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Paroles de lecteursPeut-on supprimer le concentré de production ?

| par | Terre-net Média

Si les lecteurs de Web-agri semblent d'accord avec les chercheurs de la station expérimentale de Trévarez quant à la suppression possible du concentré de production, ils leur reprochent, comme à l'ensemble des organismes para-agricoles, de vouloir leur donner des leçons pas toujours applicables dans leur exploitation. Et surtout de leur demander sans cesse de baisser leurs coûts de production, alors que les charges augmentent, pour pouvoir acheter leur lait moins cher.

paroles de lecteur concentre de production « Quel que soit le système choisi par l'éleveur − herbe, maïs, bio, pâture, etc. −, il faut apporter une ration équilibrée et de qualité aux animaux », fait remarquer avec bon sens Changement. (©Terre-net Média) 

Patrice Brachet : « Quand j'étais jeune, on me répétait continuellement qu'un kilo de concentré/VL permettait d'obtenir 2,5 l de lait en plus par vache. Plus tard, on m'a conseillé des produits enrichis en magnésium pour gagner 3 l, puis 4 l, voire 5 l. Comme tout le monde, j'ai essayé, je dirais avec plus ou moins de rentabilité. L'autonomie protéique, on m’a fait comprendre que c'était n'importe quoi. Je me rappelle un collègue qui, lors de l'ensilage de notre premier méteil, me demandait : "ça fait du volume mais ça vaut quoi ta camelote ?" La deuxième année, il a continué : "Tu es vraiment sûr de ta besogne ?" Idem la troisième : "l'aspect est pas mal mais ça vaut quoi ?" Et aujourd’hui selon les experts, les concentrés de production, ce n'est pas terrible ! Alors que quand je le disais, on m'a ri au nez. Après, il faut quand même une bonne ration de base. »

Jmm : « La station d'expérimentation de Trévarez a 40 ans de retard en recherche laitière. Les chercheurs se foutent du niveau de vie d'un producteur laitier ! 12 h de boulot par jour à peine pour 1 000 € de revenu par mois et 8 jours de vacances par an. Par contre, j'ai vu dans le sud-ouest, dans la région de Pau, des éleveurs en lait industriel qui gagnaient entre 4 000 et 4 500 € par mois (compta à l'appui) et qui ne bossaient pas plus de 8 h par jour et qui prenaient trois semaines de congé l'été. 650 000 l de lait produits avec 70 laitières holsteins, 70 ha de cultures et un quart temps salarié. La solution : ration sèche, paille et concentré. Et je l'ai observé dans plusieurs élevages. Et les vaches étaient en super santé comme rarement ! Arrêtons de donner toute l'année de la conserve à bouffer aux animaux !! Et les éleveurs seront de nouveau heureux dans leur métier.  » 

Patrice Brachet : « Jmm, ce système, je le connais, c'est le modèle espagnol. Il y a tout ce qu'il faut dans la ration. Dans l'Aveyron, une société s'était lancée dans ce type de fabrication et a fondu les plombs depuis. Un de mes amis a testé cette pratique et a manqué de couler. Petite question : avec un prix de 360-380 €/t, comment pouvez-vous acheter un tel produit ? (...) »

« Un paquet d'éleveurs se sont plantés en ration sèche »

Jmm : « J'ai aussi connu beaucoup d'éleveurs qui se sont plantés. Le problème des producteurs laitiers entre autres : très peu connaissent leurs coûts de revient au litre de lait. Une gestion analytique est nécessaire dans ce domaine, mais trop rare. Pour répondre aux différentes interrogations : 1) le prix du concentré était de 170-180 €/t, 100 % distribué au Dac, quatre stalles pour 70 laitières. 2) faire 700 km pour voir des gens qui appliquent ce système depuis près de 15 ans, c'est pas la mer à boire. Arrêtons de dire, ce n'est pas possible mais plutôt "comment font-ils ?" Cela fait plus de 40 ans que les éleveurs laitiers vivent mal de leur métier tel qu'ils le pratiquent. Pourquoi la situation changerait-elle dans les années à venir si les pratiques restent les mêmes ? »

À venir d'ici quelques jours, un Paroles de lecteurs sur le prix d'équilibre en production laitière : Prix d'équilibre, résilience... et si on augmentait plutôt le prix du lait ?

Titian : « Je suis dans le département des Pyrénées-Atlantiques et j'ai vu un paquet d'éleveurs se planter en ration sèche. En fait, je n'en connais aucun chez qui ça marche. Jmm, pose-toi surtout la question : "pourquoi les technico-commerciaux font autant de kilomètres pour visiter des fermes et vendre ce concept ?". Tu vas trouver tout seul... » 

Jmm : « Je pense Titian que dans tout système, il y a des échecs et des réussites. Le tout est d'analyser chacun d'eux. Personnellement, je l'ai fait. Et j'ai compris que le métier d'éleveur n'est pas fichu ! Sauf si on remettait en question certaines idées toutes faites... J'en avais aussi, d'ailleurs, sur ce sujet comme de nombreux producteurs ! »

Tintin : « Des marges négatives ? Ça dépend pour qui !! Si je suis une coop, je t'achète ton blé 140 €/t, parce que je suis sympa, et et je te revends un VL 2,5 l à 280 ou 300 €/t. Tout cela pour faire + 0,5 l de lait par vache. Vive l'autonomie ! »

Petit aparté sur le maïs ensilage

Patrice Brachet : « Chers collègues, cette année, je supprime totalement l'ensilage de maïs au profit du méteil et de l’herbe, tout cela en enrubanné, et du maïs grain humide. La simulation que j'ai effectuée montre la quasi-suppression du concentré de production. Ma question est : avez-vous pratiqué ? Si oui, quel est votre ressenti ? Merci par avance pour vos réponses. Pour info, nous avons la capacité de faire les stocks nécessaires. (...) »

Titian : « Pourquoi donc vouloir mettre tout ses œufs dans le même panier ? Dans ton cas, il me semble que tu devrais toujours garder sous le coude la possibilité de faire de l'ensilage à la place du maïs grain pour avoir du stock. »

Patrice Brachet : « Titian, on garde une marge de sécurité avec une dizaine d'hectares de maïs au cas où. »

« Faut produire du lait sans donner à manger aux vaches »

Changement : « (...) Inutile de lire ce type d'article ! Pourquoi s'acharner à baisser les charges quand on est au bout du système ?! Si vous écoutez les techniciens, faut produire du lait sans donner à manger aux vaches. Si vous écoutez les comptables, faut pas de stocks. Quel que soit le modèle choisi par l'éleveur − herbe, maïs, bio, pâture, etc. −, il faut apporter une équilibrée ration et de qualité  aux animaux. Tous les producteurs ont compris cela. Ça ne sert à rien de comparer les pratiques. (...) Si vous commencez à rogner sur tel ou tel ingrédient, vous vous exposez à des problèmes. C'est comme si je disais aux conseillers de venir sur mon exploitation avec leur voiture mais en enlevant une roue, pour faire des économies... »

Jonathan : « Bien d'accord avec toi Changement, on doit toujours produire moins cher. Mais c'est toujours pour nous pouvoir nous acheter notre lait moins cher. Autour de nous les GMS, coopératives et industriels laitiers, banques, comptables vivent très bien. À côté de ça, les charges augmentent. On n'est au bout du bout. Du boulot 365 jours sur 365, des salaires de misère, des factures impayées, des découverts à fond... Va falloir que ça pète !!! »

Ben : « Tu devrais céder et devenir salarié puisque c'est mieux ailleurs !! »

Jonathan : « Je me suis posé la question, figure-toi. On a commencé avec 300 000 l de lait et aujourd'hui on est quatre en Gaec familial pour 2,2 millions. On n'arrête pas une entreprise comme celle-là du jour au lendemain ! On a eu des salariés, ils étaient mieux payés que nous et ne risquaient pas leur argent. Je suis pour le salariat, mais les charges exorbitantes, y en a marre ! »

À suivre dans les semaines qui viennent, un Paroles de lecteurs sur le travail en élevage, et notamment le recours au salariat.

Benoît : « Le salarié ne capitalise pas comme toi ! Faut arrêter d'être dans cet état d'esprit patron contre salarié. Ce devrait être plutôt gagnant/gagnant. Un bon salarié, motivé et intéressé aux résultats de l'exploitation, travaille bien et te fait gagner de l'argent. »

des donneurs de leçons, des prophètes,
alors que les fermes disparaissent

Ben : « Pour s'assurer de l'efficacité du concentré de production, il faut d'abord vérifier que les vaches soient nourries à volonté. Je vois trop d'élevages avec la table d'alimentation vide ! Comment voulez-vous que l'aliment soit efficace ?! Enfin, combien d'éleveurs connaissent leur coût de production et pas seulement le coût du concentré ? Qui réalise des analyses technico-économiques régulières de l'atelier lait ne s'arrêtant pas à la seule marge brute ? Combien coûte toute la ferraille dans les cour de ferme ?! Avant de penser que c'est plus vert ailleurs, il faut connaître ses chiffres ! Posez-vous les bonnes questions et cessez de stigmatiser votre environnement. »

Steph72 : « Trop facile pour ces techniciens donneurs de leçons ! Toujours la faute de l'éleveur ! S'ils ne le savent pas, il y a eu une sécheresse en 2018 et les producteurs essaient d'économiser les stocks. »

Fink : « C'est clair, les organismes agricoles, commerciaux en tout genre, comptables et autres conseillers de gestion, prophètes de la dernière bonne idée, mettent un grand nombre d'agris dans des situations impensables et des fermes disparaissent. (...) »

Titian : « J'adore tous ces gars qui font la leçon. Primo, les performances économiques, faut déjà les évaluer dans la durée, sinon on risque d'être surpris : certains avantages concurrentiels ne sont que conjoncturels. Desio, les coûts de production, certains utopistes ont remis l'éclairage dessus il y a plus de 10 ans. Tersio, les gains de rentabilité ne sont jamais partis dans la poche des éleveurs. (...) »

Fink : « L'étude est correcte mais les frais vétérinaires et la race des vaches, ainsi que les taux de réforme et de renouvellement, n'ont pas été intégrés. Effectivement, ce type d'analyse est intéressant sur au moins cinq ans, en y incluant les paramètres que j'ai cités. On voit encore des élevage à 35 % de renouvellement (sans vente de vaches en lait) pendant que d'autres élèvent quatre génisses par tranche de 100 000 l. »


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DÉJÀ 1 RÉACTION


bfl 912
Il y a 193 jours
au printemps des le 1er avril , je ne donne plus de correcteur azotée tant que la pousse et la qualité de l'herbe tiennent ( jusqu'au 1 er août).
En hiver , je ne distribue aucune concentrés de production (orge aplati )
la ration hiver : maïs , méteil protéagineux , betteraves.
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