[Témoignage] Mon projet, mon avenirTransmission rime avec évolution à la ferme de Kervel

| par | Terre-net Média

Passer des veaux salers sous la mère aux vaches laitières avec atelier de transformation : un changement d'orientation pour la ferme de Kervel dans le Finistère qui a permis sa transmission dans de bonnes conditions. Il faut dire que malgré le changement de production, le cédant et les trois repreneurs étaient sur la même longueur d'onde concernant le mode d'élevage et de commercialisation des produits. Ils ont aussi à coeur d'impliquer les citoyens dans leur projet et ont créé une société civile immobilière pour la gestion du foncier.

clemence alexis nicolas philippe cedant et repreneurs de la ferme de kervel dans le finisterePour que la transmission se passe bien, le cédant doit accepter de voir évoluer son exploitation avec le projet des repreneurs (de gauche à droite : Nicolas, Alexis, Philippe et Clémence). (©Ferme de Kervel)

Tout est né d'une rencontre, ou plutôt de deux. Celle d'un charpentier, d'un ingénieur agronome et d'une animatrice-formatrice, âgés d'un peu plus de 30 ans et en reconversion professionnelle pour devenir agriculteurs. Et celle de ces trois jeunes avec Philippe, éleveur de Salers dans le Finistère depuis 1999 et en plein questionnement depuis deux ans quant à la transmission de son exploitation, la ferme de Kervel, située sur la commune de Hanvec à l'entrée des Monts d'Arrée. Entre ces quatre protagonistes, le courant est tout de suite bien passé. Pourtant, le projet de ferme collective de Clémence, Alexis et Nicolas amène pas mal d'évolutions au sein de l'élevage du cédant.

En savoir plus sur le projet de transmission/reprise de Philippe, Clémence, Alexis et Nicolas, dans cette vidéo publiée sur Youtube :

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Philippe produit de la viande de veau sous la mère, et occasionnellement de bœuf, et les repreneurs veulent élever des vaches laitières et transformer le lait à la ferme « pour une meilleure valorisation », précisent-ils. Ils projettent de fabriquer des yaourts, de la crème, des fromages frais et de garde (une sorte de camembert et de la tomme). De plus, alors que la structure initiale compte 70 hectares, essentiellement des prairies naturelles, ils n'en reprendraient d'abord qu'une quarantaine. Toutefois, les futurs producteurs et l'éleveur en place ont en commun ce qu'il y a de plus important : ils partagent la même vision du métier d'agriculteur et leurs modes de production sont très proches.

Des modes d'élevage similaires

L'élevage allaitant de Philippe est conduit en agriculture biologique et l'atelier laitier de Clémence, Alexis et Nicolas le sera également, avec une attention particulière accordée à la « biodiversité paysagère, ainsi qu'à celle des animaux et de la flore des parcelles », fait remarquer le producteur de veaux. Les deux cheptels seront aussi de taille équivalente (une trentaine de mères salers contre une vingtaine de laitières bretonnes pie noire, plus huit génisses pour le renouvellement) et élevés le plus possible en plein air (il est même intégral pour la production de veaux sous la mère), avec une alimentation exclusivement à l'herbe (pâturage et foin seulement l'hiver), sans aucune céréale, ni maïs ensilage, soja, compléments alimentaires, OGM.

Les bêtes « s'abritent des intempéries et du soleil sous les nombreux arbres, futaies et talus boisés » présents dans les pâtures de l'exploitation qui fait partie du parc naturel régional d'Armorique, indique sur le site internet de la Ferme de Kervel l'éleveur de Salers, dont les veaux sont nourris uniquement avec le lait de leur mère et ne reçoivent aucun vaccin, ni antibiotique.

Visitez l'élevage Salers de veaux sous la mère de Philippe Arnaud, en vidéo (Source : vimeo) :

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Deux systèmes d'élevage « proches de la nature » (Philippe se définit, notamment, comme berger plutôt qu'éleveur car ses interventions sur les animaux se limitent à de la surveillance, sauf si un événement particulier survient bien sûr) et autonomes sur le plan alimentaire, que le cédant et les repreneurs ont choisi par conviction et parce qu'ils sont particulièrement vigilants quant à la qualité de leurs productions. C'est d'ailleurs pour obtenir une viande de veau rosée, tendre, au goût fruité et riche en oméga 3, que Philippe s'est orienté vers la race salers, rustique, qu'il croise avec un taureau blond d'Aquitaine afin « d'améliorer la conformation des bêtes ». Les éleveurs en phase d'installation ont, eux, opté pour des vaches locales, des Bretonnes pie noire, la moitié en race pure et l'autre issue de croisements également avec des animaux nantais, pie rouge, jersiais et prim'holstein. Pour se rapprocher le plus possible de conditions d'élevage naturelles, les deux troupeaux, laitiers et allaitants, ne sont et ne seront pas écornés. 

À propos d'une autre filière viande bovine de qualité :
Du boeuf Wagyu made in Bretagne

Une « ferme citoyenne »

Autre similitude entre l'agriculteur qui veut céder sa ferme et ses successeurs : la commercialisation des produits de l'exploitation en vente directe, à la ferme, sur les marchés locaux, dans des magasins de producteurs et des biocoops des environs. « Nous voulons éviter de faire trop de route et surtout tisser des liens localement », expliquent Clémence, Alexis et Nicolas. Pascal travaille aussi avec des Amap et effectue des livraisons à domicile, dans l'ensemble du département et autour de Nantes et Saint-Nazaire. Il fait livrer, en plus, de la viande sous vide par Chronofresh dans toute la France. Il transporte lui-même les veaux âgés de 4-5 mois à l'abattoir et une fois qu'ils sont abattus, leurs carcasses sont découpées par un boucher prestataire. 

vache bretonne pie noire et son veau Nénuphar et sa velle, Primus, née le 12 mars. (©Ferme de Kervel)

Au-delà de leurs systèmes d'élevage et de commercialisation très semblables, l'éleveur en place et les jeunes qui souhaitent lui succéder ont eu une autre envie commune : faire participer les consommateurs à leur projet de transmission/reprise, par l'intermédiaire de l'association Terre de liens Bretagne, pour constituer une « ferme citoyenne », témoignent-ils. Ils ont alors créé une SCI (société civile immobilière) qui est propriétaire des terres, mais pas des bâtiments, ni du matériel et des vaches, et dans laquelle toute personne qui le désire peut prendre une part de 200 €. « Cette forme de propriété permet de rapprocher les agriculteurs et le grand public, d’éviter le démantèlement de la structure au moment de la revente, de préserver l’environnement et la biodiversité, complètent Clémence, Alexis et Nicolas. Et de ne pas trop s'endetter au moment de l'installation où il faut déjà investir par exemple dans des hangars, différents engins, un laboratoire de transformation, etc. »

Financement participatif et des Parcs naturels régionaux

Cette volonté de nouer des relations avec les citoyens a amené tout naturellement les futurs installés à recourir au financement participatif pour constituer leur cheptel laitier. Ils ont fait un appel aux dons avec contreparties sur la plateforme Miimosa avec un premier palier à 10 000 € pour l'achat de 10 vaches en 2019, afin de pouvoir commencer à fabriquer du fromage en 2020. Le second palier (5 000 € supplémentaires) servira à acheter huit génisses pour le renouvellement du troupeau en cas de maladie ou de souci au vêlage. Les futurs éleveurs bénéficient également d'un soutien financier de 4 000 € du Parc naturel régional d'Armorique, qui les accompagne également techniquement et en matière de communication.

produits laitiers ferme de kervel a hanvec dans le finistereDes yaourts, de la crème, de la tomme et du fromage type camembert sont fabriqués à partir du lait des Bretonnes pie noire et vendus en direct. (©Ferme de Kervel)

Ils ont en effet remporté l'appel à initiatives lancé en 2018 parce qu'ils répondaient aux attentes de la charte en termes de respect de l'environnement et de la biodiversité, de préservation des races locales, de transmission des exploitations, d'animation de la vie locale et d'implication des citoyens. Ainsi, ils vont pouvoir construire la salle de traite et la fromagerie, ainsi qu'un fournil car Clémence va fabriquer du pain et le vendre sur les marchés en complément des fromages. 18 mois de réflexion à quatre et un an de travaux ont été nécessaires pour voir aboutir le projet de cession/reprise. Un temps indispensable pour « qu'il réussisse et se passe dans de bonnes conditions pour le cédant et les jeunes derrière », insiste Philippe. Au total, il pourrait même durer huit ans pour que Clémence, Alexis et Nicolas puissent récupérer progressivement le foncier.

Chaque mois, retrouvez « Mon projet mon avenir » #MPMA, un témoignage réalisé en partenariat avec MiiMOSA , le premier site de financement participatif exclusivement dédié à l’agriculture et à l’alimentation.

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