de plus près, alors que la production laitière prévue est globalement réalisée, 11 ont été au-delà du budget d'investissement à l'installation qu'elles s'étaient fixées, en moyenne de 25 % ! Et le responsable n'est pas le coût alimentaire comme on pourrait le penser mais le poste traction ! Tous les dossiers étudiés comprenaient l'acquisition d'un tracteur et 70 % ont dépassé de plus de 60 % le budget prévisionnel pour cet achat, effectué pour des raisons davantage psychologiques (plaisir, regard des autres) que pour répondre à un réel besoin.

Un tracteur dans tous les dossiers étudiés, dépassant de 70 % le budget prévu.

La solution serait peut-être « de porter un autre regard sur l'investissement ». « L'approche doit être à la fois financière et stratégique : avant d'investir, chaque jeune doit se demander au préalable ce que cela lui apportera au niveau technique, ou économique et/ou encore concernant l'organisation et la charge de travail, et surtout s'il a la capacité financière pour "s'offrir" cet équipement, sans quoi la rentabilité de l'exploitation (efficacité économique, résultat courant/UTH) pourrait en prendre un coup. » Là encore, tout est une question d'équilibre financier et économique et il faut tenir compte des coûts de production, analyser le risque et ne pas se laisser influencer par la conjoncture réglementaire (montant de la DJA, subventions diverses), sa famille ou ses émotions. 

Une approche à la fois financière et stratégique : se demander ce que l'investissement apportera au niveau technique, économique, travail.

Concrètement, le ratio annuités/EBE doit être en dessous de 120 €/1 000 l de lait et le retour sur dettes plus faible que la durée de remboursement. Il convient également d'analyser le coût marginal de l’unité produite et du temps gagné, puis de veiller à ce que le taux de rentabilité interne de l’investissement reste plus bas que le taux d’emprunt. « Un bon investissement est viable, vivable et transmissible, c'est-à-dire qu'il doit permettre de produire à un coût de production qui respecte les équilibres de marchés et les ambitions de rémunération, tout en assurant l'équilibre entre vie professionnelle et privée. » Il doit également servir à maintenir l'exploitation suffisamment attractive, mais pas trop, pour une transmission plus facile et à un prix raisonnable.

Quelques chiffres clés pour maîtriser ses investissements à l'installation :

- Annuités/EBE < 120 €/1 000 l de lait
- Retour sur dettes < Durée de remboursement
- Taux de rentabilité interne investissement < Taux d'emprunt

« Il ne faut pas confondre investissement souhaité et souhaitable », conclut l'analyse du CER France. Plusieurs leviers peuvent aider à y parvenir tels que l'externalisation des capitaux, le choix d'équipements plus simples et plus économes ou la mutualisation des moyens de production, lesquels seront détaillés dans de prochains articles. Il convient de retenir cependant que si « la capitalisation peut être rapide et intense chez les jeunes éleveurs laitiers, il existe des trajectoires porteuses d’investissement qui réussissent, tout comme d'autres qui en engagent peu et qui échouent ». De plus, il faut comprendre que « la capitalisation à 100 % à chaque génération, c'est fini ». Il faut « personnaliser, raisonner et mettre en cohérence ses choix ». « Chaque jeune doit avoir conscience qu'il en est acteur » quitte à « bousculer la vision culturelle de la transmission des exploitations agricoles ».

Ne pas confondre investissement souhaité et souhaitable.


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DÉJÀ 12 RÉACTIONS


locapis
Il y a 133 jours
Des alternatives existent encore pour avoir de la rentabilité en production laitière mais le fonctionnement de certains producteur est par définition à revoir car chaque exploitation n'est pas l'autre . Maîtrisez chaque coût et chaque rapport de rentabilité comme tout entrepreneur est la première des mesures et le fléau des perdants est malheureusement là . La réalité c'est qu'il y aura toujours un % de producteurs qui réussiront et d'autres pas . Pourquoi ? Savoir se remettre en cause et changer son fonctionnement vers la bonne voie ....trouvez le bon partenaire !
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Obel
Il y a 138 jours
Article à la ramasse.
Se retrouver pieds et poings liés en gagnant une misère, tout en participant à maltraiter des animaux qui n'ont rien demandés.. Traitement des animaux auquel la population est de plus en plus sensible d'ailleurs. L'élevage, c'est pas vraiment l'avenir xD
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BHD
Il y a 138 jours
Articles brillants, intéressants. Merci
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tintin
Il y a 141 jours
il me semble qu une installation "classique" en lait c est beaucoup d investissements de travail de risque pour un salaire plus faible que le salaire minimum .
D autre part une part importante des revenus sont du au soutien de la PAC et la aussi au vu des orientations a venir il va falloir se serrer la ceinture.
On ne parle pas de la retraite de misère...a 750 euro/mois.
Bref tous les parasites qui vivent sur notre dos ont besoin de renouveler leur cheptel de paysans
pour continuer a bien vivre.
Aux jeunes d inventer un nouveau modèle ou l agriculteur n est plus l esclave du système .
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Jmb67
Il y a 142 jours
Vous croyez qu'il y a de l'avenir en production laitière ? On en reparlera cette hiver !!!!!!!!
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Moty
Il y a 142 jours
Je ne suis pas en désaccord avec les autres commentaires, mais je suis + modéré.
1 °) Ces chiffres d'investissements récents sont bien réels ( même si ils concernent + les jeunes que les autres ). 2°) cer et autres sont " gérés " par des agriculteurs " élus " comme les " coops " et les chambres d'agri. 3 °) Pour les mécontents comme moi , il faut quitter tout ce système Odieux qui favorise l'élimination des producteurs. 4°) Ceci permet de produire - et de Vivre Heureux
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Jude
Il y a 142 jours
Exactement
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steph72
Il y a 142 jours
cer comme les autres centres comptables au leu de donner des conseils feraient mieux de baisser leur tarifs qui augmentent tous les ans.
Un fossé entre la rémunération de ces gens la et la remunération des agriculteurs.
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titian
Il y a 142 jours
Tout à fait ça, "le monde d'après", c'est encore plus de statistiques à la c**.
Alors que l'un des grands enseignement est que leurs prééminence nous emmène de plus en plus dans l'ornière, nous sclérose hors du réel.
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terminé
Il y a 142 jours
Un très bel article dans la même continuité pour faire culpabiliser les agriculteurs.
Le CER sort de son confinement pour enfoncer les agriculteurs ..... les jeunes agriculteurs qui demandent un peu plus de temps libre que leurs aînés ...faire du lait sans travail et amortir une ferme avec du revenu comme un commerce .
On ne va pas arriver à transmettre les exploitations françaises avec cette politique
d'aveugle,des techniciens confinés pas solidaires du monde agricole qui se méfient de tout et sortent des stats plus débiles les unes que les autres.Très décevant cette vision,on ne prendra décidément jamais les moyens forts des vrais pour transmettre
l'agriculture française,chacun dans son petit cocon fait son petit constat et ses stats...
La spéculation alimentaire avec la volatilité des prix très bas,la PAC en déliquescence ,les agriculteurs ont perdus la totale maîtrise de leurs productions,
aujourd'hui c'est la soumission ,l'esclavage moderne,nourrir à pas cher les citoyens le peuple.Le défi de demain il est là ,aujourd'hui c'est renverser la table qu'il faut,
l'elevage est en perdition c'est une réalité,la preuve de cet article du CER fabricant
de la disparition des agriculteurs comme les autres.
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