Nouvelle-ZélandeUne filière laitière aussi puissante que fragile

| par | Terre-net Média

Quelques professionnels français du lait dressent un état des lieux du secteur laitier néozélandais : une filière qui pèse dans l'économie du pays et qui continue de croître tout en créant plus de valeur ajoutée à ses produits. Mais l'envers du décor n'est pas aussi flamboyant : les exploitations fortement endettées sont enfermées dans une bulle financière qui pourrait potentiellement éclater.

Grâce au prix du foncier, à la valeur des parts sociales investies dans la coopérative et du peu d'investissement, les éleveurs néozélandais se permettent un taux d'endettement important qui pourrait pourtant leur porter préjudices.Grâce au prix du foncier, à la valeur des parts sociales investies dans la coopérative et du peu d'investissement, les éleveurs néozélandais possèdent un actif qui pèse et se permettent un taux d'endettement important qui pourrait pourtant leur porter préjudice. (©Terre-net Média)

« La Nouvelle-Zélande connait depuis quelques temps une vive croissance de sa production laitière, surtout dans l’Ile du Sud où les exploitations s’intensifient. Cette croissance est d’ailleurs responsable de 50 % de la hausse mondiale. Pour rappel, le pays se classe 8e producteur et premier exportateur mondial de lait (devant l’Union Européenne) en exportant 95 % de sa production soit 31 milliards de litres de lait, dont un quart de ces exports part en Chine. » C’est à l’occasion d’un voyage organisé par l’Institut de l’élevage et Agrilys voyages que des professionnels français du lait ont découvert la filière laitière néozélandaise. Ils ont alors pu se forger un regard sur ce géant du lait et ont partagé leur expérience lors d’une conférence au Salon de l’agriculture.

Une filière sereine et confiante en l’avenir

Alain Le Boulanger, délégué régional Grand Ouest de la Fnil dresse le portrait de la filière : « Le lait représente 30 % du commerce extérieur de la Nouvelle-Zélande, ce qui fait peser le secteur dans l’économie du pays. L’État ne distribue pas d’aides aux exploitants mais a un rôle plutôt facilitateur en finançant beaucoup de recherches dans les universités qui servent ensuite aux éleveurs. »

La coopérative Fonterra est en position de leader de collecte du lait, suivie de très loin par ses concurrents privés Open Country Dairy, Westland et Synlait qui représentent à eux trois seulement 15 % de la collecte. Fonterra a des objectifs ambitieux puisqu’elle souhaite augmenter sa collecte de + 36 % d’ici 2025 et transformer 30 milliards de litres en 2030.

Les perspectives à 10 ans de la filière laitière néozélandaise semblent toutefois moins optimistes selon l’Institut de l’élevage : « La croissance devrait ralentir, explique l’économiste Mélanie Richard, le cheptel devrait plafonner à 5,3 millions de vaches laitières du fait des contraintes environnementales du pays. La croissance ne se fera donc plus par les effectifs mais par les rendements. »

Vers plus de valeur ajoutée pour moins de volatilité

La moitié de la production du pays est transformée en poudre de lait grasse. Cela représente 40 % du chiffre d’affaires de la filière même si cela reste de la production à faible valeur ajoutée. Le nouvel objectif est d’apporter plus de valeur aux produits. Pour cela, les industriels laitiers développent des produits différenciés, notamment Synlait en lançant le lait A2 dont les protéines seraient plus digestes, le lait de vaches nourries exclusivement à l’herbe ou encore le lait de nuit qui favoriserait l’endormissement.

Les transformateurs néozélandais jouent également sur l’image « clean and green » de leur lait pour se différencier de leurs concurrents sur les marchés internationaux. Le bio n’est pas une priorité pour les entreprises car la demande est plutôt limitée dans le pays et les contraintes associées sont importantes. Les Néozélandais associent surtout le bio à un lait frais, ce qui est difficilement exportable même s’ils y réfléchissent. D’ailleurs, seules 8 % des fermes livrant à Fonterra sont bio.

Des exploitations endettées qui continuent d’investir

« La croissance de la filière laitière du pays s’est faite car c’était rentable grâce aux faibles coûts de production même si le prix du lait varie fortement du fait de sa dépendance aux marchés mondiaux et donc à la volatilité », explique l’agroéconomiste Jean-Marie Séronie. Il annonce cependant que les charges des exploitations tendent à augmenter depuis peu car les éleveurs prennent de nouvelles orientations en construisant des bâtiments ou en cultivant du maïs. Une question se pose alors : cette augmentation des coûts sera-t-elle couverte par la volonté qu’ont les laiteries de créer de la valeur ajoutée ?

La moitié des producteurs ont un taux d'endettement supérieur à 50 %

De plus, le fort taux d’endettement des exploitations est plutôt inquiétant : la moitié des producteurs ont un taux d’endettement supérieur à 50 % et un quart supérieur à 70 %. Il représente jusqu'à trois à quatre années du chiffre d’affaires de produit lait dans certaines exploitations. « Ce sont des prêts in fine renouvelables : ils ne remboursent jamais le capital, d’où les intérêts élevés, commente l’expert. Cela passe puisqu’il y a du foncier à forte valeur en face ainsi qu’une année de capital social à la laiterie pour les éleveurs Fonterra. » En effet, le foncier néozélandais vaut très cher et le placement en capital social chez Fonterra représente une année entière de livraison de lait (mais contrairement aux coopératives laitières françaises, l’achat des parts sociales est rentable avec un rendement annuel de 4 à 5 %).

L’endettement inquiète l’économiste : « Aujourd’hui, les taux sont bas, mais quelle sera la sensibilité des exploitations fortement endettées le jour où les taux remonteront ? » Même question en cas de dévaluation du foncier : si le prix des terres venait à diminuer, les actifs ne pèseraient plus autant. Il affirme toutefois que les en-cours de la filière laitière représenteraient 10 à 15 % de l’en-cours national total. On peut donc présager que l’État interviendrait en cas d’éclatement de cette bulle financière...


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DÉJÀ 2 RÉACTIONS


Benoît
Il y a 107 jours
Un peu surpris par les 31 milliards de litres de lait néozélandais. Si je suis bien informé, vous pouvez en enlever 10 et ça devrait être plus réaliste avec une production un peu inférieure à celle de la France
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PATRICE BRACHET
Il y a 108 jours
Moralité : soutenus a fond par les pouvoirs publics Néo-zélandais !!!!pour le reste cf cash investigation !
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