Paroles de lecteursLes élevages bas carbone sont-ils forcément herbagers ?

| par | Terre-net Média

Les élevages doivent-ils nécessairement passer en système tout herbe pour réduire leur empreinte environnementale ? En discutant entre eux sous l'article consacré à la ferme laitière bas carbone de Jean-Marc Burette, paru il y a quelques semaines sur Web-agri, les éleveurs semblent conclure que non. Et si « les modèles intensifs voulaient s'offrir une com' » pour redorer leur image, craignent certains lecteurs ?

paroles de lecteurs fermes laitieres bas carbone « Le bas carbone, c'est aussi une autre façon de travailler et de nourrir ses animaux », constate Patrice Brachet. (©Terre-net Média) 

Titian : « Ça lui rapporte quoi la réduction de l'empreinte carbone à Monsieur Burette ? » 

À qui profite la réduction de l'empreinte carbone ?

Vik : « Les laiteries vont encore faire du business en vendant aux consommateurs du "lait bas carbone". »

Le bilan carbone Cap2'air est « incomplet » et « pas adapté partout »

Titian : « J'ai moi-même réalisé un bilan carbone Cap2'air, un outil incomplet mis en place par la profession qui n'apporte pas de réelles solutions aux attaques incessantes contre l'élevage. Il ne prend pas en compte la séquestration du carbone obtenue avec le semis direct sous couvert et les haies. »

Patrice Brachet : « Je m'explique et m'excuse par avance auprès de mes collègues bretons : cet outil du Cniel n'est pas adapté au sud de la France. En Bretagne, l'herbe pousse toute l'année en général, chez nous, à partir de mai, c'est fini. C'est pourquoi nous avons cette panoplie d'aliment de remplacement : maïs, luzerne, méteil et autre dérobée. »

Une remarque de bon sens  : « ne pas trop parler d'amélioration de revenu »

Patrice Brachet : « L'expérience m'a appris à ne pas trop parler d'amélioration des revenus agricoles. Cela pourrait inciter nos acheteurs à continuer de mal nous payer. En matière de santé animale ou de qualité de ration par ailleurs, tout le monde découvre les bienfaits de la féverole. Attention cependant : cette culture ne pousse pas partout et est sensible aux maladies. »

Le "bas carbone" est-il l'apanage des systèmes herbagers ? 

Patrice Brachet : « J'ai relu et relu le reportage et un passage m'a interpellé : "je ne peux rien faire concernant les fermentations entériques". Selon moi, il y a une solution : diminuer le maïs ensilage dans la ration !! Je suis à 13,6 g de méthane émis par litre de lait et jusqu’à 14 g, on est dans les clous. »

MDR : « OK Patrice, mais il serait intéressant de connaître les émissions et les séquestrations totales de ton système. Tu émets ou tu recycles ? »

Patrice Brachet : « MDR, les dernières analyses sur les cultures datent de 2017 : 2,6 t de carbone stockées par hectare. Pour info, on fait appel à trois organismes utilisant des méthodes différentes. Tous les résultats se recoupent. »

MDR : « Ah ouais ! Donc tes 150 vaches laitières en zéro pâturage stockent plus de carbone qu'elles n'en émettent ? J'aurais pas cru !! »

Selon un sondage en ligne sur Web-agri : 83,7 % des éleveurs laitiers font pâturer leurs vaches

« Si ça se trouve, même la ferme des 1 000 vaches s'y est mise... »

Steph72 : « Maintenant les modèles intensifs s'offrent une com' sur le bas carbone. Un hectare de maïs ensilage produit davantage qu'un hectare d'herbe mais il faut apporter du colza en plus et travailler le sol. En outre, cette plante est gourmande en carburant et en intrants, et séquestre beaucoup moins de CO2 qu'une prairie. »

MDR : « Si ça se trouve, même la ferme des 1 000 vaches est bas carbone !! Effectivement, ça sent un peu la com' tout ca ! »

Voir aussi le Paroles de lecteurs à propos de la ferme des 1 000 vaches : Les animaux sont-ils heureux dans la ferme des 1 000 vaches ? 

Patrice Brachet : « MDR, tu es comme moi, tu aimes lancer des polémiques. Dans le cas présent toutefois, il s'agit d'une autre façon de travailler et de nourrir ses animaux. Rassure-toi, 95 % des systèmes tout herbe sont bas carbone ! À condition, évidemment, de bien gérer l'alimentation complémentaire et le travail du sol. Là où ça pèche, c'est quand on prend la charrue, le décompacteur, le déchaumeur et la rotative, en combinaison ou en solo, qu'on laisse les sols nus après récolte et qu'on alimente avec beaucoup de soja et de maïs ensilage. »

moins de gaz à effet de serre, le seul avantage ?

Oups : « Ça sert à quoi de diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES) vu le nombre croissant d'avions qui décollent pour pas cher, de fusées qui emmènent des satellites et toutes les autres pollutions diverses... Arrêtons un peu ! »

Marius : « Bah oui, c'est toujours la faute des agriculteurs. Nous produisons des gaz à effet de serre et déversons des produits pas très sympas. Beaucoup de gens feraient mieux de balayer devant leur porte de temps en temps !! »

Patrice Brachet : « D'accord avec toi, Oups. Grâce au bas carbone néanmoins, les animaux sont en meilleure santé et les sols résistent mieux à la sécheresse. Cessons de jouer aux petits écoliers : "Eh monsieur, vous m'avez puni mais mon copain a fait une plus grosse bêtise que moi".  »

Titian : « Attention Patrice, le niveau de productivité et de longévité des vaches a une incidence sur le nombre de rumens nécessaires pour atteindre les objectifs de production laitière, d'où un phénomène de dilution des GES au litre de lait. »

Du bas carbone à un débat sur le labour/non-labour  

3r3e : « Que faire de plus quand les mesures prises pour réduire les GES l'ont été depuis longtemps ? J'ai essayé de supprimer le labour mais pas longtemps car je ne savais pas si j'allais pouvoir donner à manger toute l'année à mes vaches. Sur mon exploitation, ne plus labourer revient à diminuer l'indépendance fourragère du troupeau ! Or ce n'est pas le but recherché !!! Ce qui n'empêche pas malgré tout de se pencher sur la vie du sol et l'alimentation des animaux. »

Steph72 : « Tant mieux si tu peux labourer. Chez nous, les pointes de charrue sont à changer après une quinzaine d'hectares et le labour fait remonter les cailloux. »

Patrice Brachet : « Je comprends tous les collègues qui ne peuvent pas se passer du labour : s'orienter vers le semis simplifié, voire direct, demande du temps et ne se fait jamais sur un coup de tête, sinon les résultats ne sont pas terribles ! C'est pour cela que beaucoup d'agriculteurs ont peur de franchir le pas : pour démarrer, il faut déjà un bon précédent, pas trop de vivaces et ne pas travailler, ni récolter, dans un sol trop humide. Par la suite, la portance de vos parcelles s'améliorera. »

Agregat : « Vous avez raison 3r3e, nous avons abandonné la charrue par mode. Or, ce matériel a encore sa place. L'erreur surtout est d'avoir remplacé des tracteurs de 70 ch par des modèles de 150 ch et des charrues de 18-20 cm de large par des outils de 30 cm. Ce changement à 180° n'a pas enrichi les paysans et si Jean-Marc a réussi, c'est que les autres ont été mal orientés par trop de techniciens et de conseils qui se contredisent. Lesquels faut-il croire ? Pour le savoir, il faudrait peut-être s'arrêter dans cette course folle au pognon pour réfléchir, d'autant qu'elle ne nous en a jamais véritablement fait gagner. »

Au sujet de l'impact du labour sur le stockage du carbone, retrouvez : Agriculture de conservation − [Étude] Pas d'effet du travail réduit du sol sur le stockage du carbone

3r3e : « Certes, chez moi, on peut labourer facilement : bonne profondeur de sol et pas de caillou. Je l'ai dit, j'ai essayé d'abandonner la charrue, sans succès. Aujourd'hui, je laboure à nouveau et je sème des intercultures entre le blé et le maïs, soit des mélanges de dérobées-fourrages, soit des couverts à destination de la faune du sol. Je teste différentes compositions. Quand j'aurai fini mes essais, je déciderai peut-être de ne plus labourer. Mais ce n'est pas pour demain. Selon moi, l'arrêt du labour ne doit en aucun cas être un préalable à la réflexion. (...) Petite remarque quand même : si la charrue est si néfaste, pourquoi nos prédécesseurs l'ont-ils gardé aussi longtemps ? »

Patrice Brachet : « À 3r3e : vous savez, je suis un passionné et surtout pas un expert. Si vous le permettez, j'aimerais vous donner deux ou trois conseils qui valent ce qu'ils valent. Essayez de récupérer du bois plaquette ou mieux des vieux débris végétaux, épandez-en 20 t/ha pour aérer le sol, semez ensuite un méteil composé de 60 kg d'avoine, 25 kg de pois, 15 kg de vesce, 5 kg de trèfle squarosum et 2 kg de trèfle Michelli. Récoltez, déchaumez à 15 cm avec un outil à dents et préparez votre lit de semence normalement. Faites toutes ces opérations plusieurs années. Commencez par une partie de vos champs seulement et comparez les résultats. Ainsi, vos pratiques évolueront progressivement. »

3r3e : « Merci monsieur Brachet pour vos conseils. Le mélange que je pratique en couverts végétaux est le suivant : avoine noire, pois protéagineux, trèfles divers et variés. La proportion de chaque composant n'est pas figée. Une année comme celle-ci, en raison de la sécheresse, je n'ai semé que fin septembre ! À cette période, inutile de mettre des trèfles : il est trop tard, la photopériode ne leur permet pas de faire suffisamment de végétation pour passer l'hiver. (...) »


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