EurodairyLa résilience : un équilibre à trouver sur chaque exploitation

| par | Terre-net Média

Dans le cadre du projet Eurodairy, un groupe d'éleveurs et de représentants de la filière s'est penché sur la résilience des exploitations laitières. Pour eux, il s'agit de trouver un équilibre entre la stratégie de l'exploitant, le volet humain, la technique, l'économie et l'environnement. Pour les accompagner dans cette voie, ils ont développé un outil de sensibilisation à la résilience qui permet à chaque éleveur de prendre du recul sur son exploitation.

La résilience d'un élevage laitier, c'est trouver l'équilibre entre la stratégie de l'exploitation, l'humain, la technique, l'économie et l'environnementLa résilience d'un élevage laitier, c'est trouver l'équilibre entre la stratégie de l'exploitation, l'humain, la technique, l'économie et l'environnement (©Eurodairy) Le projet européen Eurodairy touche à sa fin. La chambre d'agriculture des Hauts-de-France, engagée dans la démarche, présentait récemment les résultats de son travail sur la résilience des exploitations laitières.

Elisabeth Castellan, coordinatrice du projet, présente : « Le groupe de travail, constitué d'éleveurs et de représentants de la filière, a défini la résilience comme étant la capacité d'adaptation pour assurer la pérennité de l'exploitation via des facteurs sociaux, économiques et environnementaux. Pour ce qui est de la technique, les éleveurs considèrent qu'elle est déjà acquise. En revanche, le volet social est de plus en plus pris en considération. »

La résilience s'acquiert et doit s'améliorer dans le temps

Autour d'une table ronde, des éleveurs et acteurs de la filière ayant participé au projet sont unanimes sur ce qu'est la résilience : « C'est la capacité à pérenniser une exploitation, à amortir les chocs (ou crises) et à résister dans le temps. » Pour eux, il faut savoir se remettre en cause et ne pas se reposer sur ses acquis : « l'état de résilience n'est jamais acquis, il faut toujours l'améliorer. »

Jean-Marc Burette, éleveur laitier à Fleurbaix (Pas-de-Calais) témoigne : « Lorsque le prix du lait a fortement diminué, j'ai cherché des solutions pour faire des économies et me suis aperçu que mon coût alimentaire était bien trop élevé (115 €/1 000 litres). Après avoir travaillé sur l'efficacité de l'azote et l'utilisation de mes effluents d'élevage j'ai fortement réduit mes charges en nourrissant mieux mon sol et donc mes animaux. Je suis aujourd'hui à 84 €/1 000 litres de coût alimentaire. Il faut savoir se remettre en cause. Pour moi, la résilience c'est être encore là demain et pérenniser l'exploitation dans le temps. »

Rendre la production attractive pour la faire perdurer.

Jacques Quaeybeur, éleveur et directeur de la coopérative laitière du Nord, de l'Aisne et des Ardennes Laitnaa, explique : « La problématique du prix du lait revient régulièrement. Or, on constate d'énormes efforts en matière de qualité du lait et j'estime que c'est un critère important pour être encore plus résilient demain. Les laiteries se doivent de lisser le prix du lait sur du plus long terme et les éleveurs doivent eux s'engager dans une production régulière : c'est un engagement réciproque entre la laiterie et ses producteurs qui doit se mettre en place. »

L'éleveur et directeur ajoute : « 48 % de nos coopérateurs ont actuellement plus de 50 ans. On se doit de rendre notre production attractive pour attirer des jeunes. Pour cela, elle doit être acceptable. » Jean-Marc Burette ne peut qu'approuver : « Trois de mes enfants sont dans l'agriculture et deux voudraient revenir sur l'exploitation. Il y a du potentiel mais les codes entre générations changent : il faut s'adapter. » Frédéric Grattepanche, directeur adjoint de l'EPL 62 (enseignement public agricole), affirme aussi : « Il faut conserver et renforcer la connexion entre l'enseignement et les professionnels. Nous devons préparer les jeunes à affronter le milieu professionnel en les confrontant à une diversité de systèmes. »

Anticiper et savoir se remettre en cause.C'est d'un œil extérieur qu'Eric Legras, producteur de légumes et président de l'OP L Vert, ajoute : « Il faut diversifier les systèmes pour affronter différents marchés. Cela limite les à-coups et améliore la régularité. Il faut anticiper et savoir se remettre en cause quand ça va bien car quand plus rien ne va, il est déjà trop tard. »

D'autres éleveurs ont également témoigné dans une vidéo sur les facteurs de la résilience :

Cliquez sur l'image pour lancer la vidéo

« Où se situe mon exploitation ? » Faire le bilan

Pour accompagner les éleveurs à améliorer cette résilience, le groupe opérationnel a développé plusieurs démarches et outils, dont notamment l'outil « 2mains ». Il comporte cinq volets : la stratégie de l'exploitation, l'humain, la technique, l'économie et l'environnement. C'est le conseiller qui remplit les critères avec l'éleveur. Les données technico-économiques sont comparées aux cas-types de référence issus d'Inosys réseau d'élevage.

L'outil attribue alors un scoring pour chacun des cinq volets de la résilience. Simon Traullé, conseiller à la chambre d'agriculture de la Somme explique : « Ce n'est pas un diagnostic, l'éleveur ne se voit pas attribuer une note et ne peut se comparer à d'autres éleveurs car les systèmes sont tous différents. En revanche, ça le sensibilise quant aux critères sur lesquels il peut s'améliorer. L'objectif n'est pas d'apporter une solution toute prête mais bien d'alerter l'éleveur. » Développé par la chambre des Hauts-de-France pour les élevages laitiers, l'outil « 2mains » devrait prochainement voir le jour dans d'autres instances de l'hexagone et même être adapté aux bovins allaitants.

Exemple de scoring de l'outil 2mains. La saisie des données et l'interprétation durent environ 2 heures.Exemple de scoring de l'outil 2mains. La saisie des données et l'interprétation durent environ deux heures. (©Eurodairy) D'autres démarches d'accompagnement ont été développées, comme l'outil de résilience sociale par la chambre d'agriculture de Normandie. Il permet de réaliser un bilan de la situation vis-à-vis du travail, en analysant la répartition du temps de travail, les priorités et les motivations de l'éleveur. La chambre des Hauts-de-France propose également des rencontres de la résilience (après-midi d'échange entre éleveurs), des formations avec mise en place d'un plan d'actions propre à chaque exploitation, et des scénarios pédagogiques pour sensibiliser les étudiants. Enfin, la boite à leviers est une médiathèque accessible à tous qui regroupe des témoignages sur des pratiques visant à être plus résilient sur son exploitation.

Eurodairy est un projet européen multi-thématique, dans lequel 14 pays sont engagés sur la question de la durabilité de l'élevage laitier. Ces groupes de travail se sont penchés sur quatre thématiques :
- l'utilisation des ressources (notamment des effluents) ;
- la biodiversité ;
- la santé animale ;
- la résilience socio économique.

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DÉJÀ 7 RÉACTIONS


Moty
Il y a 229 jours
Une définition de la Résilience : capacité d'un individu à résister psychiquement aux épreuves de la vie. Effectivement, dans notre métier ce n'est pas toujours simple. Pour ma part, j'ai eu la chance de ne jamais complètement tombé dans le système. J'ai rapidement pu avoir suffisamment d'autonomie décisionnelle, ceci me permets d'être Heureux avec 25 ans d'éleveur laitier et d'avoir 2 jeunes qui souhaiteraient s'installer dans les 5 à 10 ans !!
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Fink
Il y a 234 jours
Pour mieux résister, en Irlande il y a de cela 20 ans les producteurs de lait possédaient des troupeaux de 200 vaches qu’ils avaient décidé de mener en pâtourdyn’ (ptd) pour améliorer les marges par rapport au pâturage traditionnel.Ça à fonctionner au début ça faisait clairement une différence mais il a fallut croisé les p’h avec les jersiaises pour gagner de nouveau car les marges stagnaient. Depuis ces mêmes troupeaux sont passés à 900 vaches .Par contre pour les collecteurs ça se passe plutôt pas mal.On observe les mêmes circonstances chez nous et ça va continuer car dans les ordonnances qui vont sortir en février , pour les producteurs y a rien c vide...Comme quoi tout est bien en organiser en amont.
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steph72
Il y a 235 jours
On n'a pas besoin de nous donner des leçons,ça fait longtemps que les agriculteurs sont résilients parce qu'ils arrivent à produire du lait au prix d'il y a 30 ans avec des charges qui ont suivi l'inflation;
Maintenat il faut un retour par le prix pour que les jeunes puissent s'installer.
La production laitière n'est plus attractive ,bien par la faute d'un prix insuffisant;
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Jmb67
Il y a 235 jours
Je suis bien d'accord avec vous Patrice, nos industriels du lait ( coop et privé ) profite bien du système libéralisation des prix et mange le capital des exploitations laitières. Dans les années futures il n'y aura plus personne pour traire les vaches comme nous avons le désert médical dans nos campagnes. Malheureusement les rayons des GMS restons remplie de bouffe qui rassasie notre société contradictoires.
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Patrice Brachet
Il y a 235 jours
Je vais être très critique pour cette fin d année et vous m en excusez par avance mais on ne peut pas tout laisser dire sans réagir : Je suis le premier à dire on peut améliorer son revenu en changeant sa façon de travailler et d alimenter son troupeau mais il y a des charges incompressibles qui augmentent régulièrement et pour cela il faut des prix renumerateurs ! Or a ce jour les produits laitiers ne sont pas assez payés Je vais être mesquin produire 1 l de lait e haut de france c est pas la même chose qu en Perigord ! Les conditions pedo climatiques n ont rien à voir ! Bien sûr qu il faut essayer de gratter partout mais les donneurs de leçons responsables de coops n ont qu à appliquer la même résilience dans leurs coops et tout ira déjà mieux ! J ai 60 ans il y’a 45 ans 1 litre de lait payait 1 l de fuel 120 tonnes d orge payait un tracteur se 65 ch neuf et l on veut nous donner des leçons ?jamais il n y a eu autant d agriculteurs dans la misère ! Le mot de la fin l agriculture a fait d énorme effort que les donneurs de leçons en fassent eux aussi bonnes fêtes
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Yoann
Il y a 235 jours
15 ans que je suis eleveurs laitier , les 15 pires annees de ma vie. Ma passion c'est transformé en degout total de l'elevage etbdu systeme . Dans 1 an les gros credits seront terminé , les vaches partiront en meme temps que la derniere annuitée. Qui accepte encore de travailler tout les jours en mettant sa vie privée de coté pour qq centaines d'euros de revenus . On se fout de la gueule des eleveurs depuis trop longtemps et rien ne vas changer. J'ai la chance d'avoir une autre entreprise a coté de l'agriculture dans un domaine ou l'on peut fixer son prix de vente et avoir une veritable remuneration a la fin du mois avec une qualitée de vie et bien moins de contrainte que l'elevage. Courage a tout les eleveurs , il vous en faudra . Honte aux industrielle ....
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Jonathan
Il y a 235 jours
Toujours se remettre en question, mais nos charges ne cessent d'augmenter, nos prix ventes aux même prix qu'il y a 25 ans...mais dans les grandes surfaces rien n'est resté au prix d'il y a 25 ans.
À nos industriels et GMS de se remettre en question !!!!!!et à l'état de faire son boulot.
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