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Agroforesterie et élevageGuillaume Jahan : « Planter des arbres, un aspect économique mais pas que... »

| par Paul Renaud | Terre-net Média

En Loire-Atlantique, Guillaume Jahan a implanté des arbres dans une prairie pour former des paddocks de 1 ha. Ce projet avait un objectif avant tout économique avant que l'éleveur ne s'aperçoive des nombreux bienfaits des arbres pour ses animaux et ses pâtures.

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En 2017, lors de son installation sur l’exploitation laitière familiale à Sucé-sur-Erdre (Loire-Atlantique), Guillaume Jahan décide de lancer un projet d’agroforesterie. Son idée première est de se créer un capital retraite via l’exploitation du bois. « J’ai la chance de m’être installé jeune, donc je me suis dis pourquoi pas valoriser la terre en plantant des arbres. J’espère maintenant qu’ils arriveront à maturité d’ici 30 ans », explique l’éleveur.

Sur sa ferme bio de 80 ha, les 90 vaches laitières sont menées en système herbager. L’agroforesterie s’est avérée particulièrement adaptée à ce système. Les lignes d’arbres permettent de créer des paddocks de 1 ha dans lesquels les vaches restent trois jours. « On a divisé une parcelle de 8,5 ha en 8 lots. Grâce à ce système, nous optimisons l’herbe car les animaux peuvent exploiter les surfaces au maximum. Comme l’herbe est coupée rase, on optimise le rendement », se félicite Guillaume Jahan.

C’est lorsqu’il va se renseigner à la chambre d’agriculture pour lancer son projet qu’il aperçoit l’éventail des avantages que lui offre la présence d’arbres dans ses prairies. « Il y a l’ombrage pour les animaux, la rétention d’eau, la remontée de nutriment via les racines et donc le découpage en paddocks… En fait, il n’y avait pas que l’aspect économique à prendre en compte », réalise-t-il alors. Mais la parcelle implantée n’est pas pour autant réservée à la prairie. Les exploitants comptent bien la gérer comme une parcelle classique, arbre ou pas. « Cette année, il y a une partie qui est en maïs et l’année prochaine peut-être qu’on retournera la prairie existante pour mettre des betteraves », s’interroge l’éleveur.

Orienter les racines vers la profondeur

Quinze jours après son installation, Guillaume Jahan reçoit les plants. Pour 8 ha, le travail d’implantation, comprenant le travail du sol, la mise en place des arbres et l’installation des tuteurs et des protections, nécessite une semaine de travail. « Nous avons sous-solé pour que les racines puissent bien plonger dans le sol. Il a fallu également passer le rotavator pour faciliter l’implantation », résume l’éleveur. Le coût du chantier, qu’il estime à 900 €/ha, a été financé à hauteur de 80 % par l’Europe.

Guillaume JahanGuillaume Jahan s'est installé en 2017 sur l’exploitation laitière familiale à Sucé-sur-Erdre. (©Paul Renaud)

Pour contraindre les racines à pousser vers la profondeur, les arbres n’ont pas été arrosés lors des trois premières années et ne le seront pas à l’avenir. « La nature est bien faite. Lors des deux derniers été secs, lorsque les arbres sont passés en stress hydrique, ils ont perdu leurs feuilles et se sont mis en mode "hiver" pour se protéger », témoigne le ligérien. Il enregistre la perte et le remplacement de 3 % des arbres par an, c’est-à-dire 10 à 15 pieds. Un surcoût de 100 € qu’il juge acceptable. En orientant les racines vers le bas, l’objectif est de préserver la pâture autour des troncs mais également d’assurer la stabilité des fûts lorsqu’ils vont pousser en hauteur.

Une fois les lignées implantées, le temps de travail annuel représente 1 h par hectare et par an. « Au début, c’est plutôt deux heures car il faut mettre la main dans les gaines pour couper les petites branches. Mais au bout de trois ans, les arbres sortent déjà des protections. À terme, il faudra les tailler avec un sécateur à rallonge puis en montant dans le godet du tracteur », témoigne l’éleveur.

Un choix des essences stratégique

Sur son exploitation, Guillaume Jahan a implanté cinq essences d’arbres différentes. Chênes, merisiers et alisiers ont été implantés sur les terrains neutres. L’agriculteur a choisi ces espèces car elles poussent localement et produisent un bois de qualité. Sur les buttes séchantes, des poiriers communs, adaptés au manque d’eau, ont été implantés. À l’inverse, l’érable sycomore a été préféré dans les zones humides. « C’est important d’avoir plusieurs espèces au cas où l’une d’elles ne se plairait pas. Il peut aussi y avoir l’apparition d’un ravageur sur un arbre », souligne l’éleveur. Pour optimiser la valorisation économique, la croissance en fût a été privilégiée. L’un des désavantages étant que les arbres n’offriront pas un abri contre le vent comme le ferait une haie bocagère.

Pour optimiser ces différents critères, Guillaume Jahan n’a pas suivi de formation particulière. Il s’appuie largement sur les connaissances du service arbre de la chambre d’agriculture de Loire-Atlantique pour les questions techniques. « Je n’y connaissais rien mais j’ai appris à aimer les arbres et leur entretien », déclare-t-il.

Lors du Space 2019, qui se déroulera du 10 au 13 septembre 2019, l’Espace pour demain aura pour thème : « Les nouvelles technologies et pratiques pour le climat ». Situé dans le hall 4 et co-construit par les chambres d’agriculture bretonnes, il se focalisera sur les techniques et pratiques favorables pour le climat. Différents experts et agriculteurs interviendront sur cet Espace pour partager leurs expériences et les résultats de leurs dernières mises en pratique.

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DÉJÀ 8 RÉACTIONS


Jean 41
Il y a 69 jours
Très intelligent votre agroforesterie vous avez tout à y gagner bon courage
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malik1999
Il y a 70 jours
bonjour

j espère que vous n avez pas d éleveurs dans la régions ni de chèvres

Je suis agriculteur en Algérie et je pratique l agroforesterie depuis longtemps des bénéfices a long terme c est claire et une satisfaction personnelle

Les vaches en profitent hiver et été , car notre plantationn s est presque transformée en petite foret ( 35 ha ) , nous luttons par contre comme le surpaturage et la présence de voisins indélicats qui ne respectent rien et de citadins pour qui tous est permis

Nous avons constater un retour de la faune disparue même des gazelles , par contre nous somme nous, obliger d 'arroser en été les nouveaux plants sinon le taux de déperdition est important
`

Nous n avons malheureusement aucune aide , et on construisant un drain agricole qui avait pour but de récupérer les eaux pluviales en hiver et les collecter dans une grande mare afin de garder de l eau a proximité de la foret en été , je me suis retrouver en procès avec ma mairie .

Les citadins qui ralent fort on les entends , la foret que plante les agriculteurs poussent en silence

Bonne chance

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Fink
Il y a 71 jours
Ce qui ruinera demain les agris ( et c’eSt bien commencé depuis fort longtemps) c clairement le maïs et non les arbres ! Heureusement qu’on à des ingénieurs agro tels que Claude Bourguignon pour rester sur terre plutôt que des commerciaux de semences de maïs...
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Patrice Brachet
Il y a 73 jours
Nôtre propriété est presque toute entourée de haies; d habitude c est là que le maïs est le plus beau Cette année où nous avons une interdiction totale de pompage depuis la mi juillet , le maïs est crevé sur 5 a10 mètres suivant l importance de la haie et même s il n y a qu un arbre c est pareil ! Donc oui mais dans une certaine mesure Pour les méteils quand c est trop fermé c est pareil le vent couche encore plus car cela fait des tourbillons Après il y’a de la vie dans les haies mais cette année la perte rien que sur les maïs se chiffre en hectares !
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titian
Il y a 73 jours
En effet on peut quand même émettre quelques doutes en sols superficiels par la concurrence estivale avec les racines des arbres sur le même horizon.
Les prairies classiques explorent déjà moins le sol que le maïs, mais bon...
Pour ce qui est des cultures d'hivers, comme par exemple le meteil, on observe peut-être des choses intéressantes, sol moins asphyxié avec l'action racines des arbres ?????
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steph72
Il y a 74 jours
On en reparlera quand les arbres auront grandi,avec le manque d'eau on le voit le Mais au pied des arbres est tout petit.Les arbres ont pompé l'eau de la culture.
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pat
Il y a 74 jours
dommage qu il y a pas plus d agri qui font ca pour donner une autre image des agri destructeur
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Malick
Il y a 75 jours
Géniale, et bien partie pour une pensée éco -responsable
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