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Consommation de viandeQuelle éthique dans mon assiette ?

| par Cécile Julien | Terre-net Média

¼ufs de poules élevées en plein air, viande bio, porcs non castrés. La liste des attentes éthiques des consommateurs s'allonge. Les « consomm'acteurs » : phénomène marginal ou tendance de fond ?

Verraterie pour les truies en période d'insémination.Verraterie pour les truies en période d'insémination. Malgré des nouvelles normes sur la gestation des truies en groupe, ou en "cages enrichies" pour poules pondeuses, les élevages hors sol occupent le devant de la scène médiatique.  (©Terre-net Média)

La réponse est sans appel : les consommateurs veulent mettre de l’éthique dans leur assiette : du bio, du plein air, avec des normes de bien-être supplémentaires, voire devenir végétariens. Cette tendance de fond s’installe dans tous les pays européens. Même si ces attentes restent marginales en terme de volume d’achat, elles orientent le panel des produits parmi lesquels les consommateurs veulent choisir. « Dans les pays scandinaves et en Allemagne, ces attentes sont une réalité depuis longtemps, témoigne Christine Roguet, de l’IFIP, institut du porc. En concertation avec les associations de défense des animaux, les filières ont fait évoluer leurs pratiques et ont développé un label bien-être, avec une démarche de progrès et des prix tenant compte de ces nouvelles contraintes. Par exemple, aux Pays Bas, ça représente 30 % de parts de marché. Il faut s’en inspirer, s’y préparer, car les mêmes demandes émergent en France. » L’Allemagne est allée jusqu’à interdire les œufs de poules en cage, certaines enseignes françaises le font déjà.

Cette tendance du « toujours plus de bien-être animal » a été chiffrée par le cabinet TNS Opinion et social lors d’une enquête Eurobaromètre dans les 28 pays européens. « La quasi-totalité des Français disent qu’il est important de respecter le bien-être animal, souligne Olivier Parnet, directeur de recherche de l’institut de sondage. Les attentes sont fortes et en hausse de 22 % par rapport à la même enquête réalisée en 2006. La France est dans le tiers des pays qui expriment les attentes les plus fortes vis-à-vis du bien-être animal ».

Olivier Parnet de TNS opinion et socialOlivier Parnet, de TNS Opinion et social, présentait l'étude au dernier Space à Rennes. La considération envers le bien-être animal a augmenté de 22 points au cours de ces dix dernières années. (©Terre-net Média)

« un luxe de riches »

S’ils expriment clairement une attente de modes de production plus attentifs au bien-être animal, les consommateurs ne sont pas forcément prêts à payer plus. Si 68 % des Français se disent prêts à des prix plus élevés, ils sont 40 % à ne pas vouloir voir augmenter la facture de plus de 5 %. Auxquels s’ajoutent les 29 % qui disent ne pas vouloir ou ne pas pouvoir payer plus. « Le déclaratif est toujours plus élevé que l’acte d’achat mais la tendance de fond est là, les consommateurs recherchent des labels protégeant le bien-être animal », tempère Olivier Parnet.

Pour Philippe Goetzmann, du groupe Auchan, Pour Philippe Goetzmann, du groupe Auchan, « bien-être animal et pouvoir d'achat vont de pair ». A droite : Christine Roguet, chef de projet au pôle économique de l’IFIP-institut du porc.(©Terre-net Média)

« Les attentes éthiques sont un luxe de riches », fait remarquer Philippe Goetzmann, directeur des relations institutionnelles chez Auchan. Un gradient nord/sud et selon le pouvoir d’achat est très marqué dans l’importance accordée au bien-être animal. « Les attentes sur la protection du bien-être des animaux d’élevage est beaucoup plus forte en Suède qu’au Portugal ou en Hongrie », confirme Olivier Parnet. Mais comme le pouvoir d’achat augmente dans toute l’Europe, autant se préparer à ces évolutions de consommation.

« Tous les consommateurs n’auront pas les moyens d’acheter des œufs plein air, prévient Yves-Marie Beaudet, producteur d’œufs dans les Côtes-d’Armor. Il ne faut pas casser les filières conventionnelles. Il y a de la place pour tous les systèmes. En affichant des indicateurs de bien-être sur les produits, les consommateurs pourraient choisir en connaissance de cause et selon leur pouvoir d’achat. » La filière œufs est déjà en discussion pour élaborer de tels indicateurs. Toutes les filières doivent raisonner de la fourchette à la fourche pour produire ce que les consommateurs sont prêts à acheter.

Montrer les réalités

Au-delà des nécessaires adaptations pour proposer aux consommateurs les produits qu’ils attendent, les filières doivent faire savoir la qualité de leur travail. Cette communication est d’autant plus nécessaire que les attentes « bien-être » des consommateurs sont exacerbées par les messages des associations de défense de la cause animale, surfant sur les sentiments et allant souvent jusqu’à la caricature. D’où un décalage entre la perception et la réalité. « Il y a un fort besoin d’information, nous ne devons pas laisser les seuls défenseurs des animaux s’exprimer », encourage Jean-Yves Ménard, responsable du dossier bien-être à Coop de France. Agriculteurs et transformateurs doivent se donner les moyens de communiquer.

« C’est vrai que l’espace médiatique est occupé par les lobbies de la cause animale », concède Olivier Parnet. Il conseille aux filières de parler, de montrer sans crainte leurs réalités, d’expliquer encore et encore. « Nous, les éleveurs, avons tout intérêt à bien traiter nos animaux. Il faut arrêter les clichés. D’ailleurs, les gens, qui viennent dans nos chambres d’hôtes, sont toujours agréablement surpris par les conditions de vie de notre troupeau », témoigne Luc, éleveur près de Béthune.


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DÉJÀ 8 RÉACTIONS


Kiki
Il y a 1130 jours
Vive pour le bien être animal. Les gens boufferaient moins de viande et respecteraient l'animal être sensible comme eux. Car on est tous sensible.
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steph72
Il y a 1143 jours
n'importe quoi
Et le monde moderne et urbain il en consomme pas de l'eau?
Trop facile de se donner bonne conscience
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Elissa
Il y a 1143 jours
Ca c'est sûr que je ne m'y connais pas. Mais la planète est en train de crever et vos bovins consomment beaucoup d'eau, enfin ... pour ce que j'en sais. Alors l'entretien du territoire à ce prix là ...
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steph72
Il y a 1143 jours
mais toutes les terres ne sont pas cultivables!
Il y a une grosse méconnaissance de votre part,sans bovins pas d'entretien du territoire,c'est vrai qu'une France sauvage c'est idéal pour vous.
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Elissa
Il y a 1143 jours
non, c'est vous qui parlez des USA ( et la Chine, c'est pareil !!!), donc ça m'a fait penser à la ferme des 1000 vaches et celle des 1000 veaux. Mais, le sort des lapins, des volailles et autres bestioles élevées en batterie , merci bien.

Un bon fromage bio avec un bon vin, moi ça me suffit ! La viande, terminé ! Vous pouvez cultiver tous les fruits, les légumes verts et les légumineuses que vous voulez : je serai votre première cliente.
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steph72
Il y a 1143 jours
encore une fois vous détournez le sujet
Vous passez de végétarisme à ferme usines
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elissa
Il y a 1144 jours
On n'est pas aux USA, mais en Allemagne c'est déjà pas mal et on a la ferme des 1000 vaches, des 1000 veaux, etc. Disons qu'il faut rester vigilant.
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steph72
Il y a 1144 jours
Contrairement à certains qui pensent que l'elevage est industriel surtout bovin c'est méconnaitre le sujet,on n'est pas aux états unis !
Les bovin sont elevés à l'herbe entretiennent le territoire;
Est ce qu'on elimine l'elevage pour les remplacer par des cultures ou des friches dans les zones non cultivables?
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