Sur les chemins de l'agro-écologie« La méthanisation en commun nous ouvre un horizon de possibilités »

| par Trame | Terre-net Média

Parmi les témoignages d'agriculteurs tournés vers l'agro-écologie recensés par Trame (association nationale de développement agricole et rural), Stéphane Choquet témoigne sur son association avec d'autres éleveurs pour monter une unité de méthanisation en Ille-et-Vilaine.

Les 6 associés, issus de 3 exploitations, sont sociétaires de la SAS MéthaFerchaud à Martigné Ferchaud (35). Les six associés, issus de trois exploitations, sont sociétaires de la SAS MéthaFerchaud à Martigné Ferchaud (35). (©Méthaferchaud)

Les exploitations :
- EARL La Voie Lactée, cultures et élevage laitier : 150 vaches laitières et 240 ha
- Gaec Ker Laezh, cultures et élevage laitier : 150 vaches laitières et 170 ha
- EARL du Jhan, élevage porcin naisseur-engraisseur : 260 truies et 86 ha

Les trois exploitations sont associées pour une unité de méthanisation, la SAS MéthaFerchaud (à Martigné-Ferchaud, en Ille-et-Vilaine) d'une puissance en cogénération de 205 kWh.

Les hommes et les femmes qui y travaillent :
- Stéphane Choquet, Frédéric Brizard et 2 salariés : producteurs laitiers
- Guénaël Hamelin et 1 associé et 1,5 salariés : producteur laitier
- Stéphane Boudet et 1 salarié : producteur de porcs
- Sébastien Boudet, frère de Stéphane et salarié de la SAS MéthaFerchaud
- Benoît Bouvry, salarié d’une entreprise de gestion
Tous les six sont sociétaires de la SAS MéthaFerchaud.

Les changements

« L es trois exploitations étaient initialement dans un « moule conventionnel » : des systèmes d’élevage assez classiques pour la région, hérités de nos parents, plutôt intensifs et qui marchaient bien. Nous nous sommes associés pour monter une unité de méthanisation agricole . Elle permet aux trois élevages de valoriser leurs effluents.

Il témoigne...
Stéphane Choquet :
Âge : 47 ans
Formation initiale : Bac +4
Date d'installation : 1995
Implication dans les réseaux de Trame : adhérent AAMF
Autres implications : SAS Fléole (parc éolien citoyen)
Contact : netschoquet@orange.fr

Le digestat issu du processus de fermentation, stable, est utilisé à la place d’engrais minéraux sur les cultures. Le gaz naturel produit est transformé en électricité, vendue au gestionnaire du réseau pour alimenter l’équivalent de 500 foyers (hors chauffage). Cette transformation produit de la chaleur, utilisée pour réguler le fonctionnement du méthaniseur et pour faire fonctionner un séchoir. Ce séchoir permet aux trois exploitations de sécher leurs fourrages et, du coup, d’en améliorer les conditions de stockage. Par ailleurs, nous alimentons également le méthaniseur avec des Cive (Cultures intermédiaires à vocation énergétique) : plutôt que d’implanter simplement un couvert piège à nitrates durant l’hiver, nous cherchons à produire le plus de biomasse possible durant cette période mal valorisée par les cultures… Et au passage, nous stockons du carbone (CO 2 de l’air), nous couvrons nos sols en hiver et nous pouvons en valoriser une partie en fourrages (méteils). Le fait de pouvoir sécher les fourrages a permis aux exploitations bovines associées de développer la culture de la luzerne et, par voie de conséquence, d’allonger les rotations et d’améliorer le fonctionnement agronomique du sol.

Les raisons

Chacun de nous a pensé aux opportunités que représentait la méthanisation, pour des motivations différentes. Pour ma part, j’étais déjà sensibilisé à la question des énergies renouvelables : nous avions investi dans une installation photovoltaïque sur la ferme et j’étais déjà impliqué dans un projet éolien citoyen sur la commune. Quand les autres sont venus nous parler d’un projet de méthanisation proche de chez nous, nous avons vite été séduits… Sébastien, à l’époque régisseur de cinéma, y a trouvé un projet de cohérence environnementale sur le territoire de sa commune d’origine. Cela l’a tellement enthousiasmé qu’il a choisi de quitter Paris pour changer de métier. En plus, ça correspondait à un moment où sa fille allait naître, ça a été une occasion de venir se mettre au vert…  Chacun de nous avait ses motivations, mais aucun ne l’aurait fait seul ; il y avait trop de points délicats à mener pour un tel projet. C’est en pensant collectif que ce projet est devenu accessible

Les difficultés rencontrées et les solutions

Avec la méthanisation, nous avons rencontré plein d’expériences différentes, qui nous ont permis de prendre du recul sur nos propres systèmes et d’en voir des limites. Sur les trois fermes, nous modifions nos pratiques en ayant tous un horizon de nouvelles possibilités : la luzerne et l’alimentation des vaches, les Cive et les couverts végétaux, l’usage du digestat à la place d’une partie des engrais minéraux. Nous cherchons à gagner en autonomie protéique, mais cela nous amène à revoir la chaîne d’alimentation, la gestion du vrac, la gestion du séchage et même l’assolement et donc le raisonnement agronomique de nos terres… Tout ça n’est pas joué d’avance même si l’idée est séduisante !  
Nous avons appris à travailler à six. Nous avons eu beaucoup de réunions ensemble, jusqu’à aboutir à des décisions collectives. L’expérience de la Cuma nous a vite amenés à poser des règles précises pour l’implication de chacun (par exemple, calendrier pour compter le temps), et à se dire les choses dès qu’elles apparaissent. Et puis nous prenons le temps pour changer. Nous faisons de petits pas, nous imaginons plusieurs scénarios pour chaque nouvelle idée.

L'unité de méthanisation possède une puissance en cogénération de 205 kWh. L'unité de méthanisation possède une puissance en cogénération de 205 kWh. (©Méthaferchaud)

La prise en main de l’unité de méthanisation a été difficile : c’est tellement de nouveaux paramètres à maîtriser ! Avec le temps, je me rends compte que les difficultés s’oublient vite ! Sébastien, qui n’était pas dans le milieu agricole, a dû quitter un métier pour en découvrir un autre, très différent, celui de gestionnaire d’une unité de méthanisation agricole. Son expérience dans le cinéma lui a appris à découvrir un métier « sur le tas » et à s’adapter en permanence à de nouveaux projets. Il a appris à ne pas être effrayé à l’idée d’essayer de nouvelles choses. Là c’est pareil, il apprend plein de nouvelles choses, ce qui se passe dans le méthaniseur, ce qui se fait dans les fermes, les liens avec le territoire… Pour cela, il était important pour lui de mettre la main à la pâte, de s’occuper de la logistique, des chargements… Son regard « nouveau » nous oblige à être exigeants sur le sens et la cohérence de tout le système. En plus, Benoît et lui sont habitués à dresser des rapports, des synthèses, à communiquer avec les partenaires… Ils apportent dans ce nouveau projet une compétence de développement.

Les sources d'information

Nous avons suivi assez peu de formations, nous avons surtout fait de la veille informative sur Internet, dans les revues, les salons… À six, ça peut faire beaucoup d’informations ! Nous avons visité beaucoup d’installations, questionné des collègues qui ont vécu des expériences similaires : sur leurs choix techniques, sur les compétences des différents prestataires, sur les difficultés qu’ils ont rencontrées, comment ils les avaient vécues… Nous avons aussi fait visiter notre installation : nous avons senti un regard bienveillant de nos voisins à partir du moment où ils comprennent la logique de notre projet. Cela nous permet de sentir que nous allons dans le bon sens.

L’apport du collectif

Notre culture du collectif nous a été utile. Plus jeunes, certains d’entre nous avaient organisé un festival de musique, nous étions habitués à organiser des choses ensemble. Les trois exploitations associées sont en Cuma et participent à des groupes de développement (Ceta, Geda, …). Le rôle du réseau AAMF (Association des agriculteurs méthaniseurs de France) a aussi été déterminant pour identifier des contacts d’agriculteurs, de constructeurs, de techniciens. Maintenant que nous sommes adhérents d’AAMF, je m’implique dans un groupe de travail sur la valorisation agronomique du digestat et de la production des Cive. »

Les bénéfices
« - Cela a donné un coup de fouet à mon métier de paysan : on élargit notre périmètre d’action.
- On développe un autre regard sur les autres acteurs du territoire : on comprend mieux leurs problématiques et parfois on peut fournir des solutions. On ressent une meilleure cohérence : on cherche à s’inscrire dans des cercles vertueux avec la biomasse, le carbone, l’azote…
- On a gagné en autonomie dans le fonctionnement de nos exploitations (intrants, fourrages, décisions). »

La perception du métier aujourd'hui
« - J’aime le mot de paysan : on EST et on FAIT dans le pays, on s’implique dans l’endroit où l’on vit. J’ai à cœur que les paysans gardent la main sur ce qu’ils font et comment ils le font.
- Ces dernières années, notre activité ne se limite plus à la production d’aliments, mais s’étend à la production d’énergies renouvelables. Nous gérons une ferme… une ferme énergétique. Nous construisons un système qui s’appuie sur des cercles vertueux et de la cohérence. »

Et si c'était à refaire...
« De plus en plus, je pense que ce sont les hommes qui font les beaux projets, en amenant chacun de vraies valeurs personnelles. »
Ils sont 17 agriculteurs, agricultrices ou salariés agricoles à témoigner de leur transition vers l'agro-écologie dans un recueil publié par l'association Trame. Santé du troupeau, méthanisation, agriculture de conservation des sols, circuits courts... À leur façon, ils veulent changer leurs pratiques agricoles et reviennent dans ces témoignages sur les conditions de réussite, les bénéfices et les difficultés de leurs projets. Ils mettent surtout en lumière la force puisée dans les collectifs auxquels ils appartiennent. Le recueil « Sur les chemins de l'agro-écologie » est consultable gratuitement.

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DÉJÀ 4 RÉACTIONS


Jean François
Il y a 477 jours
Où est l'écologie dans cet article ??,
Ecologie :L’écologie, au sens premier du terme, est une science dont l’objet est l’étude des interactions des êtres vivants (la biodiversité) avec leur environnement et entre eux au sein de cet environnement (l’ensemble étant désigné par le terme « écosystème »).
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vik
Il y a 477 jours
Je vois sur l'avenir méthanisation = champs d'herbe avec bovins il y a plus, ça sera des champs de labours pour que se soit rentable évident cette machine à produire de l'énergie
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PATRICE BRACHET
Il y a 478 jours
Les interviewés devraient dès fois repondrent on comprendrait mieux des fois très pertinent Tomy
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Tomy
Il y a 479 jours
La méthanisation pourquoi, pas ??
Produire de l'énergie alimentaire c'est notre rôle.
Produire d'autres formes d'électricité , à voir !!
Quel est le bilan Carbone, et le bilan énergétique de vos installations ??
Quelle est l'éfficacité énergétique sur vos exploitations ?
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