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Observatoire des prix et des marges - Les conclusions du rapport Chalmin à prendre avec des pincettes

( Publié le 14/11/2012 à 11h12 )
En présentant les marges nettes de cinq rayons différents de la grande distribution, le second rapport de l’Observatoire des prix et des marges approfondit sensiblement ses résultats. Mais ces avancées mettent autant en lumière la limite des chiffres publiés que « l’impasse du modèle économique pour le secteur de la viande ».
Présentation du rapport Chalmain 2012
Philippe Chalmin, président de l'observatoire des prix et des marges, en présence de Guillaume Garot,
ministre de l'Agroalimentaire, et Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, présente son rapport 2012,
mardi 13 novembre 2012. (© Terre-net Média)
Dans son premier rapport publié en 2011, l’observatoire des prix et des marges ne présentait que les marges brutes des enseignes de la distribution. Les producteurs de bovins viande, notamment, n’avaient alors pas manqué de dénoncer l’opacité entretenue par les distributeurs sur leurs charges et donc sur leurs marges nettes réelles.

Pour ce second rapport depuis la création de l’Observatoire, présenté mardi 13 novembre 2012 par son président Philippe Chalmin en présence des ministres de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire Stéphane Le Foll et Guillaume Garot, la distribution semble avoir joué davantage le jeu de la transparence. Le rapport présente ainsi – c’est sa principale nouveauté – les marges nettes de la distribution pour les rayons boucherie, volailles, charcuterie, produits laitiers et fruits et légumes.

Ces marges nettes sont, selon le rapport, très variables d’un rayon à l’autre. Si elles demeurent confortables pour la volaille (5,9 % du chiffre d'affaires) ou la charcuterie (5,1 %), elles resteraient faibles pour les produits laitiers (1,9 %) et les fruits et légumes (0,6 %). La boucherie serait, en moyenne, un rayon déficitaire pour les distributeurs, avec une marge nette négative de -1,9 %.

Des moyennes qui cachent d’importantes « dispersions »

En viande bovine, le rapport Chalmin explique d’abord les pertes sur le rayon boucherie par l’importance des charges de main-d’œuvre, plus importantes en raison de la découpe que dans les autres rayons comme la volaille ou la charcuterie qui sont plus souvent vendues en libre-service.

Mes ces chiffres sont néanmoins à prendre avec des pincettes pour au moins deux raisons.

D’abord, c’est à la demande des sept enseignes de distribution consultées (Carrefour, Auchan, Cora, Casino, Leclerc, Système U et Intermarché) que l’étude a porté sur des rayons, et non sur des produits bien précis. Les enseignes se sont gardées de préciser la manière dont les charges ont été ventilées par rayon. Ainsi, les « autres charges communes » dont on ne sait ni ce qu’elles incluent, ni la manière dont elles ont été ventilées, pèsent entre 11,4 et 14,8 % du chiffre d’affaires selon les rayons, soit bien plus que la main-d’œuvre, qui s’établit plutôt de 4 % pour les produits laitiers à 10,4 % pour la boucherie.

Ces « autres charges communes » sont d'autant plus opaques qu'elles ne comprennent ni les coûts de stockage, d'amortissement, d'entretien du rayon, d'eau, de gaz et électricité, ni les taxes et cotisations spécifiques au rayon, ni les frais financiers ni même l'impôt sur les sociétés, toutes ces charges, estimées globalement à 4,1 %, étant décomptées à part.

Aussi, ces charges transmises par les enseignes sont d’autant plus difficiles à comparer qu’elles peuvent être de nature différente selon qu’il s’agisse de magasins franchisés, comme Carrefour ou Cora, ou indépendants comme Leclerc.

Par ailleurs, et le rapport Chalmin le précise à plusieurs reprises, les marges nettes présentées ne sont que des moyennes et « les résultats individuels de chaque enseigne peuvent s’en écarter nettement ». Toujours pour le rayon boucherie, si les marges brutes et les charges de personnel sont peu dispersées, les marges nettes, elles, le sont beaucoup. Autrement dit, les charges du rayon sont très différentes d’un magasin ou d’une enseigne à l’autre. Le rapport pointe ainsi un écart moyen de plus ou moins 2,8 € pour 100 € de chiffres d’affaires. Selon cette mesure de "dispersion", le rayon boucherie peut présenter une marge nette tout aussi bien déficitaire de 3,7 % que positive de 0,9 %.

Où passe donc les marges ?

Reste que ces chiffres, notamment en filière bovine, interrogent déjà la profession qui les juge « inquiétants, contre-nature et contre le bon sens ».

Car finalement, où passent donc les marges sur l'ensemble de la chaîne alimentaire ? Chez les distributeurs, où sont les marges des nombreuses opérations marketing et des produits bradés en tête de gondole ? Ces promos ne contribuent-elles pas à plomber volontairement les marges du rayon boucherie pour justifier l'argument de la distribution qu'elle n'est pas le maillon faible de la chaîne ? Comme le fait remarquer la Fnb dans un communiqué, « la "revente à perte" étant interdite, comment les Gms parviennent-elles à un résultat négatif ? »

Surtout, ces chiffres ne doivent pas justifier une tendance dénoncée depuis longtemps par les éleveurs : eux-seuls servent de variable d'ajustement lorsqu'il s'agit de rééquilibrer les marges.

A la décharge des distributeurs, le coût d'achat des produits du rayon, si les chiffres reflètent bien la réalité, représente 76 % de leur chiffre d'affaires. Les doutes quant à leurs charges ne portent que sur  les 24 % restants.

Plus en amont, quelle est la décomposition des charges et marges brutes et nettes des acteurs intermédiaires, de l'abattage au négoce ? Le rapport ne détaille pas les marges nettes de ces derniers. La grande distribution ne paie-t-elle pas notamment des problèmes de compétitivité des acteurs de la transformation ?

Débat à suivre le 21 novembre

Pour l’Apca, les chiffres du rapport Chalmin sont le fruit d’une « concurrence exacerbée entre enseignes » conduisant « à une destruction de valeur sur toute la chaîne de production ».

« Pour la viande et les fruits et légumes, à aucun stade de la chaîne alimentaire les marges ne permettent d’encaisser des fluctuations de coûts », poursuit l’Apca qui s’interroge, elle aussi, sur l’impact des pertes en magasin, des promotions et du positionnement des produits importés, notamment en fruits et légumes.

« En admettant que les chiffres transmis par la distribution reflètent la réalité, les chiffres fournis traduisent une véritable impasse économique pour le secteur de la viande et des fruits et légumes », selon Guy Vasseur, le président de l'Apca.

Ces interrogations pourront, d’ailleurs, être soulevées directement auprès des intéressés lors d’une réunion entre tous les acteurs de la chaîne alimentaire, que Stéphane Le Foll a programmée le 21 novembre prochain. Et le ministre de l’Agriculture d’apaiser le débat avant même qu’il ait commencé : « la crise que nous traversons est suffisamment importante pour que le débat soit porté par chacun, pour trouver des compromis et des choix collectifs », sans que « chacun cherche à faire, sur le dos de l’autre, son propre beurre ».

Pour lire le rapport complet (409 pages), cliquez ici

Les réactions au rapport Chalmin:

Le Modef conforté dans sa revendication d’un encadrement strict des marges

 

A lire également :

Rapport Chalmin 2011 sur les prix et les marges - Fnb : « Les éleveurs de bovins viande sont la variable d’ajustement »

L’observatoire des prix et des marges améliore la diffusion de ses chiffres sur le net

Filières animales/ Rapport sur les prix et marges - Manque de transparence des distributeurs et pas de répercussion des coûts de production

Source : Terre-net Média
Auteur : Arnaud Carpon
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