Paroles de lecteursBroutards, taurillons, b½ufs : la production la plus intéressante ? Aucune !

| par | Terre-net Média

Les lecteurs de Web-agri ont vivement réagi à l'article publié il y a trois jours (36 commentaires), comparant la rentabilité des systèmes naisseurs de broutards, naisseurs-engraisseurs de taurillons et naisseurs-engraisseurs de b½ufs, notamment en vue de l'installation d'un jeune éleveur. Pour eux, il vaut mieux ne pas s'installer du tout en élevage bovin viande ! Aux producteurs en place, ils conseillent d'arrêter cette production pour ne faire que des cultures ou alors carrément de vendre leur exploitation et de changer de métier.

paroles de lecteurs web agri s installer en bovins viande « Je connais plusieurs jeunes, très motivés, qui ne peuvent pas s'installer, car le capital est trop élevé en allaitant par rapport à la rémunération et les annuités trop importantes comparé à l'EBE », raconte steph72. (©Terre-net Média)

Tintin : « Franchement, 65 000 € d'EBE pour 160 ha... Qui veut travailler tous les jours sans être sûr de vendre sa viande entre les accords transatlantiques et les anti-viande ? Il faudrait connaître le montant des remboursements mais on doit être au Smic grand max pour 70 h/semaine avec une maison sous hypothèque, la caution des parents et une future retraite à 600 €/mois ! Il faut arrêter d'envoyer les jeunes au casse-pipe !!! Tant pis pour les banques et les coops... (...) »

Poulidor : « (...) Ben voyons, allez les jeunes, faut vous lancer et produire de la viande pour alimenter la filière ! Vous la vendrez moins cher que vos parents, mais ce n'est pas grave !! »

« Faut arrêter d'envoyer les jeunes au casse-pipe ! »

steph72 : « La réalité dont ne parle pas l'étude : les banques sont frileuses et ne veulent pas financer un jeune qui se lance en bovins allaitants. J'en connais plusieurs, très motivés, qui ne peuvent pas s'installer, car le capital est trop élevé par rapport à la rémunération et les annuités trop importantes comparé à l'EBE. Et il manque au moins 1 € par réforme pour assurer un revenu décent. Il est facile de dire que les éleveurs sont suréquipés car, souvent, ils manquent de main-d'œuvre. Pourquoi ne pas parler plutôt du matériel, des aliments, frais véto, services, assurances, etc., dont le prix ne cesse d'augmenter, de façon pas toujours justifiée ? Facile aussi de dire qu'il y a trop d'aides parce que si on les enlève, les éleveurs n'ont plus de revenu. Cette analyse ne mesure pas non plus l'impact de l'accord avec le Mercosur sur les cours de la viande, ni celui des incertitudes sur le maintien des aides aux vaches allaitantes dans le cadre de la réforme de la Pac pour 2022. Par ailleurs, on parle d'EBE mais jamais de disponible pour vivre après paiement des annuités comme si, pour les jeunes, la rémunération passait au second plan. La filière viande bovine est mal partie, elle ne voit pas la décapitalisation en masse des cheptels à cause de la baisse des prix et de la sécheresse. De plus, si on veut installer des jeunes, il faut déjà que les prix soient rémunérateurs... »

Lire aussi le Paroles de lecteurs : Qui veut encore s'installer en lait ?

cow boy : « Oui, le capital repris est trop élevé par rapport à la rémunération. Mais ce sont les cédants qui ont fait le choix de construire tant de bâtiments inutiles. Ce sont eux aussi qui ont agrandi leur maison pour pouvoir la vendre plus cher. En retirant les stabulations et hangars et en divisant par deux la surface habitable, on obtient des fermes allaitantes rentables grâce à des investissements raisonnables. Les éleveurs charolais ont choisi une race qui doit être surveillée comme le lait sur le feu au moment du vêlage. D'où des besoins supérieurs en main-d'œuvre et bâtiments. »

Pourquoi ça marche en Italie ?

cow boy : « Pourtant en Italie, ils en vivent de l'engraissement de taurillons ! Pourquoi cela ne marcherait pas en France ? Heureusement pour les naisseurs français, les Italiens sont moins frileux... »

44 : « Les Italiens vendent 0,8 € de plus au kilo et perçoivent une prime jeunes bovins de 80 €/tête pour des bêtes engraissées pendant six mois. Afin de cumuler deux aides par place et par an, ils achètent des animaux lourds et limitent les poids de carcasse. Le fait que cette prime soit en passe d'être supprimée va sûrement changer la donne sur le prix des broutards. »

Et en Nouvelle-Zélande ?

cow boy : « (...) La Nouvelle-Zélande produit de la viande compétitive alors que les producteurs ne touchent aucune prime. Ce sont d'ailleurs les seuls au monde à ne pas avoir d'aides publiques en agriculture. Seulement, ils ne dépensent pas des fortunes en bâtiments, les bêtes restent dehors. »

Steph72 : « Les Néo-zélandais n'ont pas de bâtiment en effet mais l'environnement et le bien-être animal sont secondaires. »

Sur la Nouvelle-Zélande également :
Une filière laitière aussi puissante que fragile

Maxou : « J'y suis allé en Nouvelle-Zélande ! Les éleveurs produisent de la viande pas cher, certes, mais avec du glypho et 300 unités d'azote sur les prairies ! Je l'ai vu quand j'ai travaillé là-bas. Le secteur laitier, lui, est endetté à hauteur de 65 milliards, la moitié de la dette nationale !! Manger de la viande d'Angus, qui a brouté de l'herbe grillée au glypho, très peu pour moi !!! En revenant, je me suis installé en vaches allaitantes bio avec 140 vêlages et un salarié ! Et en système broutards parce que je suis incapable de rembourser les dépenses qu'engendre la production de taurillons et parce que faire du bœuf immobilise de l'argent trop longtemps. L'article parle d'EBE mais jamais des rapports annuités/EBE et résultat courant/EBE. Je pense que les choses seraient tout autre... »

S'ensuit alors un long débat sur la gestion de l'environnement en Nouvelle-Zélande non repris ici.

Le poids des sécheresses en France...

val 55 : En Lorraine ou Bourgogne, avec les sécheresses récurrentes et l'important manque de fourrage, ce n'est pas la même chose que dans les Hauts-de-France. Par ailleurs, je ne suis pas sûr qu'alimenter des vaches allaitantes à l'ensilage de maïs soit ce qu'il y a de plus économique. Je suis bien d'accord avec les commentaires ci-dessus, la filière veut des producteurs de taurillons, qu'importe ce qu'ils gagnent ! Quand j'étais en BTS, il y a un peu moins de 10 ans, nous avions visité des fermes, calculé des marges qui devenaient déjà très vite négatives quand le prix variait un peu. Beaucoup d'ateliers de taurillons couvraient tout juste leurs charges. (...) »

À propos de la sécheresse et de la canicule 2019 :
Un impact sur les marchés lait et viande bovine, en France et ailleurs 

Steph72 : « L'installation en bassin allaitant... Effectivement, vu les années sèches à répétition qui plombent la trésorerie, les cours qui baissent, le Ceta, il y en aura beaucoup moins ! »

La solution : « que des cultures » ou « vendre sa ferme »

Nanard 56 : « Dans les deux premiers scénarios, faire des cultures apportent davantage de marge brute que d'élever des animaux, alors autant ne faire que des productions végétales, c'est beaucoup moins chronophage et beaucoup plus rentable !!! »

Tintin : « En passant toute la ferme en cultures, je ne pense pas que tu seras plus riche mais au moins, tu auras plus de temps libre. Sinon, tu réduis tes surfaces et tu fais de la vente directe, histoire de capter la valeur ajoutée et de travailler jour et nuit. Sinon, tu peux toujours te lancer dans le maraîchage bio et faire les marchés, c'est tendance, tu ne gagneras presque rien en bossant beaucoup mais ça plaît aux bobos. Le mieux est peut-être de vendre ta ferme et de te faire embaucher aux espaces verts de ta commune. Tu auras un salaire, une retraite, cinq semaines de vacances, le droit d'être malade en travaillant 35 h/semaine grand max ! Ça te laissera le temps d'aller moissonner chez un voisin, histoire de rester les pieds sur terre... »

cow boy : « Je crois, au contraire, que la diversification est une bonne solution. En tout cas, il existe des pistes pour s'en sortir mais certains préfèrent posséder 500 hectares et beaucoup de matos. Ils se sentent plus valorisés ainsi. C'est leur choix. »

Alors, rentable ou pas rentable ?

steph72 : « @cow boy, quel métier exerces-tu ? (...) La production allaitante est rentable ?! Il suffit de voir les résultats économiques de l'an dernier : si tu trouves rentable de dégager un revenu de 10 000 € alors on doit pas avoir la même notion de la rentabilité... »

cow boy : (...) Des exploitations allaitantes rentables, oui il y en a. Les résultats économiques je les ai vus, dans des exploitations avec de vrais chiffres. Certes, beaucoup sont en système plein air »

steph72 : « Tu n'as pas répondu, t'es éleveur ? Je crois plutôt que tu es conseiller. Ces derniers passent leur temps à dire que si les éleveurs n'y arrivent pas, c'est qu'ils ont trop investi. Le plein air, parlons-en, les vaches gaspillent le foin, abîment les parcelles...
Les vaches allaitantes ne sont pas rentables : si on enlève les aides, il ne reste plus grand-chose de la marge/ha. »

cow boy : « Je ne dis pas que cette production est très rentable mais qu'on peut en vivre décemment. »

Sur Facebook aussi, les commentaires (25 au total) n'encouragent pas à s'installer en bovins viande :

post facebook s installer en bovins viande (©Page Facebook de Web-agri) 


Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

A lire également

   Rechercher plus d'article

DÉJÀ 1 RÉACTION


stsn
Il y a 25 jours
Y a pas de remuration en viande alors qu'il y a des pays qui en importe un jour les abattoirs seront vidé on vendra ailleurs plus de contrat de trois ans qui ne tient pas des hausses des charges avec les coop pourrais tous vendre à l'etranger et Bigard et les autres chercherons les animaux ainsi que la distribution. Vous mangerai plus les produits du coin.
Répondre