[Témoignage] Première moissonMaxime Thorey : « L'aboutissement d'une année culturale compliquée »

| par | Terre-net Média

La moisson 2020 est la deuxième que Maxime Thorey réalise depuis qu'il s'est installé près de Chaource dans l'Aube le 1er janvier 2019, mais bien la première pour laquelle il a effectué « toutes les étapes de A à Z », des semis à la récolte. Et pour cette première campagne en tant que chef d'exploitation, la météo ne lui a pas facilité les choses...

premiere moisson de maxime thorey aubeÀ cause de la pluie incessante à l'automne, Maxime Thorey n'a pu semer que 30 ha de blé d'hiver sur les 50 prévus. (©Maxime Thorey) 

« Ça a mal commencé dès l'automne, on venait de sortir d'une longue période de sécheresse, plutôt rare dans le secteur, et il s'est mis à pleuvoir quasi sans discontinuer d'où de gros soucis pour les semis. Déjà en bio, on a tendance à semer plus tard pour éviter d'être submergé par les mauvaises herbes. J'avais prévu 50 ha de blé d'hiver dans l'assolement et au final, je n'en ai implanté que 30 », raconte le jeune agriculteur. Et au printemps, les conditions météo ne se sont pas améliorées au contraire... « Les champs étaient sales et il continuait de pleuvoir. Difficile donc d'intervenir », poursuit-il.

L'exploitation en quelques chiffres
  • En agriculture biologique depuis 52 ans
  • SAU : 320 ha.
  • Assolement 2019/2020 :
    - 30 ha de blé d'hiver associé à de la féverole,
    - 10 ha de blé de printemps,
    - 20 ha de tournesol,
    - 20 ha d'un mélange triticale/pois,
    - 80 ha de prairies permanentes et 160 ha de temporaires.
  • Cultures de vente : blé et tournesol. Le reste sert à nourrir le cheptel.
  • 120 vaches laitières, une vingtaine d'allaitantes et un atelier d'engraissement de porcs. Une partie de la production de viande est transformée à la ferme et vendue en direct.

Semis difficiles à l'automne comme au printemps

En plus, sur les surfaces où il n'avait pas pu semer de blé d'hiver, Maxime Thorey avait décidé de le remplacer par des variétés de printemps à implanter entre mi-février et mi-mars. « Or, jusqu'au 15 mars, les semis étaient impossibles ! » Le jeune producteur, installé depuis le 1er janvier 2019 près de Chaource dans l'Aube, n'était pas encore au bout de ses peines. À partir de mi-mars et jusqu'au 1er mai, l'excès de précipitations a laissé la place à un manque d'eau et à des chaleurs précoces tout aussi néfastes aux cultures. 

Des levées hétérogènes et des plantes fébriles.

« On a semé le blé de printemps et le tournesol dans le sec, d'où des levées hétérogènes et des plantes assez fébriles dans les premières semaines », explique-t-il. Heureusement, ce déficit hydrique a eu malgré tout un avantage, celui de faciliter le désherbage mécanique des cultures d'hiver qui, « finalement, se sont révélées plutôt belles ». « En sortie d'hiver, on s'est dit que la récolte 2020 allait être très moyenne vu le salissement des parcelles mais au printemps, nous avons réussi à bien les nettoyer. »

melange triticale pois Au départ, « seul le mélange triticale/pois n'était pas terrible » mais finalement, il a rendu 35 q/ha.(©Maxime Thorey) 

Mais « la casse devrait être limitée » à la moisson

Et au 1er mai, rebelote : la pluie était de retour. Cependant, elle a permis de « rebooster un peu les cultures de printemps et a fait du bien à celles d'hiver, en pleine montaison ». Ainsi, au 20 juillet, les tournesols étaient « magnifiques », se réjouissait le jeune homme. Quant au blé de printemps − il n'y en avait pas eu sur la ferme depuis 20 à 30 ans −, il est aussi « plutôt satisfait » même s'il « privilégie les variétés d'hiver ». Alors malgré une première campagne compliquée comme beaucoup d'autres agriculteurs, mais sans doute davantage quand même pour un jeune qui démarre, la moisson s'annonçait plutôt bien à quelques jours de la débuter.

Voir également l'info marché de ce jour : Dernière ligne droite pour la récolte de blé en France

« La casse sera largement limitée », estime Maxime. « Seul le mélange triticale/pois n'est pas terrible, c'est le seul petit bémol pour l'instant. Quand on a vu les premiers rendements tomber, on s'est dit qu'on avait de la chance. » Le jeune exploitant précise qu'il pense moissonner vers d'ici 3-4 jours (vers le 24-25 juillet, NDLR) puisqu'il ne cultive pas d'escourgeon et que les blés d'hiver comme de printemps ont été semés tardivement.

Vu les premiers rendements en conventionnel, on s'est dit qu'on avait de la chance !

Verdict : 30 q en blé d'hiver et 35 q en triticale/pois

Le Gaec - Maxime est associé avec son frère et la compagne de celui-ci, qui s'est installée également le 1er janvier 2019. Deux entrées dans la société qui font suite au départ en retraite du père et de l'oncle du jeune homme, le 31 décembre 2018 - a revendu la moissonneuse et a décidé de faire appel à l'entreprise, qui ne met que deux jours à tout récolter. « L'un des projets au moment de nos deux installations était d'augmenter l'effectif de vaches laitières et de diminuer un peu la surface de cultures. » Alors pour une vingtaine d'hectares de triticale/pois et une trentaine de blé, avoir sa propre machine s'avère trop coûteux. Si la superficie cultivée venait à s'accroître à nouveau, le jeune agriculteur n'exclut pas cependant de réinvestir dans une batteuse.

Même en ayant toujours eu un pied dans la ferme, je n'avais jamais été 100  % acteur de la production.

Le 26 juillet comme prévu, le verdict arrive : 30 q/ha en blé d'hiver et 35 q/ha en triticale pois, un peu décevant pour le premier résultat mais mieux qu'espéré pour le second. « Le blé d'hiver a sans doute souffert de la sécheresse en mars/avril et le mélange a bénéficié de l'effet "association", au rendez-vous tous les ans y compris en conditions difficiles », conclut Maxime. Pour le jeune producteur, pourtant issu d'une famille d'agriculteurs et ingénieur agricole de formation, cette première année culturale n'a ainsi pas été de tout repos. « Même si j'ai toujours eu un pied dans la ferme, je n'ai jamais été 100 % acteur de la production. Là, j'ai dû prendre toute les décisions avec mes deux associés. » 

Semer un peu plus tôt à l'avenir ?

Écouter le témoignage audio de Maxime Thorey sur sa première moisson dans le prochain "Quart d'heure agricole", le podcast de Terre-net et Web-agri, qui sortira mi-août.

Découvrez ou redécouvrez le second épisode
>> Moisson, marchés, météo... : « l'été sera chaud » ?


Vous pouvez aussi l'écouter sur votre plateforme préférée :  Deezer, Spotify, Youtube, Apple Podcasts, Google Podcasts, Castbox, Podcast Addict, Overcast, etc.

Avec un peu de recul, le jeune exploitant pense qu'il aurait dû « semer un peu plus tôt les cultures d'hiver pour éviter d'être pris par la pluie mais c'est compliqué de savoir à l'avance qu'à partir d'un certain jour, on ne pourra plus rentrer dans les champs ». Il se fixait l'objectif de semer au 15 novembre, pourquoi pas essayer à l'avenir de commencer avant ? D'autant que Maxime préfère miser sur le blé d'hiver que de printemps, dont le potentiel semble plus aléatoire avec les printemps de plus en plus chaud et sec. 

Retour sur le parcours à l'installation de Maxime Thorey : « Réfléchir à sa vision de l'agriculture »

Si le jeune producteur déplore la longueur du parcours à l'installation et insiste sur la nécessité de se faire accompagner par les organismes compétents (chambre d'agriculture, centre comptable...), il conseille surtout aux futurs installés « de réfléchir à leur vision de l'agriculture et de voir s'ils sont satisfaits de leur modèle, à la fois d'un point de vue technique, économique et en termes de durabilité ». C'est essentiel, selon lui, car « on est sur un marché mondial complètement ouvert, où l'on dépend des grands pays producteurs et où les prix ne sont plus là. Et avec le changement climatique, les rendements ne le sont pas toujours non plus. »


Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

A lire également

   Rechercher plus d'article

DÉJÀ 32 RÉACTIONS


titian
Il y a 19 heures
L'ammonitre avec l'actualité n'est pas vraiment sexy.
Urée par exemple plus proche d'un engrais "naturel", et en SD avec juste un peu de glyphosate.
Ah merde c'est ce que je fais...
Pas bien !
Plus largement on devrait tous plus se respecter, on sait tous que rien n'est parfait et la confrontation des idées fait progresser.
Par contre je vois mal le label et business AB justifier une telle évolution.
Il y a juste une poignée de collègues avec des intérêts externes pour défendre une boutique ( toutes ) en crachant allègrement sur le pecno qui pense et fait différent.
Répondre
Cabeillade
Il y a 19 heures
D'accord avec vous qu'il faut arrêter d'opposer les différents systèmes. Il y a de quoi s'inspirer chez tout le monde. Le système que vous décrivez, c'est un peu ce qu'on faisait chez nous avant de passer en bio (demi dose d'azote, pas de fongi, pas d'insecticide) mais franchement autant faire tout l'un ou tout l'autre. Le problème d'amener un peu d'ammo-nitrate en bio, ça va être la gestion de l'enherbement - tous les nitrophiles vont être au garde à vous ! nitrates et herbicides, ça va ensemble... De mon point de vue, il vaut mieux chercher à amener l'azote sous d'autres formes en bio, si on veut avoir une chance de récolter autre chose que des adventices.
Répondre
steph18
Il y a 21 heures
Pourquoi tout le temps opposer bio et non bio...étant un "conventionnel" ....ce mot m'agace, je suis agriculteur avant tout, je me dis qu'il ne serait peut être pas mal d'autoriser les bios à un peu de ferti (genre 50 u D'ammo, pour la qualité et un peu de rendement) et un demi fongicide le moins polluant , et je pense que je changerai radicalement mon système...Car mettre 160 U d'azote ne sert plus à rien si les pucerons et le climat massacre tout....
Répondre
Max
Il y a 1 heure
Tu pretends ne travailler avec aucune multinationale ? Et donc ton engrais et tes phytos tu les achetés à qui ?
Heureusement que le ridicule ne tue pas... À ce que je vois les neonicotinoides n'affectent pas seulement le cerveau des abeilles mais aussi celui de certains utilisateurs..

Vision utopique non, juste qu'on vous a bourre le crâne pour toujours produire de plus, ils vous ont bourré le crâne pour toujours faire plus de profit sur le dos des paysans. En faisant croire que le bio était obsolète et que cette agriculture était incapable de nourrir la France et le monde. Alors que si, biensur. N'importe quel grand agronome libre d'expression te le dira. Le calcul n'est pas si compliqué à faire. Juste une politique audacieuse de la part de nos dirigeants.

C'est bien l'agriculture conventionnelle qui n'a aucun avenir, car les sols sont morts.
Répondre
Agri pas bio
Il y a 3 jours
Max il n'y a aucune calomnie sans ce que j'écris ! Question des faits réels et des exemples concrets. Contrairement à toi qui parle de généralité et de vision utopique. Tu me reproches de n'avoir aucun argument et de ne pas vouloir discuter avec mes voisins mais C'EST TOI qui avoue ne pas lire ce que j'écris et qui me dénigre gratuitement ! Sacré argumentaire ! Sacrée ouverture d'esprit ! Tu m'accuses d engraisser les multinationales mais je ne bosse avec AUCUNE multinationale ! Mon blé va chez des négociants privés qui en font de l'alimentation animale revendue localement. Idem pour mes pommes de terre qui sont revendues en France. Mes betteraves vont en coopérative française et mes
légumes également. Donc aucune multinationale à l'horizon. D'ailleurs elles sont plus intéressées par votre production biologique qui esr a la mide que par mes produits !
Répondre
titian
Il y a 3 jours
Oueh bof, il y aussi des "filièristes" en agriculture biologique, ils reproduisent exactement les mêmes erreurs.
En plus dénigrer trop facilement leurs collègues conventionnels pour encore développer "la Bio" qui au final ne les irriguera pas du tout.
Répondre
nomis
Il y a 3 jours
Ne t'inquiète pas max la roue tourne, de plus en plus de fermes performantes vont vers un modèle identique au tiens, ceux qui ne veulent accompagner ce changement n'ont pas d'avenir. Mais pour ça il faut vraiment réussir à maintenir de l'élevage extensif dans les fermes. Il faut construire des modèles bio résilients. Et c'est pas avec la FNSEA qu'on va réussir, ce ne sont que les fossoyeurs de l'agriculture.
Répondre
Max
Il y a 3 jours
Agripasbio, j'ai même pas pris le temps de lire ton torchon jusqu'au bout, il est basé sur la calomnie, en général, en blé la production bio est de moitié, encore une fois cette règle est respectée. Tu dois être tellement fermé d'esprit que tu dois pas prendre le temps de discuter avec tes voisins Bio dommage...
Tu ramènes ta science sans aucune argumentation, c'est pas dur de convaincre la population que le bio est plus vertueux avec des argumentaires comme les tiens 😅? continue mon ami! Ta connerie fait le bonheur des bios !
Tu parles des multinationales, mais c'est toi qui les engraisse mon cochon, et c'est pourçça que chaque anéée tu chiales parce qu'il n'y a pas de prix. T'es en plein dans le sysèème, dans un sysèème mondialiéé, alors de quoi te plains tu ? C'est toi qui l'a voulu.


Pipo, le co2 est un enjeux global, tout le monde doit faire un effort. C'est pas parce que le voisin est con qu'on doit lêêtre autant. Un peu d'altruisme dans ce monde de brute

Pour le éébat sur la viande,un sysèème polycultureéélevage est extra agronomiquement parlant. Mais faire deséélevages intensifs hors sol n'a aucun sens, etçça fait de la bouffe de merde.
Répondre
aie
Il y a 3 jours
çà fait 100qx mais avec un avenir sombre vue comment çà se débat!,la peur de la chimie abusive sur la santé y est sans doute pour quelques choses,et oui de plus en plus comme toi serre les fesses d'etre trop souvent à pulvériser...,faire 100qx et finir plus vite au fond du troue,et bien bonne chance mon pauvre gars
Répondre
titian
Il y a 3 jours
Tiens Mr🐝? éépondàà agripasbio,çça faisait longtemps !
Bon agripasbio, cadeau une viééoàà voir d'urgence : https://youtu.be/XYlG8_MvHh4 , une approche qui est valable pour beaucoup de moralisateurs,éécolos compris ! <br/
Répondre