CancunLa conférence de l'OMC se met au travail après la mort d'un manifestant

| AFP

CANCUN, 11 sept (AFP) - La conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) est entrée jeudi à Cancun dans le vif du sujet avec les difficiles négociations sur l'agriculture, au lendemain du suicide d'un manifestant coréen.

Le calme est revenu dans les rues de Cancun où des échauffourées entre la police et 5.000 à 6.000 manifestants anti-mondialisation ont fait six blessés légers mercredi à l'ouverture de la conférence. Cette première journée a été endeuillée par le suicide d'un manifestant sud-coréen qui s'est poignardé pour protester contre l'ouverture du marché agricole de son pays.

A la maison de la culture de Cancun, à plus de 10 km de la zone hôtelière où se déroulent les travaux de l'OMC sous haute protection de la police, une vingtaine de militants se recueillaient jeudi à la mémoire du disparu. Ils ont disposé sur le sol des dizaines de bougies et des fleurs autour de deux photos de Lee Kyang-Hae, 55 ans, qui présidait la "Fédération des agriculteurs et des pêcheurs de Corée".

Dans un communiqué, le ministre sud-coréen du Commerce, Hwang Doo-Yun, a fait part de sa "sympathie" pour les objectifs que le défunt "a tenté de réaliser", tout en regrettant son décès. "Nous sommes totalement conscients des difficultés des paysans coréens. Nous ferons tout notre possible pour faire avancer leurs intérêts durant les négociations de l'OMC sur l'agriculture", a indiqué le ministre.

La Corée du Sud, dont l'agriculture est l'une des plus protégées du monde, doit ouvrir son marché agricole au terme de ses accords signés à l'OMC. L'agriculture est la question la plus épineuse de la conférence de Cancun, qui doit s'achever dimanche.

Avec les pays européens, le Japon et les Etats-Unis, Séoul est à Cancun sous la pression des grands pays exportateurs agricoles comme l'Australie et le Brésil, réunis au sein du groupe de Cairns, qui exigent la disparition rapide et totale de leurs subventions aux exportations agricoles.\n Le Brésil s'est également allié à d'autres pays en développement comme l'Inde et la Chine au sein du G21 pour réclamer un accord sur l'agriculture comme préalable à tout accord sur l'ensemble des sujets à l'ordre du jour.

Le Brésil a revendiqué une première victoire en affirmant qu'un texte déposé par le G21 sera considéré comme l'une des bases des négociations aux côtés du projet de déclaration finale préparé par le conseil général de l'OMC. Ce dernier document, qui découle en large partie de l'accord signé mi-août par l'UE et les Etats-Unis, prévoit la fin des subventions aux exportations seulement pour des produits qui intéressent directement les pays pauvres.

Les Européens estiment qu'une libéralisation radicale du commerce agricole ne bénéficierait, parmi les pays en développement, qu'à une poignée de grands exportateurs comme le Brésil ou l'Argentine.

Après avoir observé une minute de silence en mémoire des victimes des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, les délégués ont repris leurs travaux avec les négociations en groupes de travail autour des cinq "facilitateurs" nommés pour coordonner les discussions par thème. Le ministre singapourien George Yeo a été chargé de celles sur l'agriculture.

D'autres groupes de travail se pencheront sur les autres dossiers pour lesquels les pays en développement demandent des avancées en échange de concessions en matière agricole, comme les produits industriels, l'investissement, la concurrence, les services ou les marchés publics.

Les 146 pays membres doivent par ailleurs officiellement ratifier l'adhésion de deux nouveaux pays, le Cambodge et le Népal, deux pays parmi les plus pauvres de la planète.

La conférence a été perturbée en début de journée par une manifestation d'une dizaine de militants anti-sida protestant contre les lacunes de l'accord sur les médicaments obtenu fin août par les pays membres.



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