ItalieLes éleveurs vent debout contre l'accord UE-Mercosur

| par Florian Cazeres | Terre-net Média

En Italie, comme en France, les éleveurs bovins se mobilisent contre le projet d'accord négocié entre l'Union Européenne et le Mercosur, notamment dans le nord, où l'activité d'engraissement des bovins est centrale.

Notamment à cause du prix très élevé des terres, les coûts de production sont très élevés pour les engraisseurs de bovins d'Italie du Nord. Ils craignent tout autant que les éleveurs français les conséquences d'un accord entre l'UE et les pays du Mercosur.Notamment à cause du prix très élevé des terres, les coûts de production sont très importants pour les engraisseurs de bovins d'Italie du Nord. Ils craignent tout autant que les éleveurs français les conséquences d'un accord entre l'UE et les pays du Mercosur. (©Terre-net Média)

« Cet accord me fait vraiment peur ». Comme beaucoup d'éleveurs bovins, Enrico Pizzolo est inquiet. Il craint les conséquences des négociations visant à instaurer un traité de libre-échange entre l'Union Européenne et les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay, Bolivie).

Il a particulièrement peur des potentielles exemptions de droits de douane sur la viande de bœufs sud-américaine. « Je ne suis pas contre le libre-échange, car l'Italie importe déjà beaucoup de viande pour subvenir à ses besoins. Mais ces pays ne respectent pas les mêmes règles sociales, environnementales et de bien-être animal que nous », déplore-t-il. 

Il en est sûr, son activité d'engraissement de 2 000 vaches limousines dans la Vénétie, en plein cœur de la Plaine du Pô, au nord du pays, pourrait souffrir de « concurrence déloyale » si cet accord était signé.

Les associations d'éleveurs montent au créneau

En Italie, la plupart des associations d'éleveurs s'insurgent contre ces négociations. En janvier, le puissant syndicat Coldiretti, qui réunit 1,6 million d'agriculteurs s'est officiellement positionné contre l'accord, comme il l'avait fait lors des négociations sur le Ceta, entre l'Union Européenne et la Canada.

« Nous sommes surtout très inquiets pour le secteur de la viande bovine qui est évidemment le plus à risque dans ces négociations. Mais ce n'est pas qu'une question économique, c'est aussi un problème sanitaire, de qualité de l'alimentation. Les normes ne sont pas les mêmes », précise Paolo Di Stefano, le directeur des affaires européennes du syndicat. 

Le syndicat critique notamment une augmentation des quotas de viande importée depuis l'Amérique du Sud en Europe. Il demande à la Commission européenne de réaliser des études d'impact sur les exploitations européennes, et craint également pour la protection des appellations contrôlées, fondamentales pour l'agriculture italienne qui mise beaucoup à l'export sur ses « marques ».

La fédération d'associations de producteurs de viande et d'œufs Unaitalia s'est elle aussi insurgée contre le contenu de ces négociations. « Augmenter les quotas d'importation pourrait avoir des répercussions désastreuses sur la production italienne, craint Nicolò Cinotti, responsable au sein de l'organisation de producteurs Unaitalia. De plus, nous ne pouvons pas accepter d'être concurrencés par des produits qui ne respectent aucune des normes que nous nous sommes fixées ».

L'Italie plutôt favorable à l'accord

Dans une lettre ouverte, Coldiretti en avait appelé aux candidats aux élections législatives qui se sont tenues le 4 mars dans le pays. « Certains nous ont répondu, mais ce sont pour l'instant des promesses, qui plus est, en pleine campagne électorale. Nous ne pouvons pas être certains qu'ils s'opposeront lorsque l'accord sera devant le Parlement », regrettait Paolo Di Stefano, le directeur des affaires européennes du syndicat.

Et pour cause : avant les élections, le gouvernement italien s'était exprimé plutôt favorablement sur ce traité, y voyant des débouchés pour l'industrie du pays. « La position du pays est assez incompréhensible, quand on sait à quel point l'agriculture est importante pour l'économie italienne », déplore Paolo Di Stefano. « L'agriculture est malheureusement vue comme une variable d'ajustement dans ces négociations, comme souvent », regrette Nicolò Cinotti.

La Confédération agricole, une organisation traditionnellement plus favorable au libre-échange, tempère ces craintes. « Nous pensons qu'avec de la coopération des nations, et des règles justes on peut tirer partie des échanges libres », remarque Diana Lenzi, vice-présidente de la section jeunes agriculteurs du syndicat. 

Un discours inaudible, de l'aveu même de l'association. « Nos membres sont globalement totalement opposés à ce type de traités. Le libre-échange fait peur, car il n'y a pas assez de transparence. On a l'impression qu'on ne joue pas avec les mêmes règles du jeu en fonction des pays », concède-t-elle. 

Pour Paolo Di Stefano, de Coldiretti, c'est avant tout le libre-échange tel qu'il est envisagé dans ce type de traités qu'il faut combattre. « Aujourd'hui, la mondialisation encourage l'uniformisation vers le bas, alors que l'Europe et l'Italie ont une carte à jouer sur la qualité de la production », regrette-t-elle.


Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

A lire également

   Rechercher plus d'article

Soyez le premier à commenter cet article