CoronavirusLe foie gras, touché par la crise sanitaire, joue la carte du patrimoine

| AFP

Emmanuel Dupouy, éleveur et gaveur de canards à Castelnau-Tursan (Landes), ouvrira son exploitation ce week-end, pour les Journées du patrimoine : la filière du foie gras du sud-ouest, malmenée par la crise sanitaire, chahutée par le récent scandale d'un élevage insalubre, joue la carte du patrimoine pour rebondir.

Comme l'éleveur et son frère Hervé dans les Landes, une trentaine de producteurs, abatteurs et transformateurs du grand sud-ouest accueilleront les visiteurs pour qu'ils puissent « tout savoir sur ce mets emblématique du patrimoine culturel et gastronomique français », selon la profession qui justifie ainsi cette « première ».

Le foie gras et ses cousins magret et confit, n'ont pas été épargnés par le ralentissement économique issu de la crise sanitaire. « Avec la fermeture des restaurants puis l'absence de clientèle étrangère à Paris tout l'été, la consommation 2020 chute de 18 à 20 % », évalue Michel Fruchet, président du centre interprofessionnel du foie gras.

Selon lui, « si un nouveau confinement devait intervenir d'ici la fin de l'année, on plie la filière » qui pèse 100 000 emplois directs et indirects en France, premier pays producteur et consommateur.

L'export qui écoule 25 % de la production de foie gras français ne se porte pas mieux : « Les trois premières destinations du foie gras français sont le Japon, la Belgique et l'Espagne. Des pays qui prolongent les mesures de restrictions sanitaires », relève Marie-Pierre Pé, directrice du Cifog (Comité Interprofessionnel des Palmipèdes à Foie Gras).

La consommation a encore été mise à mal avec la suspension de l'activité de prestigieuses tables étoilées et l'annulation de très nombreux événements.

« Quand le tournoi de Roland-Garros, le salon de l'auto ou toutes les férias de l'été sont rayées du calendrier, ce sont encore de jolis pics de consommation qui disparaissent », renchérit Fabien Chevalier, directeur général de la conserverie Lafitte qui emploie 200 salariés à Montaut (Landes) et se fournit chez 80 éleveurs gaveurs installés à proximité.

Production réduite

Benjamin Constant, président du syndicat national des éleveurs, redoute la casse possible. « Après la crise de la grippe aviaire de 2018, les pertes de la filière palmipèdes ont été estimées à 50 millions d'euros », rappelle-t-il en affirmant que les « gens qui nous accompagnent, banques, transformateurs et coopératives, ne doivent pas nous laisser au bord de la route ».

À cela s'ajoute le scandale soulevé fin août par l'association L214 qui a diffusé des images d'un élevage de canards « insalubre » à Lichos (Pyrénées-Atlantiques). La filière, qui va se porter partie civile, a condamné la situation.

Selon son président Michel Fruchet, « s'il doit y avoir des lanceurs d'alerte pour prévenir de tels comportements, ils doivent être à l'intérieur de la profession. Nous allons travailler dans ce sens. » Côté ventes, la filière compte maintenant sur les fêtes de fin d'année pour écouler ses stocks et relancer la production en 2021.

« Nous avons prolongé les périodes de vide sanitaire entre deux lots pour réduire la production de 10 %, avec un impact du même ordre sur notre revenu », affirme l'éleveur dont la propriété à Castelnau-Tursan, voit d'ordinaire passer 28 000 canards chaque année.

Dans ce climat morose, deux transformateurs, Rougié à Maubourguet (Hautes-Pyrénées) et Lafitte (Landes), viennent de décrocher le droit d'exporter en Chine.

Quelque 300 premiers kg de foie gras cru et surgelé du Sud-Ouest sont arrivés en Chine au terme d'un long parcours de contrôles douaniers.

« C'est l'aboutissement d'un parcours du combattant de neuf ans, pour lequel le Président de la République est intervenu à deux reprises lors de ses derniers voyages en Chine », dit Fabien Chevalier de chez Lafitte, « il faut rester humble et tenace mais ce n'est pas ce qui sauvera notre année 2020 ».


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