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Paroles de lecteursLe sorgho et le méteil pour cultiver son autonomie alimentaire

| par | Terre-net Média

Les lecteurs de Web-agri semblent convaincus : il faut améliorer l'autonomie alimentaire des élevages pour une meilleure résilience face aux difficultés économiques. Mais avec le réchauffement climatique, ne sera-t-il pas risqué de tout miser sur l'herbe ? Le sorgho ou le méteil pourraient être, selon certains, des alternatives intéressantes. C'est Patrice Brachet qui va être content...

paroles de lecteurs cultiver son autonomie alimentaire « Le rêve de la société française de voir les vaches dans de vertes prairies risque de s'évaporer comme l'eau que nous attendons ! », ironise Patrice Brachet. (©Terre-net Média) Tomy : « Je partage, dans les grandes lignes, ce qui est dit. Mais sur le prix du lait, une remarque malgré tout : il se tient en bio car l'offre et la demande sont assez proches au niveau européen alors qu'en conventionnel, l'offre est depuis plusieurs années supérieure à la demande. Chaque producteur a sa part de responsabilité. La régulation est la seule solution. »

Et cette année avec la sécheresse, on fait comment ?

Patou : « Pas tout à fait d'accord avec l'article. Dans les régions sinistrées par la sécheresse récurrente, on fait comment si on n'a misé que sur le pâturage ? Ces principes sont valables dans les zones bien arrosées mais si ça continue comme ça, celles-ci vont se réduire comme une peau de chagrin. »

Steph72 : « On n'a pas la même notion de la sécheresse. Il n'y a qu'en maïs ensilage où nous avons obtenu une récolte malgré le peu d'eau. Il n'a pas plu depuis de nombreuses semaines. Les prairies ressemblent à des paillassons. Les ray-grass hybrides/trèfles violets ne poussent plus. »

Debout : « On peut produire du lait avec rien ?? Incroyable d'entendre des c... pareilles ! Encore des organismes qui cautionnent le prix actuel du lait, c'est lamentable ! J'ai vu, dans un grand quotidien, une pub pour une grande enseigne de GMS vendant du lait bio à 0,87 € le litre. Elle fait juste crever l'élevage ! C'est scandaleux ! Moi, j'arrête le lait, au moins je n'aurai plus de perte. Il n'y a plus d'argent dans les campagnes ! Quant au pâturage, il n'y a plus d'herbe dans les prairies ! Alors comment fait-on monsieur le technicien ? Facile de donner des conseils... Du conseil à bas prix aussi ! »

Laurent Le Pape : « Je ne suis pas non plus entièrement d'accord avec l'article. Nous sommes en bio depuis un an et nous avons vu notre situation financière s'améliorer nettement. Pour autant, tout n'est pas acquis surtout avec la sécheresse que nous traversons. Malgré tout, nous avons fait pâturer les vaches laitières tout l'été en faisant varier la taille du troupeau en fonction de la disponibilité en herbe (80 % du cheptel tari sur juillet et août) et en implantant du trèfle violet sur les parcours d'été. Nous croyons à notre système et l'adaptons à notre zone séchante. Avant de stopper la production de lait, nous avons préféré réfléchir. »

Le sorgho serait-il la solution face au changement climatique ?

Titian : « + 1 avec les collègues. Attention à la propagande "attrape c..." vers un nouvel eldorado laitier avec la bio ! Sur un plan pratique, je pense également qu'il est très risqué de tout miser sur l'herbe. Selon moi, avec le changement climatique, l'avenir passera par les plantes en C4. Pourquoi pas apporter du sorgho en pâture pour sécuriser l'alimentation l'été ? »

Franck 15 : « Je suis en bio depuis un an et je pense comme Titian que les plantes en C4 seront notre planche de salut, tout comme le pâturage hivernal. Cette année, le maïs va encore nous sauver la mise. J'utilise cette culture pour équilibrer la ration. Sinon, c'est luzerne enrubannée l'hiver et pâturage pendant 250 jours en année normale. Le maïs ne maximise pas mon système, il l'optimise. En tout herbe cette campagne, on aurait pris un bouillon avec notre surface. » 

Jmb67 : « J'ai semé début août du sorgho multicoupe et je viens de lui mettre un coup d'eau parce qu'il était en train de mourir par manque d'eau. »

Titian : « C'est clair que rien n'est miraculeux mais en cas de stress hydrique, c'est quand même mieux qu'une prairie de dactyle, non ? »

Poly : « Ne prenez pas le sorgho comme une plante miracle, car il est très compliqué à cultiver. Certes il résiste à la sécheresse et peut repartir en croissance en arrière-saison, mais il est imprévisible. Le désherbage reste compliqué et les problèmes de verse sont fréquents. Cette année, j'ai essayé deux rangs de sorgho sucrier et deux de BMR. Moralité, ils sont tous montés à 3,5 m de haut et nous avons dû ensiler avant maturité car ils étaient versés. Nous avons eu un rendement hallucinant mais nous avons frôlé la cata question récolte. Le sorgho est donc à prendre avec des pincettes selon moi. »

Patrice Brachet : « Bonjour Laurent, désolé de vous contredire mais chez moi, les trèfles violets et même les luzernes sont en RTT depuis un moment !! Blague mise à part, tant mieux pour vous. Si le climat continue de changer, le rêve de la société française de voir les vaches dans de vertes prairies risque de s'évaporer comme l'eau que nous attendons ! (...) »

Et le méteil ?

Massol : « Chez nous, plus de maïs depuis 15 ans, autrement dit depuis la sécheresse de 2003. Cette année, elle sévit depuis mi-août. Les prairies hydromorphes jouent leur rôle à plein : le foin est de très bonne qualité pour les génisses et les vaches taries (5 tMS/ha) et elles ont été ensuite pâturées pendant l'été jusqu'à la fin de l'automne. Pour les laitières, les prairies temporaires ont aussi produit pas mal, environ 8 tMS/ha en deux coupes donc suffisamment pour tenir jusqu'à fin mars si la sécheresse persiste. Reste 10 ha de méteil à enrubanner ou moissonner, donc à moissonner cette année. À l’arrivée, je n'ai besoin de rien si ce n’est un peu de maïs épi car il y a trop d’azote dans la ration. Il faut bien réfléchir et adapter son système de façon optimale et non maximale. Avec le gasoil à 1 €, moins tu démarres ton tracteur et mieux ça va. N’oubliez pas, votre revenu est lié à la maîtrise des charges opérationnelles et à votre autonomie fourragère, à la qualité de votre lait et au taux de MS de votre ration. »

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Man : « Ton modèle est sûrement bien adapté Massol. Mais pour être quasi tout herbe, il faut avoir assez de surface. Nous, dans notre système et notre région, il n'y a plus d'herbe depuis début juillet, c'est grillé partout. Sauf le maïs, qui sort son épingle du jeu avec un rendement de 13 à 16 tMS/ha en 100 jours de culture. Après, nous cherchons la protéine. Nos deux années consécutives d'essai de méteil ne nous semblent pas très concluantes. Si vous avez des conseils à nous donner, nous sommes preneurs. Je reste toutefois convaincu que nous devons être le plus autonomes possible... »

Titian : « C'était quoi ton méteil ? Et tu entends quoi par "pas très concluantes", parles-tu du rendement, de la valeur alimentaire ? Sache déjà que l'on ne peut pas tout avoir. »

Man : « Le méteil est constitué de triticale et féverole. C'est plutôt la valeur qui nous déçoit. La première année, environ 10 tMS, la seconde certainement autour de 4 tMS mais la féverole n'a pas aimé toute l'eau de février-mars sur des sols hydromorphes... Si vous avez des mélanges à me conseiller, je suis preneur. »

Steph72 : « J'ai remplacé le foin par du méteil. L'avantage : il amène plus d'énergie et d'azote. Et du vert dans la ration, un énorme atout cette année avec les maïs secs. »

Poly : « On peut semer ce qu'on veut mais sans eau, rien ne pousse, ni méteil, ni maïs, ni prairies. L'irrigation est plus que jamais d'actualité (de manière raisonnée bien sûr). »

Patrice Brachet, interrogé par les lecteurs, va être content

Titian : « Mieux vaut quand même laisser du foin à disposition. Patrice, as-tu déjà essayé l'avoine élevée ou fromental dans ton méteil ? »

Patrice Brachet : « Non Titian, je ne connais pas, c'est comment ? Nous, c'est de l'avoine noire ou blanche. »

Titian : « C'est un collègue qui m'en a parlé. Moi, je ne connais pas. Mais comme vous expérimentez beaucoup... Apparemment, d'après lui, ce type d'avoine est productif et reste vert. »

Patrice Brachet : « Je ne suis pas expert en méteil mais cela me passionne. 50,10 ha,5 tMS, 16,1 de protéines : voilà mes résultats. Rien d'exceptionnel mais ça marche et avec du maïs grain humide et un peu de colza, on équilibre la ration pour pas trop cher mais je n'arrive pas à la cheville des éleveurs pâtureurs. Ma recette pour le méteil : 40 kg d'avoine, 60 kg de féverole, 15 kg de pois, 7 kg de vesce velue et 3,5 kg de trèfle squarosum, ceci pour des terrains argilo-calcaires. En sols sableux, c'est 40 kg d'avoine, 25 kg de pois, 15 kg vesce commune et 5 kg de trèfle squarosum. Si la terre est hydromorphe, je conseille 2,5 kg de trèfle Michelli, qui bouchera les trous si les plantes compagnes sont noyées, et 10 kg de féverole (tuteur). Tout ceci vaut ce que ça vaut mais chez nous, ça ne marche pas trop mal. »

Retrouvez un Paroles de lecteurs à propos du méteil et les conseils de Patrice Brachet : De nouveaux adeptes du méteil, dont Patrice Brachet loue souvent les vertus ?

Titian : « Là je comprends mieux. Du rendement mais trop "pailleux" ton méteil. Garde un parfum de triticale ou seigle mais il te faut une autre céréale en dominante, comme l'avoine. Pareil pour la féverole. En méteil, il n'en faut pas trop, mieux vaut une dominante pois et vesce. »

Patrice Brachet : « Je ne suis pas un adepte du triticale car il monte vite à épi ! Dans vos sols, si je peux me permettre, le mieux c'est un mélange de céréales, vesce, pois et beaucoup de trèfle dont du Michelli, à récolter au moment de la floraison des pois. Le triticale perd très vite de la valeur. Sinon, il faut apporter 50 u d'azote, du souffre et des oligoéléments, un complexe à base d'algues pour les acides aminés et des vitamines. Je répète je suis passionné pas expert mais chez-moi, ça marche. Petite astuce : si vous utilisez du méteil dans votre ration et qu'il représente 30 % minimum de celle-ci, point besoin de foin ou de paille : le manque d'UF est corrigé par la non-utilisation de ces deux ingrédients qui vous diluent la ration. »


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