[Covid-19] Paroles d'éleveurs (3/3)Les chefs d'exploitation des lycées agricoles aussi confrontés au coronavirus

| par | Terre-net Média

Sur son site internet, l'idele donne "La parole aux agriculteurs" en diffusant des résultats d'enquêtes de terrain, menées notamment par Inosys-Réseaux d'élevage et les chambres d'agriculture. Grâce à cette opération, l'institut souhaite montrer comment les éleveurs vivent cette crise sanitaire au quotidien dans leur travail et si celle-ci a modifié certaines de leurs pratiques. Après plusieurs producteurs de bovins lait et viande du Limousin, Grand Est et Bretagne, des chefs d'exploitations de lycées agricoles témoignent, en vidéo, sur les conséquences de cette pandémie, en termes d'organisation du travail en particulier mais pas seulement...

Disposant pour la plupart d'une ferme pédagogique, les lycées agricoles sont bien évidemment aussi impactés par la crise sanitaire du covid-19. Mais dans quelle mesure ? Quelles sont les conséquences de la pandémie, sur l'organisation du travail et les pratiques quotidiennes notamment ? Quoi de mieux alors, pour répondre à ces questions, que d'interroger des chefs d'exploitation de ces établissements ? C'est pourquoi l'idele a décidé de diffuser, sur son site web dans le cadre de son opération "La parole aux agriculteurs", les témoignages vidéos de plusieurs d'entre eux publiés sur Youtube. Ces derniers viennent compléter les résultats enquêtes de terrain, réalisées entre autres par Inosys-Réseaux d'élevage et les chambres d'agriculture auprès d'éleveurs laitiers et allaitants, pour savoir comment ils vivent et s'adaptent au quotidien au coronavirus

Pauline Herbemont (Cantal) : « La traite, je m'y colle »

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Pauline Herbemont, directrice de la ferme de l'EPLEFPA d'Aurillac dans le Cantal (55 VL bio avec transformation en AOP Salers et Cantal, 45 VA Salers label rouge), ouvre ces "Stories d'expoit". En cette période particulière, elle, qui ne s' « occupe que de la gestion et des papiers », s'est mise à traire les vaches. « Le salarié qui le fait habituellement garde ses enfants, alors c'est moi qui m'y colle », explique-t-elle. « Nous avons mis en place tous les affichages de prévention obligatoires contre le covid-19 et réalisons régulièrement des réunions d'information en extérieur pour insister sur les mesures barrières et répéter encore et encore "il faut se tenir à distance les uns des autres, être seul dans le tracteur et la voiture, etc." », poursuit la directrice qui veille à bien séparer les tâches et à instaurer des roulements.

Répéter encore et encore : "il faut se tenir à distance les uns des autres".

Le plus difficile, selon elle, est l'arrêt d'activité de certaines entreprises. Ainsi, la climatisation de la fromagerie, tombée en panne, n'a pas pu être remplacée et le lait, collecté par Sodiaal, n'a pas été valorisé comme il aurait dû. « On transformera un peu plus. Heureusement, nous fabriquons du fromage de garde et pas du frais », qui se vend avec difficulté en ce moment. Déjà que l'élevage ne commercialise plus qu'une demi-carcasse de bovin viande par semaine au lieu de deux !

Jérôme Joubert (Meurthe-et-Moselle) :
« toujours répondre aux besoins des clients »

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Jérôme Joubert, directeur de l'exploitation de l'EPLEFPA de Pixérécourt en Meurthe-et-Moselle (300 ha, production de vaches laitières à l'herbe et de moutons pour la viande et la laine), a voulu maintenir ouvert le magasin de producteur du lycée agricole, soucieux de « répondre aux attentes et besoins de la clientèle », tout en mettant en oeuvre les précautions nécessaires pour limiter les risques de contamination par le virus. « Nous avons créé une zone d'attente dehors pour qu'il n'y ait que deux personnes à la fois dans la boutique et pour pouvoir respecter les 1 m minimum de distanciation sociale », précise-t-il.

Une personne à la fois dans le magasin.

Dans le magasin de l'EPLEFPA de Bressuire (Deux-Sèvres) , les normes sont encore plus drastiques : une seule personne à la fois à l'intérieur, avec des masques, des gants et du gel hydroalcoolique à disposition. « Il importe de poursuivre la découpe et la transformation des produits de l'exploitation et des autres fermes des environs en raison de la demande croissante pour les circuits courts, fait remarquer Marie Provost, directrice de l'atelier technologique. Nous avons même augmenté notre capacité de production. » Certains lycées confectionnent même des paniers garnis. Au niveau de la production laitière, Jérôme Joubert garde deux traites par jour mais élève les veaux plus longtemps afin de réduire les allées et venues sur l'élevage. Une vache du troupeau leur a même été dédiée et a été placée avec eux dans une pâture. « Nous sommes en pleine saison de pousse de l'herbe, une période à ne pas rater cette année après deux sécheresses consécutives », ajoute-t-il. 

Clara Font (Hautes-Pyrénées) :  « La fatigue se fait sentir »

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Clara Font, directrice de la ferme de l'EPLEFPA de Vic-en-Bigorre dans les Hautes-Pyrénées (70 ha, 60 VL prim'holsteins et brunes des Alpes, une soixantaine de génisses et une unité de méthanisation de 190 kW), a elle aussi mis en application les gestes barrières et réorganisé tout le planning des salariés pour « qu'aucun ne se croise sur l'exploitation, ce qui s'avère compliqué en raison de la charge de travail importante actuellement ». « La fatigue commence à se faire sentir chez les salariés », constate-t-elle. Comme dans les autres témoignages, elle les remercie leur implication dans leur travail en cette période de crise.

Tarir les vaches plus tôt et élever les veaux plus longtemps.

Par ailleurs, la laiterie ayant demandé de diminuer la production de lait de 2 à 5 %, « nous avons choisi de tarir les vaches plus tôt, autour de 5 mois de gestation, et d'élever les veaux au lait pendant une période plus longue, la crise actuelle entraînant une baisse de la consommation de viande et faisant chuter encore des prix de vente déjà peu élevés », complète Clara Font. Une décision qu'a également prise Alice Chazal, à la tête de la ferme de l'EPLEFPA de Rochefort-Montagne dans le Puy-de-Dôme (vaches laitières avec transformation fromagère, ovins viande, 107 ha de prairies), en augmentant en parallèle les réformes et en réduisant les rations. Elle garde, elle aussi, les veaux nés pendant le confinement, parce que les marchands se font plus rares et pour limiter les risques de contamination par le virus. Mais elle redoute, comme Clara, une baisse des tarifs.

« Le point positif de cette crise est la solidarité que l'on peut observer un peu partout. Par exemple, les enseignements nous ont proposé leur aide, même si malheureusement l'autorisation leur a été refusée. » À Mayotte en revanche, le personnel du lycée a été autorisé à donner un coup de main très apprécié et tous les ateliers ont continué à fonctionner, même à effectif restreint. « Avoir une équipe soudée nous a permis de faire face à deux épidémie en même temps : de coronavirus et de dingue, met en avant Laëtitia Vannesson du lycée agricole du Cononi (12 VL, volailles et lapins de chair, canards reproducteurs, maraîchage). Malgré tout, les difficultés d'approvisionnement, en aliment de bétail surtout, dues à notre situation insulaire nous amènera à réfléchir après la crise pour améliorer l'autonomie et la résilience de l'exploitation.  »

Beaucoup de solidarité.

Celine Druesne (Nord) : « Le gel hydroalcoolique
et le savon, mes nouveaux amis »

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À l'image de ses homologues qui viennent de témoigner, « le gel hydroalcoolique, l'eau et le savon sont devenus les amis » de Céline Druesne, directrice de l'exploitation agricole de l'EPLEFPA de Wagnonville dans le Nord (40 VL bleue du Nord avec transformation). Car comme eux, elle en met à disposition des personnes qui interviennent encore sur l'élevage en cette période de confinement : le livreur d'aliment et le laitier essentiellement.

La demande en vente directe multipliée par deux.

Marc Bernus, directeur de l'EPLEFPA de Fontaines Sud Bourgogne (Saône-et-Loire) (150 ha, VL, VA, aviculture de chair et de ponte, vente directe), lui, a instauré tout un protocole de désinfection des camions de livraison et des engins de l'exploitation, tout comme Loïc Charpentier, directeur de l'EPLEFPA de la Durance et du Pays des Sorgues (Vaucluse) (90 ha de grandes cultures et plantes à parfum), qui impose en plus le port de gants. À l'EPLEFA de Limoges Nord Haute-Vienne (7,5 t de viande transformées par an), la directrice de l'atelier technologique a installé des zones de désinfection et réaménagé les vestiaires et salles de réunion pour se conformer aux normes sanitaires liées au coronavirus. « Dans notre boutique de vente directe, la demande a été multipliée par deux mais nous pâtissons du ralentissement de l'activité de l'abattoir », complète Marie-Pierre Enjalbert. 

Pas évident de réduire la production de lait en pleine période de pâturage.

Tous comme ses autres collègues laitiers, Céline Druesne s'attend à une baisse du prix du lait mais juge qu'il n'est pas évident de réduire la production en pleine période de pâturage. Quant aux veaux et aux réformes pour la viande, elles vont partir, mais à un rythme ralenti. « Au niveau de la fromagerie, c'est plus compliqué en raison d'un salarié en arrêt de travail et de la suspension du contrat d'apprentissage à cause du covid-19. »

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