Filière localeQui sont les Steakeurs, ces éleveurs ariégeois dont les vidéos cartonnent ?

| par Nicolas Mahey | Terre-net Média

Dynamiques et bourrées d'humour, les vidéos décalées du collectif ariégeois Les Steakeurs font le buzz sur internet. À l'origine, un simple projet d'engraissement de jeunes bovins initié en 2013 par une douzaine d'éleveurs. De la structuration de la filière au lancement en mars d'une gamme de 11 produits transformés, retour sur l'essentiel des épisodes précédents.

Les Steakeurs, un collectif d'éleveurs Ariégeois qui ont monté une filière viande bovine localeNicolas Delmas, président des Steakeurs et Mélanie Atger, conseillère en circuits courts à la Chambre d'agriculture de l'Ariège. (©Nicolas Mahey)

Vidéos réalisées façon web-séries, page Facebook, logo et emballages soignés, animations dans les points de vente : une chose est sûre, Les Steakeurs ont bossé leur plan com’ à fond ! Le jaune pétard qu’ils se sont choisi pour identifier leurs produits ne passe pas inaperçu dans les rayons des GMS et leur première vidéo totalise aujourd’hui 22 000 vues.

« Le souhait des éleveurs était de casser les codes habituels du secteur de l’élevage ou de la viande », souligne Mélanie Atger, conseillère en circuits courts et développement économique à la Chambre d’agriculture de l’Ariège. Un argument confirmé par Nicolas Delmas, président de l’Association de Valorisation du Très Jeune Bovin, aux manettes de la SAS Les Steakeurs : « Du fin fond de notre campagne, on a quand même très bien compris que, vu notre cible, il fallait avoir une communication appropriée pour se différencier. La moyenne d’âge des Steakeurs est de 30 ans : aujourd’hui, la génération d’éleveurs à laquelle j’appartiens se reconnaît dans cette culture : on utilise tous internet, un smartphone…  »

 

Tout commence en 2013 avec la création à la Chambre d’agriculture d’un groupe de travail centré sur la valorisation du jeune bovin. Objectif : créer une filière locale pour écouler une partie des veaux habituellement destinés à l’export. En toile de fond, ne pas trop modifier le système des exploitants afin de pouvoir engraisser quelques animaux sur trois mois. Côté marketing, l’école d’ingénieurs de Toulouse-Purpan planche sur le sujet et propose de cibler le rayon libre-service des grandes surfaces du département avec une gamme de produits en barquettes, identifiés « circuit court ».

Les Steakeurs rassemblent aujourd'hui 25 éleveurs contre 12 au départ.

Deux ans plus tard, le projet est officialisé et les 12 de départ sont devenus 25. L’Adiv, un centre de recherche spécialisé basé à Clermont-Ferrand est missionné pour confirmer la stratégie commerciale et déterminer une gamme : trois steaks hachés (classique, couteau, cheveu d’ange) et des saucisses sont ainsi élaborés à partir des avants ; émincés et carpaccio mixent à la fois certains muscles de l’avant mais aussi des morceaux plus nobles comme la bavette ; enfin, les pièces bouchères (filet, faux-filet, pavé, rumsteak, côte) viennent couronner le tout. Un appel d’offres est lancé pour réaliser la partie communication auquel répondent plus d’une trentaine d’entreprises spécialisées.

« Notre taille modeste nous pénalise face à de plus grands groupes »

La marque est lancée en mars 2018. Il faut maintenant vendre. Objectif : passer deux carcasses par semaine dans un minimum de six à huit grandes surfaces d’Ariège et de Haute-Garonne. Aujourd’hui, les résultats sont en demi-teinte. En cause, certaines difficultés rencontrées pour nouer des partenariats solides avec le secteur des GMS. « Nos produits plaisent aux clients, assure Nicolas Delmas. Le frein n’est ni sur le concept, ni sur le produit. Les consommateurs sont avec nous, mais pour les directeurs de magasins, travailler avec Les Steakeurs implique des contraintes que n’ont pas d’autres industriels de la viande. Nous leur demandons par exemple de prendre un assortiment de tous les produits de la gamme : s’ils commandent des steaks hachés, ils doivent aussi prendre des avants pour qu’il n’y ait pas de restes. On ne livre pas non plus tous les jours de la semaine... Notre taille modeste nous pénalise face à de plus grands groupes. » La jeune société réfléchit actuellement à revoir sa stratégie de commercialisation.

« Le bas du panier, on ne le prend pas. La filière Steakeurs n’est pas une poubelle »

Côté performances, Les Steakeurs visent un poids optimal de 200 kg de carcasse, avec un rendement boucher de 70 %. En moyenne, la plus-value réalisée sur une femelle engraissée trois mois est de l’ordre de 200 € pour un prix du kg carcasse payé à l’éleveur entre 4,70 € et 5 €. Si les meilleurs broutards continuent encore de partir vers l’Espagne ou l’Italie, l’accent est résolument mis sur la qualité : « Le bas du panier, on ne le prend pas. La filière Steakeurs n’est pas une poubelle mais un moyen de valoriser des animaux de catégorie intermédiaire », insiste son président.

Les animaux, obligatoirement nés et élevés en Ariège et de races à viande sont soumis à un cahier des charges excluant notamment l’utilisation d’aliment OGM ou d’ensilage. Au Gaec de la Nougarasse où Nicolas Delmas exploite un troupeau mixte Limousines-Blondes d’Aquitaine, la prise de poids est de l’ordre de 1 400 g/j sur une base de 5 kg d’aliment fermier. Hors coûts d’alimentation, le poste collecte est de 30 € par animal, auxquels s’ajoutent 0,38 € du kg carcasse pour l’abattage et 2,90 €/kg pour la transformation, le conditionnement et la livraison. De la coopérative (Arterris) à l’abattoir de Saint-Girons en passant par l’atelier « Les fils de Fort-Basile », tous les acteurs de la filière sont situés dans le département. En Ariège, on recense environ 750 élevages de bovins allaitants, dont 80 % commercialisent leurs produits entre six et neufs mois à l’export.


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