Observatoire des prix et des margesIndustriels et distributeurs : les grands gagnants de la baisse du prix du lait depuis 18 mois

| par Frédéric Hénin | Terre-net média

Les éleveurs le dénoncent. Les résultats publiés par l'observatoire des marges et des prix leur donnent raison. La baisse du prix du lait qui leur est payé ces derniers mois est partiellement répercutée sur les prix des produits payés par les consommateurs. Depuis 2000, les industriels restaurent dès que possible leurs marges aux dépens des éleveurs. Et la grande distribution leur fait souvent supporter les hausses de prix du lait pour préserver ses marges en limitant autant que possible le recours systématique à l'inflation.

 

Les premiers résultats publiés mercredi 29 juillet par le Comité de pilotage de l'Observatoire des prix et des marges sont sans appel. Transformateurs et distributeurs répercutent très partiellement depuis dix huit mois la baisse du prix du lait payé aux éleveurs sur les prix de vente des produits laitiers achetés par les consommateurs.

En fait, la moindre baisse de prix du lait est pour les industriels et la grande distribution une occasion de restaurer leurs marges (voir courbe du prix du lait ou de l’emmental par exemple).
Depuis janvier 2008, le prix du litre de lait payé aux éleveurs a baissé de 15 centimes. Dans le même temps, le prix du litre Uht en rayons n’a diminué que de un centime !

La part prix du lait dans le prix du produit fini

L’analyse des résultats communiqués par l’observatoire de marges et des prix montre quelle a été l’évolution de la part du prix du lait payé au producteur ramenée au prix du produit transformé, acheté par le consommateur.

Tous produits confondus, elle n’a cessé de diminuer depuis 2000, certes dans des proportions inégales.

Pour le lait Uht, le prix du lait payé au producteur représentait 25,9 % du prix de vente final contre 32,2 % au premier trimestre 2005. La hausse du lait de 2007 avait entre temps porté le ratio à plus de 40 %.

Pour les autres produits, le lait tend à représenter un cout d’autant moins élevé que le produit final est riche en matière grasse (ou pauvre en eau). Le cout du lait représente

  • 15% du prix des yaourts (et desserts lactés à forte valeur ajoutée)
  • 34,1 % pour l’emmental
  • 48,7 % pour le beurre.

Ces ratios confirment qu’il existe des marges pour augmenter le prix du lait payé aux producteurs sans générer une inflation des prix à la consommation !

Pour fabriquer un kilo de beurre, la matière première utilisée a été payé 94 centimes de moins (sur la base d’un litre de lait ramené de 40 centimes à 25 centimes) tandis que le consommateur a bénéficié en moyenne d’une baisse de 45 centimes.

Même constat pour la fabrication de l’emmental : la matière première payée 42 centimes de moins n’a conduit qu’à une baisse du prix de vente du fromage que de 8 centimes.
Alors que le prix a du lait diminuait de mois en mois, le kilo de fromage avait entre temps progressé de 33 centimes pas kilo. De 7,47 euros le kilo en janvier 2008, il était passé à 7,80 en août 2008 avant de revenir à 7,39 euros.

Les industriels argueront que l’emmental n’est pas un produit extra-frais et que les délais de fabrication conduisent par nature à un certain décalage entre le prix du lait payé à l’éleveur et le prix du formage mis en vente. Mais tout de même, l’abus est à dénoncer!

Comparés aux autres produits, la diminution du prix du lait durant ces dix huit derniers mois s’est davantage répercutée sur les prix des yaourts payés par les consommateurs depuis janvier 2008.

Ceci dit, depuis 2000, il en a été tout autrement. Alors que le prix du lait baissait tendanciellement, les desserts lactés continuaient à être vendus quasiment au même prix. En revanche, les industriels et la distribution n’ont pas tardé à répercuter les hausses sur le prix des produits mis en vente dès qu’elles ont survenu en 2007-2008.

Un litre de lait uht au prix constant

Jusqu’en 2007, la baisse tendancielle du prix payé au producteur profitait exclusivement aux industriels. Sur 2007-2008, la distribution a préservé ses marges et a fait pression sur les industriels pour réduire les siennes ce qui a atténué la hausse du prix du lait Uht. Ensuite, la moindre baisse a été l’occasion pour les industriels de restaurer leur marge puisque le lait vendu à la grande distribution est resté constant. Les quatre courbes des prix communiquées par l’observatoire sont similaires.

Cette tendance s’observe d’une manière ou d’une autre pour les trois autres produits retenus par l’observatoire des prix (voir encadré : cas du lait Uht).

Entre 2002 et 2007, ses résultats montrent que la baisse des prix du lait payé aux éleveurs a été compensée par une hausse des marges des industriels ce qui conduisait au final à une stabilité des prix payés par les consommateurs.
Autrement dit, les industriels ont accru leurs marges pendant des années aux dépens des éleveurs tandis que la distribution, qui a veillé à préserver les siennes, a fait en même temps pression, semble t-il, pour ne pas avoir à se procurer des produits à des prix plus élevés. Ce qui aurait pourtant permis aux éleveurs d’être mieux rémunérés !

Il semble donc que la Pac ne soit pas à l’origine de tous les maux. Les éleveurs ne bénéficient pas de rapports de force favorables au sein de la filière laitière rpour être bien rémunérés.


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