SylvicultureLa forêt française est « sous-exploitée »

| AFP

La forêt française, dont la surface s'est considérablement accrue, est « chroniquement sous-exploitée » depuis de nombreuses années, selon Eric Toppan, économiste du bois pour le compte du syndicat de forestiers privés Fransylva.

Il estime que l'enveloppe de 150 millions d'euros du plan de relance, dédiée au reboisement, tombe à point nommé pour entretenir une forêt confrontée au changement climatique.

Retrouvez aussi > L'Interview de Julien Denormandie à propos du plan de relance : « L'objectif est clair : souveraineté et indépendance »

Question : La forêt française a-t-elle décru en surface ces dernières années ?

« La forêt française est une composante majeure du territoire national, puisque c'est 30 % du territoire métropolitain qui est recouvert de bois et forêts (près de 17 millions d'hectares, NDLR). Elle a doublé de surface en un peu plus d'un siècle. C'était à peu près un quart du territoire métropolitain qui était forestier à la fin des années 1980. Elle est en croissance pour deux raisons essentielles : d'une part parce que dans les années 1980, 1990, il y a eu de grandes campagnes de boisement. Par ailleurs, avec la déprise agricole, la forêt avance chaque année de quelques mètres en lisière. »

La forêt est-elle, comme certains le disent, surexploitée ?

« Elle est tout le contraire, elle est chroniquement sous-exploitée. Chaque année et ce, depuis des décennies, nous prélevons seulement la moitié de ce qui pousse dans l'année, l'autre moitié reste en forêt. Alors que d'autres pays forestiers en Europe ont des taux d'exploitation plus importants, de 60 %, voire 70 % dans le nord de l'Europe.

En forêt, on gère des millions d'arbres, mais à l'échelle de la forêt française, on est clairement en sous-exploitation, d'une part parce qu'on est en gestion durable depuis des siècles en France et la règlementation et l'ensemble des codes, des pratiques, des documents y font référence et d'autre part parce qu'on ne consomme pas que du bois français, mais également des bois importés.

On aurait tout intérêt à prélever plus de bois dans nos forêts tout en restant dans un cadre de gestion durable et en contrepartie à éviter des importations de bois lorsque l'origine et la gestion durable de ces bois n'est pas avérée. Consommer du bois, ça permet d'augmenter le stockage de carbone.

Le gouvernement a annoncé 150 millions d'euros pour le reboisement. En quoi était-ce nécessaire ?

« Parce que nous ne reboisons pas suffisamment depuis une bonne vingtaine d'années maintenant. Jusqu'à la fin des années 1990, il y avait les aides structurelles dans le budget de l'État pour financer le renouvellement forestier, l'entretien. Depuis le début des années 2000, on avait quelques millions chaque année dans un fonds stratégique.

Là, on a enfin une mesure forte qui tombe à point nommé parce qu'on a beaucoup moins reboisé ces 20 dernières années d'une part et d'autre part, la forêt est soumise aujourd'hui à des risques réels dont on observe d'ores et déjà les conséquences, c'est le changement climatique. Les sécheresses nombreuses ces dernières années provoquent une modification significative des populations d'insectes et notamment les insectes xylophages. On a comme ça des massifs forestiers aujourd'hui décimés, c'est une véritable catastrophe en Franche-Comté, dans le Grand-Est, par les attaques des scolytes (des coléoptères) ces trois dernières années, qu'on attribue clairement au dérèglement du climat. »


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DÉJÀ 4 RÉACTIONS


erick28
Il y a 31 jours
en sylviculture , je n'y connais pas grand chose , mais sylvatica a probablement raison , car dans ma region de plaine ( perche ) vu comment les cooperatives forestiere abattent les chenes , ils ne repousseront pas assez vite pour que les prochaines générations en aient a abattre .
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cram52
Il y a 29 jours
d'accord avec sylvatica je rajoute simplement que la monoculture du douglas , ou chaque fois qu'on rase une foret de feuillus multi espèces ou pas on subventionne une plantation de résineux , pourquoi ne pas mettre en place des aides aux propriétaires qui accepteraient d'implanter des feuillus jusqu'à concurrence de l'équilibre résineux / feuillus en surface de sa propriété forestière (climat et vie des sols en seraient améliorés , consommation et restitution de l'eau préservées) c'est mon avis et je suis prêt à accepter mes tords en cas de besoin.
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Sylvatica
Il y a 31 jours
Inutile d' interroger un lobbyiste (Fransylva) si la volonté de connaitre la réalité du terrain est sincère... La progression de la forêt est une réalité sur des zones difficiles d' accès ou les couts d' exploitation ne permettent pas aujourd'hui la commercialisation rentable des bois. Toutes les zones de plaine en France sont surexploitées et "mal-exploitée".
Le réchauffement climatique est le premier "argument" pour effectuer des coupe rase (déforestation temporaire à minima) à ce jour en France. La forêt française est en danger du fait de notre gestion orientée vers de l' "agricole conventionnel" type peuplement monospécifique équien couplé avec impact maximum sur les sols au moment de la récolte. Sa survie ne viendra pas des lobbyistes, mais des personnes de terrain avec du discernement, de l' expérience et de la pratique, soyez en sûr. Les détournement d' argent de l' état sont d' avantage destinés à rémunérer des bureaucrates incompétents et des entreprises nuisibles qu' à engager une production sylvicole pérenne au service de l' homme et des écosystèmes, enfin je ne demande qu' à être contredis dans les faits, mais dans 25 ans les "résultats" seront établis et bien visibles.
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fredo
Il y a 31 jours
a recruter dans les dda ca deborde de partout et ca coute un bras a l etat ;des formations en apprentisage ca existe !!!!
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