Initiative, partage d'expérienceMenues pailles : « Un produit de mon exploitation à part entière »

| par | Terre-net Média

Éleveur de volailles dans les Ardennes, Boris Dupuit récupère 350 t de menues pailles par an. Il fut l'un des premiers à adopter cette pratique, d'abord pour limiter la pression des adventices. Au-delà de l'intérêt agronomique, la valorisation des menues pailles en litières est source de réels bénéfices. Un article extrait de Terre-net Magazine n°5.



En 2010, 28 récupérateurs, fixés au châssis des moissonneuses-batteuses,
ont tourné pendant la moisson. Gérée comme la paille, la menue paille
est pressée ou récupérée en vrac. (© Ets Thiérart)

Boris Dupuit, éleveur de volailles de chair au Châtelet-sur-Retourne dans les Ardennes, sur une exploitation de 130 ha, fait partie des premiers testeurs du récupérateur de menues pailles. « Quand je l’ai installé sur ma moissonneuse-batteuse en 2006, c’était pour faire du désherbage mécanique », précise-t-il. En effet, récupérer les menues pailles permet d’exporter les graines d’adventices hors de la parcelle. « J’ai par la même occasion modifié ma rotation en y intégrant deux cultures de printemps. »
Après quatre ans d’utilisation, l’éleveur se dit pleinement satisfait. « J’ai supprimé le glyphosate de mon programme herbicide et diminué d’un tiers le volume de produits utilisés. » Des pratiques gagnantes, qui lui ont permis de venir à bout de la folle avoine et de passer en semis direct.

Moins d’adventices et d’intrants

Camille Rio, de la ferme de Grignon, confirme que cette technique aide à réduire les apports d’intrants : « En 2007, nous avons testé l’impact de l’emploi d’un caisson de récupération sur les graines de ray-grass. Résultat : un stock de semences d’adventices divisé par deux pour la culture suivante. » Avantage collatéral : « les parcelles nettoyées attirent moins les limaces et les sitones », ajoute Boris Dupuit.

Concernant les matières organiques et minérales contenues dans les résidus de récolte, l’éleveur conseille de laisser parfois les pailles sur la parcelle et de récolter systématiquement les menues pailles, deux fois moins riches. En cas d’utilisation en élevage, les éléments retournent au sol via l’épandage des effluents.


Les poulets retournent eux-mêmes
la litière de menues pailles. (© DR)

Boris Dupuit récolte environ 1,5 t/ha de menues pailles en orge et colza et 2,3 t/ha en blé. Dès la première année, il a utilisé ses menues pailles de blé pour la litière de ses poulets (neuf poulaillers d’une surface totale de 8.900 m²). Aujourd’hui, 5 t de menues pailles par bâtiment, à raison de cinquante lots de volailles par an, remplacent la sciure de bois et la paille broyée. « A ma grande surprise, les poulets ont commencé à retourner eux-mêmes la litière pour aller chercher les graines enfouies. Depuis quatre ans, j’économise ainsi une journée de travail par semaine. »

L’éleveur récupère la menue paille de quatre exploitations, dont celles de deux voisins auxquels il l’achète 20 €/t, l’équivalent du prix de la paille en andain. « La collecte des menues pailles représente un vrai chantier, demande de l’organisation et un certain investissement ». Boris Dupuit vend 2.000 t de fumier par an, qui peuvent être épandues sans aucune inquiétude. En effet, « la température dans le bâtiment et l’acidité des fientes purgent les menues pailles de toutes les graines d’adventices ».

Rentabilisé en une année

« Je considère la menue paille comme un produit de mon exploitation à part entière, conclut l’éleveur. J’évalue l’ensemble des bénéfices entre 45.000 et 50.000 €/an : revente du volume de menues pailles restant, économies réalisées sur le paillage des poulaillers et les intrants. Le récupérateur est rentabilisé en une année. »

Grégory Sciaccaluga, des établissements Thiérart, admet que l’intérêt agronomique ne justifie pas, à lui seul, l’investissement dans un récupérateur, qui s’élève à 30.000 €. « Il doit y avoir derrière une valorisation des menues pailles, en litière ou pour nourrir les bovins par exemple, souligne-t-il. A l’avenir, d’autres débouchés se profilent comme l’alimentation des chaudières en cogénération et des méthaniseurs. »

Cet article est extrait de Terre-net Magazine n°5. Si vous ne l'avez pas reçu chez vous, retrouvez Terre-net Magazine en ligne en cliquant ICI.


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