[Paroles de lecteurs]Filière lait/viandeProduire moins et être plus autonome : des virages stratégiques pour s'en sortir

| par | Terre-net Média

L'essai de la ferme expérimentale des Trinottières, visant à augmenter la production laitière, laisse les lecteurs de Web-agri perplexes. Pourquoi produire plus de lait alors que le prix payé aux producteurs est dérisoire ? Et que cela risque d'alourdir encore davantage la charge de travail déjà très importante en élevage laitier ? Ne vaut-il pas mieux réduire les volumes et chercher plus d'autonomie ? C'est en tout cas ce que semblent suggérer beaucoup de commentaires. Certains s'interrogent également sur les solutions possibles pour préserver la filière viande bovine.

paroles lecteurs augmentation production laitiere « N'en déplaise à certains, on est arrivé au bout du système ultra productif », fait remarquer Patrice Brachet. (©Terre-net Média) 

Olivier Doucet via Linkedin : « Dommage que le travail ne soit pas pris en compte dans cette étude ! Il faut faire attention aux génisses notamment, sans doute plus nombreuses à élever. »

Pourquoi Produire plus, si c'est Pour travailler trop...

Nanard56 : « Les résultats sont intéressants mais il aurait fallu en effet intégrer le temps de travail dans le calcul, sachant qu'il y a déjà beaucoup de surmenage en élevage et qu'il est difficile de trouver de la main-d'oeuvre. Il faut aller jusqu'au bout de la problématique, messieurs dames des chambres d'agriculture ! »

... et ne pas gagner plus 

Kami : « Pourquoi produire plus de lait, s'il est de toute façon payé au prix B chez Sodiaal. Ce n'est pas du tout rentable ! »

Jonathan : « Quand les agriculteurs comprendront-ils qu'il faut produire moins pour un meilleur prix du lait ?! »

Maec : « Une étude comme celle-ci aurait dû sortir en 2014, cela aurait évité la surproduction laitière plombant les prix. Cette année, Danone cherche des candidats pour arrêter le lait, alors que les cessions de contrat entre producteurs allaient bon train un an auparavant. »

Retrouvez le témoignage de Charles Henry « J'arrête le lait » : Avec son poème devenu viral sur Facebook, l'éleveur veut « tourner la page »

Dolorès : « Les paysans ont la tête dans le guidon, à fond, à fond !! Faut bien payer le nouveau Fendt et sa charrette 24 t, les robots, etc. En réalité, on produit trop et les prix dégringolent ! On avance en marche arrière, ça s'appelle l'autodestruction. »

Hautot Nicolas : « Par chez moi, pour les élevages laitiers qui restent, il y a deux stratégies : une productivité maximale pour dégager de la terre et faire des cultures vente ou l'exploitation produit ce qu'elle peut, avec du matériel et des bâtiments entièrement amortis. Mais on sent bien que la priorité va vers les cultures de vente. Plus personne ne veut traire des heures pour ne rien gagner... »

Franck : « C'est une chaîne sans fin : plus de vaches et après, il faut plus de surfaces, avec des aléas climatiques de plus en plus fréquents... Ceux qui font les études n'ont qu'à gérer une exploitation, on verra bien si c'est si facile que ça ! »

Patrice Brachet : « Déjà pourquoi augmenter la production laitière alors que c'est la rareté d'un produit qui fait son prix ! Ensuite, qui veut continuer à travailler 70 h et plus par semaine pour moins de 500 €/mois ? (...) Par le passé, il fallait nourrir à bon marché et pas trop se soucier du reste. Mais regardez ce qui se passe en Australie, cela donne à réfléchir ! N'en déplaise à certains, on est arrivé au bout du système ultra productif et il va falloir trouver une alternative au bio car il n'y aura plus d'aides !! (...) »

Mieux vaut alors CHANGER DE SYSTÈME...

Mamzell : « Le système productiviste a vécu, on le sait très bien, ce n'est plus la solution. Pourtant beaucoup d'agriculteurs ne le remettent pas en question. Il faut revenir à d'autres systèmes. »

Tintin : « C'est vrai que les vaches, y en a plein les bottes ! J'ai bossé 70 h/semaine pendant 22 ans pour 1 000 €/mois ! (...) Je veux bien prendre la place de tous ces experts donneurs de leçons et donner des conseils pour travailler plus tout en respectant l'environnement et en faisant un peu plus d'administratif ! Malheureusement, beaucoup de collègues ne peuvent pas changer de système de production car les grosses coops ont les deux pieds dans la porte. Il suffit de laisser monter un peu la dette fournisseur et on perd le contrôle de son entreprise... Les techniciens choisissent ton assolement, tes variétés, etc. Comment leur expliquer ensuite que tu vas modifier ton système pour baisser ta facture chez eux ? 30 ans que ça fonctionne comme ça et nos coops sont devenues des mastodontes !! »

... et « se mettre beaucoup d'OPA à dos » ?!

Patrice Brachet : « Voler de ses propres ailes est en effet très compliqué. Deux choix sont possibles : on fait ce que l'on veut en se mettant toutes les instances à dos (...) ou alors on se tait jusqu’à l'épuisement. Me différencier des autres m'a valu les foudres de pas mal de monde mais pour mon plus grand bonheur, certains organismes commencent à changer d'avis. Pour info, en un an, j'ai économisé 41 700 € de concentré et augmenté mes résultats. Le gros avantage du deuxième scénario : par devant, tout le monde te soutient. Mais attention, par derrière tu passes pour un minable. »

Moty : « Ces résultats, on les connaît depuis longtemps. Mais les chambres d'agriculture, les FDSEA, les coops et les médias agricoles n'admettent pas qu'en produisant moins, les éleveurs peuvent gagner ++. »

Patrice Brachet : « Ma plus grande joie : que des agriculteurs trouvent des solutions pour améliorer le revenu. La cerise sur le gâteau : que leurs détracteurs les copient (...) et même expliquent à vos collègues votre façon de travailler en leur vendant leur prestation. »

Pourtant plus d'Autonomie serait salvatrice

Jonathan Coffi : « C'est sûr, il faut sortir du système d'intégration dans lequel nous sommes enfermés. Le maître-mot : autonomie. Même quand tu vends un peu moins, il t'en reste davantage ! »

Tintin : « + d'animaux et + d'autonomie fait + d'EBE. Mais il faut élever plus de bêtes les deux premières années, ce qui ne veut pas forcément dire plus de trésorerie. »

Nanard56 : « Très juste tintin, cela fait gonfler un peu plus le compte associé. »

Moty : « Dans les systèmes plus autonomes, on engraisse moins les commerciaux, les coops, etc. Et on vit mieux mais personne n'en parle !! »

Passer au bio, la solution ? 

Changement : « Le bio, la solution miracle ? (...) Les agriculteurs bio s'en sortent parce qu'ils touchent des subventions, faut le dire aux citoyens. Et celles-ci pourraient être rabotées. (...) Et Bel avec son lait non OGM ? La laiterie s'était engagée à investir dans une autre ligne de production, elle ne l'a jamais faite. Et aujourd'hui, elle collecte du lait non OGM payé moins cher au producteur alors qu'il lui coûte plus cher à produire. (...) Les laiteries pratiquent les prix qu'elles veulent. Quant aux soi-disant contrats signés entre les laiteries et les distributeurs, encore de la fumisterie ! L'argent ne reviendra pas aux producteurs !!! La seule question valable : pourquoi les produits agricoles ne sont-ils pas payés à leur juste valeur, ce serait pourtant là une vraie reconnaissance... »

Tintin : « Changement, tu passes ton temps à taper sur les bios, mais tu proposes quoi comme alternative ? Les trois à quatre premières années de la conversion en agriculture biologique sont loin d'être évidentes. (...) »

Un Paroles de lecteurs a été consacré à l'agriculture bio l'été dernier :
Faire du bio ou non : le choix appartient aux producteurs !

Changement : « Tintin, je n'ai rien contre le bio, je pense que nos différences sont une richesse. Ce que je n'accepte pas, c'est que le bio et le conventionnel sont soumis au même diktat. Le but politique : que les citoyens achètent la bouffe pas cher. (...) L'État contrôle tout, les éleveurs n'ont plus de liberté. Vous pouvez changer de laiterie vous, Tintin ? Il n'y a que la vente directe pour être autonome ! Les prix du lait actuels sont scandaleux, il va y avoir de la casse et ce n'est pas le bio qui nous sortira la tête de l'eau. (...) La filière laitière est en danger, les contrats sont un véritable gâchis. (...) »

Steph76 : « Bravo pour ce bel article ! Je suis d'accord sur tout, sauf pour le passage au bio. Si tout le monde se convertit, les prix vont dégringoler. Le bio est un marché de niche et doit le rester. Je suis installé depuis sept ans et j'étais en système maïs ensilage mais comme les comptes n'y étaient plus, changement radical : j'ai baissé d'un tiers ma surface de maïs et ensemencé un couvert de ray-grass/trèfle, enrubanné au printemps. J'ai aussi remis une parcelle en herbe pour faire pâturer les vaches laitières. Résultat : les chiffres sont là. On peut y arriver, il faut juste s'en donner la peine !! »

Visionner la vidéo d'Agriskippy, éleveur très présent sur Youtube :
« Après réflexion, je ne passerai pas en AB, c'est trop risqué ! »

Poly : « Félicitation en effet à tous les éleveurs qui modifient leur système ! Mais je trouve dommage que beaucoup d'exploitations soient dans la radicalité, soit très intensives soit en bio avec un maximum d'herbe. Il me semble qu'il faut exploiter le potentiel de son exploitation, c'est-à-dire adapter son objectif de production à ce potentiel et ne surtout pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Diversifier l'assolement et la ration est obligatoire. »

Lolo : « Le bio sera un jour la norme alors autant y aller tant qu'il y a des aides à la conversion ! »

Steph72 : « Tu veux dire du bio au prix du conventionnel !! »

Patrice Brachet : « (...) L'augmentation du prix du lait, ce n'est pas pour demain. Pour s'en sortir, il faut chercher des alternatives, autant qu'elles soient en harmonie avec ses convictions personnelles. Mieux vaut ne pas faire comme untel ou untel juste parce que ça marche chez eux. Ce qui compte, c'est que vos revenus vous fassent vivre. Peu importe la méthode pour y parvenir. »

Quid de la filière viande ?

miloudB2 : « Dans la filière bovin viande, en France comme ailleurs, il faut renoncer à produire pour produire. Il vaudrait mieux ne plus importer de viandes qui contiennent trop de dioxine ou de tout autre produit toxique. (...) Surtout quand les mêmes pays nous achètent notre viande en mégotant sur les prix ! »

momo : « Tant que notre production de viande sera liée au marché mondial pour des raisons aussi diverses et variées, nous ne serons pas compétitifs à cause des charges excessives liées à notre fiscalité gouvernementale. La course à l'agrandissement ne nous sauvera pas la mise. »

Gérard Ballon via Linkedin : « Le maître-mot : la contractualisation. Les éleveurs encore un peu plus sous le joug des grands groupes et des coopératives pour les asservir et les exploiter... et finir par exterminer cette belle filière ! Les circuits courts ne seront pas assez nombreux pour "sauvegarder" la grosse majorité des producteurs de viande bovine... Et savez-vous à qui va profiter le crime, si je puis dire ? Aux grands groupes importateurs de viande d'Amérique du Sud et du Nord. Les liens politiques sont déjà tissés et le néolibéralisme va faire son œuvre impitoyable... »

La chouette : « Ce que vous dites, monsieur Ballon, moi et tous mes amis paysans, nous l'avions présagé il y a fort longtemps. Et y a un truc que j'observe depuis bientôt 20 ans, c'est cette faculté qu'ont les agris de constater que la misère leur tombe dessus alors que je le dis et le répète : tous les feux sont au violet mais on continue de creuser sous la fondation jusqu'à ce que le mur s'effondre en enfouissant tout le monde ! Cela fait des années et des années qu'on hurle notre façon de voir les choses différemment et on nous rit au nez ! Certains, après avoir contractualisé comme vous l'indiquez, vont devoir traiter avec des centrales d'achat ou groupes financiers. (...) » 

Franck : « Tant qu'on continuera à sacrifier l'élevage pour vendre des Peugeot, des Renault et des Airbus au Brésil par exemple, rien ne pourra s'arranger ! »

La chouette : « Sans compter les 500 personnes du show business qui appellent au Lundi vert pour cause de maltraitance animale ! »

Stéphane Étienne via Linkedin : « L'avenir de la filière viande bovine sera probablement le mélange de deux scénarios. L'un d'eux sera centré sur les circuits locaux, l'environnement, la qualité, des axes déjà travaillés par beaucoup. Un assouplissement des charges et des taxes est, dans ce cadre, indispensable ainsi qu'une meilleure protection aux frontières avec davantage d'exigences sur les cahiers des charges notamment en termes de traçabilité. »

Limou 59 :  « Les scénarios sont déjà connus, il faut arrêter de nous laisser espérer... Le troupeau allaitant français va décliner à vitesse grand V. Il n'y a qu'à regarder l'évolution des aides compensatoires depuis 2015 : 25 % des versements ASP en moins et la fin des MAE surfaciques. (...) La décapitalisation des troupeaux allaitants dans les 10 ans qui viennent fera baisser les cours de la viande et les importations de carcasses étrangères empêcheront tout rebond. Si l'État français veut réellement sauver l'élevage français, il devrait commencer par exiger les mêmes conditions de traçabilité et d'élevage chez les pays importateurs. (...) »

Ces deux articles, l'un sur la productivité laitière, l'autre sur l'avenir de la filière viande bovine, ont fait réagir sur Facebook :

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