Au salon de l'agricultureLes brebis manifestent contre le loup

| Afp

Exceptionnellement, la dizaine de brebis a été sortie de l'enclos pour une « transhumance » au salon de l'agriculture. « Nous sommes des survivantes des loups », explique la pancarte épinglée sur la grande banderole noire brandie par une vingtaine d'éleveurs à bout.

Les brebis, disciplinées et en laisse, manifestent pour la première fois de leur vie, sous le regard interrogateur des nombreux visiteurs qui déambulent mardi dans l'allée principale. « Les gens nous voient de loin, ils ne s'imaginent pas ce qu'on vit au quotidien. Le salon de l'agriculture, c'est la fête, mais pas seulement », raconte Anne-Marie Gros, qui élève 400 brebis dans les Hautes-Alpes.

Brassard noir au bras, les éleveurs d'ovins profitent de la vitrine exceptionnelle que représente la plus grande ferme de France pour exiger une action musclée du gouvernement sur l'épineuse question du loup. La même grande banderole noire avait accueilli le président François Hollande à l'ouverture du salon samedi, en signe de deuil.

« On ne sait plus comment se débarrasser de ce fléau. On veut que l'Etat réponde », déclare Rémi Leconte de la Fédération régionale ovine du sud-est, organisateur de la manifestation avec la FNSEA, les Jeunes agriculteurs et la Fédération nationale ovine.

La région Provence-Alpes-Côte-d'Azur (Paca) paye un lourd tribut. « Sur les plus de 1.700 attaques et 6.000 victimes en 2013, 78 % ont eu lieu en région Paca. C'est par cette région que le loup est revenu » au début des années 90, dit-il.

Les manifestants exigent que les 24 loups pouvant être tués par an, quota représentant 10 % de la population totale et prévu par le plan loup 2013-2017, soient effectivement abattus. Ils veulent aussi « un déclassement du loup des espèces protégées ».

« Aucun ministre de l'Ecologie avant moi ne s'était donné les moyens d'appliquer le plan loup », a affirmé à l'AFP Philippe Martin, en visite quelques heures plus tôt au salon de l'agriculture. « Nous en sommes à sept loups prélevés », a-t-il déclaré. Abattre des loups « n'est pas une obsession pour moi. Ce qui est une obsession, c'est de tenir les engagements de l'Etat vis à vis des éleveurs ».

"Comme à l'époque de Charlemagne"

Après un été particulièrement meurtrier pour les ovins, le ministre de l'Ecologie s'était doté d'un outil inédit : autoriser les chasseurs à tuer un loup lors de leurs battues habituelles aux gibiers dans trois départements de Paca. Or, saisis par des associations écologistes, plusieurs tribunaux avaient suspendu les arrêtés au motif que ces battues n'étaient pas assez encadrées.

« Aujourd'hui, nous avons de nouveaux arrêtés avec un encadrement de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONFC) beaucoup plus important. Ces arrêtés devraient être solides et nous permettre d'atteindre des objectifs », a assuré Philippe Martin.

Julien Bonnet, à la tête d'un élevage de 750 brebis sur le plateau d'Albion dans le Vaucluse, salue l'initiative, mais craint qu'elle soit insuffisante. Le loup va toujours plus loin et s'adapte aux stratagèmes de l'homme. Le prédateur est arrivé il y a trois ans dans la région de Julien Bonnet. A l'automne 2011, malgré les habitations voisines, les aboiements des chiens et la barrière électrifiée, il a tué 14 brebis. Dix en 2012 lors de deux attaques. En 2013, grâce aux subventions prévues par le plan loup, le jeune éleveur a renforcé les protections et a embauché un berger. En six attaques, les loups ne se sont emparés à chaque fois que d'une ou deux brebis. « Au début, ça fonctionne mais quand les meutes sont installées, on a beau mettre de nouveaux moyens, le loup s'y adapte », souligne néanmoins Julien Bonnet.

Quand d'autres demandent des tirs par hélicoptère ou recommandent de prélever des louveteaux dans les tanières, lui voudrait une « unité spécialisée dans le prélèvement du loup, comme à l'époque de Charlemagne, mais avec les nouvelles technologies ».


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