Alimentation/CommerceLa grippe porcine redistribue les cartes au sein du marché mondial du porc

| AFP

L'épidémie de grippe porcine a poussé de grands pays consommateurs de viande de porc comme la Chine et la Russie a limiter leurs importations, ce qui pénalise les producteurs américains et canadiens mais pourrait faire le jeu des européens.

La Chine, la Russie mais aussi la Thaïlande, l'Indonésie, l'Ukraine, l'Equateur ou la Croatie ont limité leurs importations de porc en provenance du Mexique et de certaines régions des Etats-Unis et du Canada, lors de l'apparition de l'épidémie.


Le porc est la viande la plus consommée dans le monde.
(© Terre-net Média)

Le marché de la viande dans le monde dépasse 60 milliards de dollars par an et le porc, viande la plus consommée dans le monde, représente 38% de la production.

La Chine «a beaucoup souffert des critiques après la grippe aviaire et on a aujourd'hui un excès de prudence car le gouvernement ne veut pas être accusé de ne pas avoir tiré des leçons», explique Andrew Cookson, du cabinet de conseil dans l'agroalimentaire Gira.

Les Russes eux, «utilisent tous les prétextes pour refuser les importations de produits beaucoup moins chers que ceux qu'ils peuvent produire», ajoute-t-il.

Dans ces conditions, «l'argument sanitaire est un instrument facile», relèvent de leur côté les experts de Cyclope, dans leur rapport annuel sur les matières premières publié mardi. «Il suffit de dépêcher la moindre inspection vétérinaire chez un fournisseur étranger pour découvrir inévitablement un soupçon sanitaire»: trichine dans le porc français, salmonelle dans la volaille américaine et maintenant grippe porcine.

La Russie fait figure de «spécialiste» dans le «protectionnisme sanitaire», notent les experts de Cyclope, une situation rendue d'autant plus possible que la Russie n'est pas membre de l'Organisation mondiale du commerce (Omc) et peut prendre des mesures restrictives sans risque de représailles.

Le Canada menace de porter plainte

Pour la Chine, membre de l'Omc, c'est une autre histoire. Le Canada a menacé début mai de porter plainte auprès de l'Omc si elle ne levait pas son embargo sur ses importations de porc. «Les membres de l'Omc sont autorisés à restreindre les importations pour protéger la santé publique» mais «il faut que les mesures soient temporaires et scientifiquement justifiées», rappelle une source proche de l'organisation.

L'argument scientifique tient difficilement car l'Organisation mondiale de la santé (Oms) a rappelé fin avril que «les virus grippaux ne sont pas connus pour se transmettre à l'homme par l'ingestion de viande de porc». Le Mexique, lui, est venu à la tribune de l'Omc pour demander des explications à ses 153 pays membres. Car le manque à gagner pour les producteurs est colossal. «Les producteurs américains de porc estiment leurs pertes à deux milliards de dollars par jour», relève Jean-Paul Simier, directeur de l'agriculture au Conseil régional de Bretagne et expert pour le rapport Cyclope.

Une situation qui pourrait faire le jeu des producteurs européens. «Comme les Américains ont perdu du marché, les Européens ont en gagné un peu» souligne Andrew Cookson. La Russie et la Chine, respectivement 2e et 3e importateur mondial, «ne peuvent pas se passer» de la viande étrangère, ajoute-t-il.

L'Europe devrait donc traverser dans le calme cette crise sanitaire, d'autant que les analystes n'ont pas noté de baisse des prix du porc début mai, en plein coeur de la tourmente. «Après la vache folle, la fièvre aphteuse, la grippe aviaire, les consommateurs européens sont blindés», remarque Andrew Cookson. Et d'autant plus pour le porc car «les 2/3 du cochon sont transformés donc le consommateur perd le lien direct avec la bête», conclut-il.


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