Paroles de lecteursCharge de travail et main-d'½uvre en lait : les éleveurs à la peine

| par | Terre-net Média

La charge de travail qui s'alourdit en production laitière et le peu de main-d'oeuvre pour y faire face travaillent les lecteurs de Web-agri ! Les responsables selon eux : l'agrandissement des troupeaux, et le manque de salariés compétents et motivés par l'élevage laitier. Si tant est que les éleveurs aient encore les moyens d'en embaucher...

paroles de lecteurs charge de travail et main d oeuvre en elevage « Physiquement, il y a besoin de main-d'œuvre mais économiquement... », constate Jonathan. (©Terre-net Média) 

Debout : « Avec un prix du lait dérisoire, l'agrandissement des élevages laitiers fait soi-disant baisser les charges. Sauf qu'aujourd'hui, la production laitière entraîne des investissements incessants et toujours plus importants. Ce n'est jamais fini, une machine infernale ! Si vous n'avez pas les salariés à mettre en face, c'est mort, le chef d'exploitation tourne dingue car l'effectif du troupeau, lui, a déjà été augmenté et il faut bien traire et s'occuper des vaches en plus ! J'ai connu cette situation... »

Patrice Brachet : « Même avec du personnel, tous mes amis qui ont agrandi leur cheptel travaillent plus qu'avant. Ce n'est pas le but, je pense. »

Debutant : « Dans ma région, beaucoup de grosses fermes sont en grande difficulté même celles dites "d'avenir" avec plus de 200 vaches et démarrées depuis moins de deux ans. Des clashs entre associés, des congés maladie, des séances chez le psy... le miroir aux alouettes fait ses victimes. (...) »

LES TROUPEAUX GROSSISSENT, LA CHARGE DE TRAVAIL AUSSI !

Steph72 : « 40 VL par travailleur, c'est le maximum. Plus, c'est la galère. C'est pour ça qu'au-delà de 50 vaches, de plus en plus d'éleveurs passent en traite robotisée. »

Nanard56 : « Par ailleurs, pour accroître la productivité en élevage laitier, il faut prendre en compte le temps de travail dans le calcul, sachant qu'il y a déjà beaucoup de surmenage dans les exploitations et qu'il est compliqué de trouver de la main-d'œuvre. (...) »

Retrouvez aussi le Paroles de lecteurs :
Un robot de traite vaut-il le coût (de l'investissement) ?

Titian : « Toujours la même rengaine : "ça se passe bien pour certains", "il y en a qui y arrivent"... La masse des producteurs, elle, elle fait quoi pendant ce temps-là ? »

Changement : « (...) Beaucoup d'éleveurs sont devenus salariés chez eux. Ils ont vendu leurs terres et/ou leur ferme à des investisseurs. Être autonome de bout en bout et heureux est de plus en plus rare... (...) »

Jonathan : « Je suis d'accord avec toi mais je pense que les choses sont en train de changer. La course à l'agrandissement des fermes commence à s'essouffler. »

François Bernard via Linkedin : « L'important actuellement pour les éleveurs est de gagner plus sans investir et peut-être même en travaillant moins. Sur un marché laitier "mature", produire plus n'intéresse que les laiteries et l'agroalimentaire. »

Ceres : « Ce sera toujours le même problème : en élevage, on travaille avec du vivant. L'année où tout roule, c'est facile et la suivante, avec la même organisation du travail, tout peut devenir galère et on est vite dépassé. Il suffit d'avoir un problème sanitaire... »

difficile de trouver de la main-d'œuvre...

Debout : « De nombreuses exploitations laitières cherchent de la main-d'œuvre mais la France, avec sa législation du travail hyper contraignante, ne comprend rien et aggrave les choses. Vous n'avez qu'à écrire "Cherche salarié motivé pour traire des vaches, soigner les animaux et aider aux travaux des champs, tout cela aux 35 h avec seulement un week-end d'astreinte sur trois", vous pourrez toujours courir, vous ne trouverez personne ! »

Voir la vidéo publiée sur Youtube : Les fermes laitières recrutent !

... Et surtout de pouvoir la payer !

Debout : « (...) Comment payer un salarié 2 000 € net par mois (peu sont payés au Smic) avec du lait à 300 € ? Même pour les grands élevages, ce n'est pas viable ! Et ceux qui réussissent à embaucher, parviendront-ils à transmettre l'élevage et la main-d'œuvre qui va avec ? Les jeunes ne sont pas fous. Ils ne prendront pas les mêmes risques que la génération précédente. »

Steph72 : « On ne demande jamais aux éleveurs combien ils se rémunèrent. Dans beaucoup d'exploitations, le salarié est mieux payé que le patron. »

À propos des difficultés liées à l'installation et à la transmission en élevage laitierMieux appréhender les freins pour proposer des solutions

Tintin : « Les salariés ne sont pas responsables du faible revenu des agriculteurs, il ne faut pas tout mélanger. Ce qui coûte cher, ce sont les charges sociales !! L'État touche 40 % du coût global entre les charges patronales et ce qu'il prend aux salariés. »

Patrice Brachet : « Dans tous les secteurs d'activité en France sauf en agriculture, quand une entreprise gagne de l'argent, elle embauche malgré les 35 heures. (...) Aujourd’hui, les vieux disparaissent ou fatiguent et les jeunes se retrouvent seuls sur la ferme. Ils n'ont plus de vie sociale et se dégoûtent d'un métier qu'ils ont choisi par passion. C'est déplorable ! La seule solution : payer le lait à sa juste valeur, c'est-à-dire entre 400 à 500 €/1 000 l. (...) L'intensification de la production laitière a ruiné les éleveurs. Il va falloir que ça change et bientôt (...) sinon demain, il n'y aura plus personne pour produire du lait dans notre pays ! »

Lire le Paroles de lecteurs : Qui veut encore s'installer en lait ?

Steph72 : « On a poussé les agriculteurs à faire toujours plus en les laissant espérer qu'ils allaient gagner plus alors que c'est l'inverse ! Ils sont surchargés de boulot, la tête dans le guidon, sans avoir de marge de manœuvre dans l'organisation du travail. Si le lait était correctement rémunéré, il y aurait plus de jeunes motivés par l'élevage et de plus petits troupeaux gérables par une seule personne. »

« Nous aimerions bien avoir un salarié... et un salaire ! »

Jonathan : « Une semaine pour un éleveur, c'est entre 70 et 100 heures de travail, 365 jours sur 365. Donc il y a un vrai besoin de main-d'oeuvre ! Sauf qu'on ne gagne rien, nos charges sont plus importantes que nos produits !! On vend en dessous de nos coûts de production !!! On vit avec des découverts énormes : 100 000 € de dettes fournisseurs et elles augmentent encore !!! On n'a pas le droit de facturer ce que l'on produit, c'est l'acheteur qui fait le prix !!!! Alors physiquement, il y a besoin de main-d'oeuvre mais économiquement... »

Tintin : « Complètement d'accord avec l'analyse de Jonathan. Je vais même plus loin : quand tu tournes à 70 ou 100 h/semaine pour ne rien gagner, tu en viens parfois à te suicider. L'accumulation de fatigue et le manque de perspectives poussent un certain nombre d'agriculteurs jusqu'à l'irrémédiable... (...) »

eo : « On est à moins de 200 €/mois pour faire vivre une famille. Avec des semaines de plus de 100 heures, nous aimerions bien avoir un salarié... et un salaire ! Mais le prix d’achat des matières premières agricoles et du gazole augmente sans cesse, celui d'un tracteur nous endette pour des années, alors que celui de nos produits reste bas. (...) En 10 ans, la viande par exemple n’a pas pris 1 centime. Il faut bien prendre la différence quelque part... On rogne sur nos vies, on mange grâce à l’aide alimentaire, on s’habille chez Emmaüs. Ainsi, on évite ainsi la saisie de la ferme. On ne vit plus, on survit juste. »

Changement : « Dans sa vidéo, Antoine (allias Agriskippy ; il y explique son organisation du travail, NDLR) nous démontre en fait la non-rentabilité de l'élevage en France. Et toute la problématique d'avoir de la main-d'œuvre compétente qui soit, chaque jour, à son poste. Antoine est, en ce moment, dans l'inconnu. Son employée est en arrêt, reprendra-t-elle ? Restera-t-il seul pendant cette période ? Pourrait-il la remplacer ? Ou préfère-t-il se dégager un peu plus de trésorerie ? Mais il s'aperçoit quand même que du travail en retard s'accumule. Or, il bosse déjà beaucoup. Il nous montre aussi les difficultés physiques de la traite, etc. Bien sûr, il gère, et garde le moral mais il ne faut pas qu'il tombe malade... (...) Car au bout de quelques semaines, je ne vous dis pas dans quel état est l'exploitation ! Tout cela doit faire réfléchir. Surtout comment va-t-on renouveler les élevages français, devenus non rentables et inhumains au niveau travail. (...) Qui le métier d'éleveur, le plus beau du monde comme certains le disent, peut-il attirer aujourd'hui ? Combien sont seuls, sans aucune vie privée mais avec de plus en plus de prestataires autour d'eux, qu'ils paient et qui ne font surtout pas leur travail. Et combien arrêtent ?! »

hub : « @Changement, pour votre info, il y a encore des éleveurs qui aiment ce qu'ils font, qui prennent le temps de vivre et qui vivent même très bien. Tout dépend où on place le curseur... »


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