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Paroles de lecteursSans revenu, comment alléger le travail pour installer des jeunes  ?

| par | Terre-net Média

Vaste débat, suscité entre les lecteurs de Web-agri par les réflexions menées à l'institut de l'élevage idele pour renforcer l'attractivité du métier d'éleveur. La conclusion, elle, l'est beaucoup moins : il faut des prix rémunérateurs pour pouvoir améliorer le confort et limiter la charge de travail dans les exploitations, une condition sine qua non pour attirer des jeunes en productions animales.

paroles de lecteurs idele attractivite metier d eleveur  « Tant que nous n'aurons pas compris que la rémunération du travail est cruciale pour attirer les jeunes, nous irons droit dans le mur ! », s'exclame Jmb67. (©Terre-net Média)

Hub ironise : « Ah, ah, ah, l'idele veut surtout renforcer l'attractivité du métier d'éleveur pour pérenniser celui de technicien. On est très touchés par tant de considération ! »

Patrice Brachet, lui, pense qu'il « est trop tard, c'était il y a 20 ans qu'il fallait se préoccuper de son manque d'attrait ! Ras-le-bol, dégoûtés, montrés du doigt, pas solidaires, écrasés par la paperasse, par des partenaires qui demandent toujours plus pour donner moins, de moins en moins de temps libre, de revenus, etc. Bref, tout ce qu’il faut pour vous dissuader d'exercer cette profession. Demain, ce sont les coops qui posséderont les élevages où seront employés des salariés aux 35 heures. »

Fabien53 rejoint Patrice Brachet : « C'est vrai qu'il est un peu tard pour s'en inquiéter. » Sans être, cependant, entièrement d'accord avec lui : « Je suis installé depuis cinq ans et je suis plus heureux que dans mon métier d'avant. Je profite plus de mes enfants. Par exemple, j'entraîne des jeunes au foot tous les mercredis. Cela étant possible car mon exploitation est à taille humaine. Ma femme travaillant à l'extérieur, le week-end, je lève le pied. Tous n'est pas rose, bien sûr. Je gagne moins qu'avant mais ma qualité de vie est bien meilleure. Je suis beaucoup moins sous pression : le seul stress que je subis est celui que je m'impose, c'est très différent. Même mon épouse, qui a un bon salaire, a envie de travailler avec moi sur l'exploitation. L'argent ne fait pas forcément le bonheur. D'ailleurs, un même salaire peut satisfaire certains et pas d'autres, c'est très relatif. »

Je suis plus heureux que dans mon métier d'avant, même si tout n'est toujours pas rose ! (Fabien53)

« C'est trop tard pour s'en inquiéter ! »

La femme de Hautot Nicolas aussi a envie de s'installer sur la ferme. Mais « face aux soucis que cela créerait, aux emprunts énormes, à l'absence de vacances, aux revenus incertains, elle n'a pas encore sauté le pas ».  

Titian félicite Fabien53 en émettant quelques doutes : « Bravo à toi, mais dans 10 ans, tu seras peut-être parti sous d'autres cieux sans regarder derrière toi. Fort heureusement, les mentalités changent, la majorité des jeunes qui s'installent encore, même s'ils ne sont qu'une poignée, ne veulent plus de l'esclavage de l'élevage. Les commissions Théodule et toutes leurs flopées de rapports n'ont pas grande utilité. »

Les jeunes ne veulent plus de l'esclavage de l'élevage ! (Titian)

Rêveur nuance : « Ne sois pas choqué, Fabien, mais tu es arrivé dans notre métier, et tant mieux, après les grosses crises (que l'on paye certes encore). » Il demande à Fabien53 : « Si ce n'est pas indiscret, combien as-tu de vaches laitières ? Et combien d'hectares ? De toute façon, l'essentiel est d'être en harmonie avec soi-même. »

Lire aussi, dans la série d'articles sur le travail en élevage, à suivre actuellement sur Web-agri : Apprendre à être bien dans ses bottes

Fabien53 répond : « J'élève 40 VL sur 66 ha. »

Maec est à peu près dans la « même situation » que Fabien53 : « installé il y a quatre ans sur 66 ha avec 55 VL. Financièrement, c'est tendu mais je fais de moins en moins appel à des intervenants extérieurs, comme Patrice Brachet, et ma trésorerie est à jour. »

« Pour attirer les jeunes, il faut des prix rémunérateurs ! »

Poly lance : « Un prix du lait et de la viande correct suffira à faire revenir les jeunes vers le métier d'éleveur, le reste n'est que du blabla et de l'argent gaspillé. »

Stan ajoute : « Le gouvernement devrait réagir s'il veut maintenir un tissu rural en France ! Dans bien des régions bocagères, il n'y a plus de vaches. Elles ont été remplacées par des cultures. Résultat : les terres s'appauvrissent, avec une forte érosion des sols. Des régions entières se vident de leurs fermes, quelle que soit la production. »

Jonathan renchérit : « Des prix rémunérateurs pour le lait et la viande et la remise en place des quotas laitiers aideraient déjà beaucoup les éleveurs. Les syndicats agricoles et les organisations de producteurs sont vraiment inutiles. À quand un vrai mouvement d'agriculteurs qui se battent réellement pour une meilleure répartition des marges dans les filières agricoles, avec de vrais blocages de GMS qui durent, etc. Qu'en pensez-vous ?? Ce n'est pas contre l'État mais contre les industriels, acheteurs de notre lait, et par le biais des produits laitiers transformés vendus en GMS, qu'il faut lutter. Il faut qu'ils arrêtent de se cacher derrière les cours mondiaux pour ne pas payer le lait. Il est grand temps que ces grandes fortunes partagent leurs marges !!! »

« Impossible d'embaucher pour alléger l'astreinte ! »

steph72 en vient à parler du manque de main-d'oeuvre en élevage : « De nombreux producteurs, découragés, ont arrêté l'élevage laitier et les organismes agricoles paniquent. Dans quelques années, beaucoup d'autres partiront à la retraite mais peu de jeunes reprendront leurs fermes. Normal quand le lait est payé en dessous du coût de production ! Non seulement il est impossible d'embaucher pour alléger l'astreinte et la pénibilité de certaines tâches et en plus, le travail n'est même pas rémunéré !! Les industriels laitiers ont fait le choix du court terme et vont bientôt le payer... »

Quelques réactions aussi sur Facebook :

posts facebook idele attractivite du metier d eleveur (©Page Facebook de Web-agri) 

Jmb67 acquiesce : « Il faut regarder la réalité en face : un agriculteur coûte moins de 5 € de l'heure à son exploitation et un bon salarié plus de 17 €. Tant que nous n'aurons pas compris que la rémunération du travail est cruciale pour attirer les jeunes, nous irons droit dans le mur ! Malheureusement comme pour beaucoup de choses en France, on réagit après le drame... »

Idiot aussi : « Pendant ce temps-là, les transformateurs, directeurs de coops et distributeurs perçoivent de très hauts salaires. On vit dans un monde à plusieurs vitesses. Comment ne pas dissuader les jeunes de devenir éleveur ? J'ai un message pour l'idele : trouvez rapidement une solution pour que les producteurs vivent mieux de leur métier sinon je ne donne pas cher de vos emplois dans 10-15 ans. »

Padugato propose de faire évoluer également la fiscalité agricole : « Il n'y a malheureusement pas que le prix des productions agricoles qui entre en ligne de compte. Je vends très bien mon lait mais l'argent est pompé par diverses taxes et organismes. Il faut également revoir la fiscalité en agriculture ! L'une des conditions pour que les paysans puissent se créer une vraie épargne de précaution ! »

« J'aime mon métier et je veux croire en des jours meilleurs »

Fabien53 relativise : « Je ne pense que la seule raison soit le prix du lait. L'astreinte dans un élevage laitier est importante. Aujourd'hui, la société est aux 35 h et un jeune agriculteur n'a pas envie de travailler 7/7. Pour autant, dans les autres secteurs d'activité, ce n'est pas forcément plus facile, notamment pour ceux qui ne touchent que le Smic. Moi, j'aime mon métier et je veux croire en des jours meilleurs. Il faut être positif pour attirer des jeunes dans les filières d'élevage ! »

Dans les autres secteurs d'activité, ce n'est pas forcément plus facile. (Fabien53)

Hub partage l'avis de Fabien53 tout en restant prudent : « Il faut souvent "faire contre mauvaise fortune bon coeur". Notre métier est très enrichissant mais peut vite tourner au cauchemar si tu ne respectes pas certaines règles : peu d'animaux, de surfaces et donc de travail. »

Petit aparté sur les Aubrac entre Ingalls et Hub

Ingalls demande à Hub : « Dans quel secteur es-tu ? (...) »

Hub : « En Pays de Loire. »

Ingalls : « Tes Aubrac, tu les valorises comment ? En label, en vente directe ? Ça m'intéresse mais j'entends dire qu'en dehors du berceau de la race, la viande est difficile à valoriser. »

Hub : « Je suis en AB, ce qui me permet d'avoir un débouché pour les femelles d'élevage à 700 €. Je fais 3 à 4 veaux rosés en vente directe et depuis peu, des boeufs qui partent à 700-750 €. Combien de temps cela va-t-il durer ? Je ne sais pas. Sinon, je vends des vaches suitées à 1 700 €. Le top serait peut-être de finir tous les animaux, la grille de prix étant intéressante pour les Aubrac en bio. Enfin, faut avoir de la place. Cette année, par exemple, c'est compliqué. Chez moi, ça passe car j'ai très peu de charges. Je ne connais pas assez les autres races mais l'Aubrac fait partie de celles qui se contentent de peu. Mais bon, faut en discuter avec tes marchands de bestiaux ou trouver des marchés de niche. Et puis, faut aimer les cornes... »

Ingalls : « Mon marchand ne veut pas entendre parler de vaches si ce ne sont pas des Charolaises ou des Blondes d'Aquitaine. Mais je sais bien que l'Aubrac est peu exigeante, et c'est surtout sa facilité de vêlage qui m'intéresse ! Pour les cornes, pas de souci. »

Hub : « Mouai, la facilité de vêlage... Tous les hivers, j'ai quand même 1 à 2 veaux mal placés et l'an dernier, j'ai pratiqué 2 césariennes sur génisses (une torsion et un gros veaux mal placé). 2 autres petits se sont présentés avec le "cul en avant" et j'ai même eu des triplés ! Comme quoi même les Aubracs ne vêlent ps toujours seules... »

« On vend du rêve »...

Farmer50 : « J'ai 42 ans et je suis agriculteur depuis 19 ans avec des vaches laitières, des veaux de boucherie en intégration, des bœufs à l'herbe et des céréales. Donc, le travail ne manque pas. Pour moi, le premier problème est bien le prix de nos produits : aucune autre profession ne vend aux prix d'il y a 30 ans avec des charges de 2020 ! Si nous étions mieux payés, nous pourrions investir dans du matériel pour alléger notre charge de travail ou embaucher des salariés. Ensuite, le deuxième problème est que l'on vend du rêve en permanence. On fait visiter de belles installations aux jeunes avec du beau matos en oubliant de dire le prix que tout cela a coûté. Pendant la phase d'installation, un tas d'organismes vous expliquent qu'ils sont là si vous avez besoin sans dire que ce service est payant. (...) »

... « Alors que l'agriculture est sans cesse dévalorisée »

leti 50 : « Tout à fait d'accord avec cet article et avec Farmer50. Certes, le problème de base pour pouvoir embaucher, se moderniser et s'équiper correctement, ce sont les prix de vente dérisoires du lait, de la viande, des céréales... Mais si l'image de l'agriculture française n'était pas constamment dévalorisée par les médias alors que nos pratiques sont tellement réglementées et que nous sommes un exemple par rapport aux autres pays européens... Mais ça personne n'en parle ! Avec davantage de reconnaissance, il y aurait aussi davantage de jeunes à vouloir s'investir dans les métiers agricoles. »


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DÉJÀ 2 RÉACTIONS


steph72
Il y a 32 jours
ils ne savent pas gérer,du moins multiplié par plus de volume ça fait toujours du moins. De plus ils sont en contradiction avec ce que demande la société.
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debutant
Il y a 32 jours
pour avoir assiste a une reunion departemental sur l avenir de la filiere je n ai aucunement envie d y retrourner au vu de ce qui s y raconte! de la part de nos collegue le volume le volume et l aspet prix cout de prod au placard .Merci la fd j etais juste en invite mais j ai livrer mes impressions
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