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[En quête d'un prix équitable]Avec « Lait de pâturage », les éleveurs créent leur marque collective

| par Cécile Julien | Terre-net Média

Les éleveurs de l'Ouest créent la marque "Lait de pâturage". Tout en répondant aux attentes des consommateurs en termes de bien-être animal, ce lait permettra de mieux rémunérer les producteurs.

Marcel Denieul, éleveur et président de l'association Lait de pâturageLa marque "Lait de pâturage", créée pour produire un lait qui répond aux attentes des consommateurs tout en assurant une plus juste rémunération des producteurs. (©Cécile Julien/Lait de pâturage)

« D’un côté, on a des consommateurs dont les attentes évoluent, notamment vers plus de bien-être animal, de "made in France". De l’autre, nous, producteurs, n’avons pas une juste rémunération de nos produits et de notre travail ». Marcel Denieul, producteur de lait et président de la Chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine, plante le décor d’une filière laitière pas au mieux de sa forme.

« Pendant plus d’un an, un groupe de producteurs bretons (1) a réfléchi à un moyen de redonner de la valeur à notre lait et de la fierté à notre métier », explique-t-il. En parallèle, les producteurs ont aussi travaillé sur la restauration collective et les possibilités de faire valoir leurs produits dans les commandes publiques. Le pâturage est ressorti comme point commun. « Pour les consommateurs, c’est un gage de bien-être animal. Pour les appels d’offre de la restauration collective, c’est un moyen qualitatif de distinguer nos produits et pour les éleveurs c’est un moyen de maîtriser les coûts d’alimentation. Face aux laits d’importation, on ne peut pas être concurrentiel sur le coût, on doit donc se différencier par nos modes de production ».

Ce que nous voulons, c’est faire reconnaître nos pratiques par les prixEn étant précurseurs sur cette mise en avant du pâturage, les éleveurs veulent aussi prendre les devants de futures réglementations. « On sait qu’il y a une tendance de fond aux attentes en matière de naturalité et de bien-être animal, souligne Marcel Denieul. Pour la profession, c’est plus moteur de prouver nos pratiques plutôt que de subir de plein fouet une nouvelle législation ou les exigences de la distribution ». Et de citer la filière œufs, qui après une mise aux normes coûteuse, se voit refuser les œufs de poules élevées en cage par certaines enseignes. Au Royaume-Uni, pays souvent précurseur dans les démarches de bien-être, certains magasins ne mettent en rayon que des briques affichant « 180 jours de pâturage ».

Garder la main sur la création de valeur

Pour faire valoir les atouts du pâturage et en tirer une meilleure rémunération, les éleveurs ont créé la marque collective « lait de pâturage ». « Nous avons écrit un cahier des charges, créé une structure associative pour le gérer et déposé une marque collective pour identifier le "lait de pâturage" », retrace Marcel Denieul. Pour autant, les éleveurs n’étaient pas dans l’optique de créer leur propre filière. « Transformer et vendre, ce n’est pas notre métier. Ce que nous voulons, c’est faire reconnaître nos pratiques par les prix ». Des contrats d’utilisation seront passés avec différentes entreprises. Sodiaal et Eurial ont déjà déclaré leur intérêt. « Nous sommes ouverts à d’autres, coopératives comme privés », ne cache pas Marcel Denieul. Pour l’instant, se déroulent les premiers tests d’organisation industrielle. Pour la mise en linéaire des premières briques, l’éleveur reste prudent sur le calendrier. « Peut-être dès le printemps ».

Pour entrer dans la démarche "lait de pâturage", les entreprises devront s’engager à verser aux éleveurs une plus-value clairement identifiée. « Nous attendons d’elles qu’elles créent de la valeur qui revienne aux éleveurs ». Aux Pays-Bas, alors que l’exigence n’est que de 120 jours, le lait de pâturage est mieux payé de 15 €/1 000 litres. Pour y arriver, « charge aux entreprises de défendre la valeur du lait auprès de la grande distribution. Lors des États généraux de l’alimentation, il a beaucoup été question de la montée en gamme de l’alimentation. On y est ! Il faut que les consommateurs aient conscience que leurs actes d’achat ont des conséquences sur l’évolution de l’agriculture. S’ils veulent du lait français, avec des vaches qui sortent, ils doivent payer le juste prix ».

La démarche "lait de pâturage" est née dans l’ouest mais elle a pour ambition de s’étendre à toute la France. « Nous voulons que notre filière soit accessible au plus grand nombre, quelle que soit leur région », encourage Marcel Denieul. Prochaine étape, « partager nos pratiques avec les consommateurs pour qu’ils soient prêts à payer notre lait à son juste prix ».

Un cahier des charges pragmatique :

Le cahier des charges de "lait de pâturage" garantit une moyenne de 150 jours de pâturage sur le lait utilisé pour la fabrication des produits laitiers, avec une fourchette de 90 jours minimum à 300 jours maximum de pâturage. La vérification repose sur les surfaces de pâturage mises à disposition des laitières à raison d’au moins 0,1 are par vache et par jour de pâturage. « Le pâturage doit avoir une réelle dimension alimentaire. Ce n’est pas une sortie sur une parcelle parking », prévient Marcel Denieul. Il faut aussi que les parcelles soient aménagées (chemins, eau). L’éleveur doit être adhérent à la charte des bonnes pratiques d’élevage.

"Lait de pâturage" est compatible avec d’autres cahiers des charges d’entreprises (non OGM, Bleu Blanc Cœur).

Le respect du cahier des charges sera vérifié par l’organisme certificateur Certis.

N.B : (1) les membres fondateurs de l'association sont FRSEA Ouest, JA, la chambre d'agriculture de Bretagne et le GIE Elevages de Bretagne.

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DÉJÀ 66 RÉACTIONS


La Chouette
Il y a 185 jours
Les différentes appellations des laits de paturage sur le territoire français sont chartés à la convenance de ceux qui les ecrivent.Associations d'eleveurs ,gie...Ensuite s'en interessent des entreprise de collecte et des distributeurs en partenariat avec les producteurs.POur autant ces lait de paturages sont libres dans leurs cahiers des charges et loin des aop ou aoc ou igp de nombreux fromages tel que comté beaufort st nectaire tomme etc etc...J'en veux pour preuve qu'ils ne sont pas présent dans la liste officielle du ministère de l'agriculture.Pour ces derniers (les fromages) les autorisations et les interdits sont clairement stipulés dans un cahier des charges.(l'exemple du comté concernant l'alimentation articles:514 515 516 519 51.11 51.14 51.16 et d'autres encore avec tabbleau récapitulatifs).
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PATRICE BRACHET
Il y a 187 jours
Monsieur Babast c est exactement ce que je disais au départ de cet article chacun essaie de tirer la couverture vers soit croyant avoir la solution pour le jack pot et que son nom soit en haut de page et si dans quelques mois ce que l on aura proposé est trop contresignant on laissera tomber en ayant au passage croqué quelques subventions !Dans mon association on demande rien à personne on essai d expliquer que l on peut faire autrement sans faire des règles qui soient insoutenables, un grand groupe laitier a dis: ça nous intéresse.Ben Monsieur c est l A O P qui hier m a fai une fin de non recevoir ! »partant de cet échec nous allons continuer à améliorer,nous produirons des chiffres comme je l ai fait hier et puis ma foi les cons faut les laisser de côté !
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Babast50
Il y a 188 jours
CROyez moi mr Brachet ça tourne à l'absolument ridicule!!!Des formules en veut tu en voilà.On va bientot voire des consommateurs en bout de rayon de produits lactés se flinguer à coup de révolver!ILs ne vont plus savoir où donner de la tete les malheureux dans un tel fouilli! comment voulez vous etre crédible avec un tel panel? DEGAULLE avait dit:comment diriger un pays à 365 fromages?
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PATRICE BRACHET
Il y a 188 jours
Babast si tout le monde fait sa sauce dans son coin croyez vous que le consommateur va s y retrouver ?Et pendant ce temps là une AOP refuse la main tendue pour faire cela dans le cadre d une grande marque nationale on est entrain de se ridiculiser car diviser c est reigner !!!!
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Babast50
Il y a 188 jours
Après la publication de l,op agromousquetaire d'intermarché à st Père (44) :les éleveurs vous disent Merci,voici un nouveau FAIRE PART DE NAISSANCE dans le calvados à Rots non loin de Caen: VACHEMENT NORMAND sans ogm .Si parmi vous certains dénichent le cahier des charges ,faites suivre...
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PATRICE BRACHET
Il y a 188 jours
Bonsoir les collègues c est notre première année de fonctionnement zéro clivage non ogm pas d huile de palme je vous donne mes résultats par rapport à 2016 ( il y’a une heure que je les ait) je les mets pas pas prétention simplement pour prouver que ce l on avance marche : -30000€ aliments -9500€ frais veto -4500 produit phytosanitaire production 9000kg il manque 400kg vl compensé par plus de tb et tp.je me répète ce n est pas par vanité mais pour expliquer que produire plus propre pour pas plus cher ça existe seul bémol il faut un peu d irrigation ou être dans une zone bien arrosée Cette année de part la qualité des aliments produits on n à pas acheté de vl troupeau 145vl en moyenne N oubliez pas on est en rj donc les autres années on n à pas jeté l argent par les fenêtres loin de là
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PATRICE BRACHET
Il y a 188 jours
Moi c est le chiffre d affaire par rapport au rj car il faut diminuer de 50 vl et comme les aides !!!!! Pour le reste on est prêt mais il faut trouver 50 ha pour maintenir le troupeau et le chiffre d’affaires compliqué !!!!
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The germs
Il y a 188 jours
Oui, je m'en rend compte!! :)
Si les coops cherchent un administrateur (sous condition de bonne rémunération...) ... :) :)
Tout à fait d'accord avec toi Patrice! Les mêmes causes ont les mêmes effets!!
Moi, c'est ce qui me freine pour le bio. Faire des efforts pour ne rien gagner en plus, et que les GMS se facent une bonne image et des bénefs sur notre dos, la Merde!!

C'est pour cela que je ne suis pas pressé, et que j'y vais petit à petit. Il faut consolider et ête sûr de son système avant de franchir le pas, c'est mon avis.
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PATRICE BRACHET
Il y a 188 jours
Thé Germs vous êtes très bon en politique Pour le passage au bio pourquoi pas mais faut pas que le prix se casse la gueule car quand on écoute La pub des Gms pas terrible
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The germs
Il y a 188 jours
C'est vrai, mais l'autre problème avec un cahier des charges trop strict, c'est de freiner les transformateurs. Car si la logistique du ramassage du lait devient trop compliquer, ça ne les intéressera pas non plus...
D'autre part, le cahier des charges ne s'appliquera, en majorité, que pour du lait frais... quid du beurre, poudre de lait export, yaourt et autres sous-produit industriel du lait? Pas sur que les biscuiteries soit intéressées par du "lait de paturage"...
Soyons clair, pour valorisé au maximum un lait, sur toute une filière, avec un label, il n' y a que le Bio.
Par contre, le " label" lait de paturage peut être un bon tremplin et une motivation supplémentaire pour passer en bio.
Le label permetterai aussi de se différencier de la concurence, notament allemands, surtout par une technique pratiqué par de nombreux élevages.
Bref, difficile de faire une réponse simple pour une question compliquée!!
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