Livre sur le suicideLes agriculteurs « souffrent énormément », prévient la veuve d'un éleveur

| AFP

« La plupart des agriculteurs souffrent énormément, mais personne ne le dit », prévient Camille Beaurain. À 26 ans, elle publie avec l'aide du journaliste Antoine Jeandey, « tu m'as laissée en vie » (Cherche Midi), le récit des événements qui ont conduit au suicide de son mari Augustin, éleveur de porcs.

Pourquoi avoir écrit ce livre ? 

Le livre est pour mon mari, et pour moi c'est une étape dans mon deuil, on l'a écrit aussi pour que cela serve à d'autres familles dans le même cas que moi, leur dire que je ressens ce qu'ils ressentent. C'est tous les jours qu'il me manque, que le vide est présent. Et peut-être aussi pour dire à ceux qui sont en dépression, ou en burn-out, qu'il faut parler, qu'il faut essayer de sortir de sa bulle. Et peut-être espérer qu'un agriculteur qui voudrait passer à l'acte se dise "non, je ne vais pas le faire, ça fait du mal". (...)

Je veux aussi faire réagir les gens, les consommateurs. Le prix qu'ils achètent la viande n'est pas le prix que l'éleveur touche. On a juste 1,40 euro dans la poche quand ils ont payé 6 euros (son mari était éleveur de porcs, NDLR), il y a trop d'intermédiaires entre les éleveurs et les consommateurs. Ce n'est pas des aides Pac qu'on vit, ça ne tombe qu'une fois par an. On les nourrit, il ne faut pas oublier que s'ils ont du pain c'est grâce à nous. Le boulanger sans les agriculteurs va avoir du mal à avoir de la farine, il ne faut pas oublier tout ça.

À votre avis, les suicides d'agriculteurs traduisent-ils un malaise général du milieu agricole ?

Personne n'en parle, et c'est bien ça le problème. C'est tabou. Or la plupart des agriculteurs aujourd'hui en France souffrent énormément, mais personne ne le dit. C'est une honte pour eux de dire "moi, ça ne va pas", "moi je souffre" ou "je n'ai pas de trésorerie, comment faire ?". Ils se mettent dans une bulle et ils y restent. Il faut bien se dire que c'est du travail du lundi au dimanche non stop, et même jour et nuit dans l'élevage quand il y a des mises-bas (...) Les syndicats, les organismes comptables, les banques ou les chambres d'agriculture n'ont pas encore compris le mal-être des agriculteurs. Ce n'est pas qu'ils ne s'investissent pas, mais il ne faut pas voir que les chiffres, il faut se déplacer aussi sur les exploitations.

Qu'est-ce qui a été le plus dur pour votre mari ?

D'abord il avait repris un élevage qui n'avait pas été renouvelé, puis la crise du porc nous a frappés, et des mises aux normes obligatoires aussi. Au fur et à mesure, cela devenait de plus en plus compliqué de gérer, moralement et physiquement, de travailler pour ne rien gagner, et en plus de ne même pas réussir à payer ses factures. Au fur et à mesure, la dépression s'est installée, avec une grande fatigue. On a eu une invasion de rats. Quand les porcs sont revenus, les prix du porc s'étaient effondrés ».


Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

A lire également

   Rechercher plus d'article

DÉJÀ 2 RÉACTIONS


Patrice Brachet
Il y a 86 jours
Bien dit Terminé ! Je viens de l écrire ailleurs et je me répète j ai failli passé à l acte et je me suis arrêté à quelques centièmes de seconde. Tout ce que tu décris je l ai vécu et surtout l acharnement delà profession à te démolir et encore aujourd’hui même que nôtre nom rime avec agro écologie ( donc dans le vent) on a des collègues qui continuent à nous salir et des fois des fournisseurs , les institutions se calment mais la banque n a pas été tendre et même encore ! ( pourtant -223000€ e 2013. +62000€ en 2018 ). C est le problème des banques coopératives ou encore on écoute plus les ragots que les chiffres c est dramatique mais comment veut tu qu’il n y ai pas de passage à l acte?
Répondre
Terminé
Il y a 86 jours
Oui c'est toujours très tabou, le mal être agricole est bien présent et très loin d être sorti de cet enfer. Le film au nom de la terre va sortir.. On invite la MSA, les élus, les institutions, pour la promotion sauf que rien n'est fait absolument rien. Les dégâts sont irréversibles, on va faire des réunions des débats sauf qu aucun moyen n est mis en place. Au space les chambres ne parlent que du BIO du bio et du bio...
Sauf qu aujourd'hui l agriculture conventionnelle à qui on a demandé de se mettre au normes qui a donc investie voit rouge !!!
Un nombre incroyable de fermes sont à vendre pas de reprenneurs.
Je suis moi même en liquidation pas de reprenneurs, vous perdez tout ! L accompagnement n est pas à la hauteur.
La méchanceté, la jalousie des agriculteurs, sa non solidarité isole encore plus celui qui va mal. Car les chambres d agricultures et la MSA enferme encore plus l agriculteur car ils disent bien il ne faut rien dire.
C'est tout le problème de nos institutions sous couvert de la confidentialité il ne faut rien dire elles ne communiquent pas entre elles. Un désastre.
Moi des voisins agriculteurs ont déjà fait des demandes d autorisation d exploiter sur mes terres. C'est ça profiter de la faiblesse. Les agriculteurs sont maintenant desunis le système à été fait pour qu ils ne soient plus Unis, ont leur à volé toute leur production. Alors une ferme en difficulté est rayée de la carte. Des agriculteurs n attendent que cela. La responsabilité des institutions à être aveugle les rend complices de cette économie infernale qui ne va pas que suicider les agriculteurs mais qui va suicider l économie et tout le monde avec.
Répondre