Modèles agricolesLa Confédération paysanne dénonce une réindustrialisation de l'agriculture

| par | Terre-net Média

La Confédération paysanne, qui combat depuis toujours l'agriculture industrielle, s'alarme d'une tendance à la réindustrialisation des projets agricoles, en lien avec le grand plan d'investissement du Gouvernement. Le syndicat, qui organisait une conférence de presse le 17 décembre avec le sénateur Joël Labbé et des organisations de la société civile, demande une réorientation des politiques publiques vers l'agriculture paysanne, gage de durabilité et de dynamique territoriale.

Le sénateur Joël Labbé, Nicolas Girod (porte-parole de la Confédération paysanne) et Véronique Marchesseau (secrétaire générale de la Confédération paysanne) dénoncent une industrialisation grandissante de l'agricultureLe sénateur Joël Labbé, Nicolas Girod (porte-parole de la Confédération paysanne) et Véronique Marchesseau (secrétaire générale de la Confédération paysanne) dénoncent une industrialisation grandissante de l'agriculture. (©Terre-net Média)

La Confédération paysanne, qui défend l’agriculture paysanne et ses implications positives en matière d’emploi et de dynamique de territoires, a alerté le 17 décembre sur le processus de réindustrialisation de l’agriculture qu’elle observe. « Suite au grand plan d’investissement, il y a une frénésie, en Bretagne, sur la réindustrialisation de la filière volaille notamment », a souligné Nicolas Girod, porte-parole du syndicat agricole, à l’occasion d’une conférence de presse organisée aux côtés du sénateur Joël Labbé, en présence de représentants de la FNE, du Réseau Action Climat, et du Syndicat national de l’enseignement technique agricole public (Snetap-FSU).

À travers les six thématiques de l’agriculture paysanne - autonomie, qualité des produits, transmissibilité, répartition, développement local, travail avec la nature - la Confédération paysanne a ainsi défini une grille de lecture qui permet d’analyser si une exploitation est industrielle ou non. Car pour assurer l’avenir de l’agriculture, les deux modèles ne sont pas compatibles, estime le syndicat : « cette capacité à descendre les prix en jouant sur les volumes impacte les paysans voisins », explique Nicolas Girod. Sans compter la perte de sens liée à la simplification du travail, et la difficulté à transmettre les outils quand le capital est trop important, précise-t-il. 

Revendiquer des politiques publiques mieux ciblées

Pour illustrer ces arguments, la Conf’ prend l’exemple de projets à combattre, comme le poulailler industriel de Langoëlan, dans le Morbihan, qui passe de 4 500 m2 à 9 000 m2 pour deux associés. Avec un niveau d’endettement très élevé, cette exploitation sera difficilement transmissible. Et pour Véronique Marchesseau, secrétaire générale du syndicat, la liste des conséquences négatives est longue : pas de cohérence environnementale puisque les poulets seront nourris par des céréales et du soja importés, saturation du marché intérieur, image bas de gamme du produit, pas d’autonomie (exploitation intégrée)… Surtout, ce projet est subventionné par le conseil régional et bénéficie d’une caution publique.

Or, il y a « une centaine de projets en cours qui vont dans ce sens », alerte Véronique Marchesseau, d’où la mobilisation du syndicat, notamment auprès des élus locaux, pour que les subventions publiques soient retirées.  

« Il faut remettre au cœur des politiques publiques la transition vers une agriculture paysanne », défend Nicolas Girod, qui poursuit : « l’autonomie non négociable, il nous faut choisir entre agriculture industrielle et agriculture paysanne, c’est un choix de société ».

D’où l’importance de travailler avec des organisations de la société civile. Car si la vision de la Conf’ n’est pas majoritairement soutenue parmi les politiques, « on sait que c’est en travaillant avec les diverses organisations professionnelles et avec la société civile que l’on va pouvoir faire bouger les choses », soutient Joël Labbé. Il soutient, à cet égard la plateforme « Pour une autre Pac », qui répond à ces problématiques et associe largement la société civile à la réflexion. Pour le sénateur du Morbihan, la proposition de rémunérer les agriculteurs pour services environnementaux, que défend la plateforme, est exactement le type de mesure « qui permettra de réorienter l’agriculture ».  

Pour Nicolas Girod, ce combat est d’autant plus important dans un contexte de critique sociétale fort. « L’industrialisation a des formes multiples, mais elle aboutit à chaque fois à une perte de sens, ne pas la dénoncer, c’est cautionner l’accaparement des subventions publiques, la disparition progressive des territoires, et des paysans ». Et c’est aussi « donner un boulevard à ceux qui fustigent l’élevage car les productions industrielles seraient allées trop loin : si on combattait ces excès, on ne prêterait pas le flanc à l’agribashing », ajoute le porte-parole de la Confédération paysanne. Pour contrebalancer les discours simplistes sur le monde agricole, il est indispensable de construire davantage de passerelles avec la société, estime-t-il.


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DÉJÀ 21 RÉACTIONS


Stef
Il y a 42 jours
Pourquoi dénigrer les uns contre les autres. Dans le commerce et industrie, il y a les tpe, les PME et les multinationales. Dans l'agroalimentaire/agroindustrie/agriculture, c pareil. Il faudrait peut être un syndicat pour les maraichers, un pour les petites et moyennes exploitations, un pour les bios et un pour les gros et chacun a sa place. Le poulailler serait bien gardé...et la ferme France un peu mieux défendu!
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agri
Il y a 65 jours
Il faut se réveiller La Petite Maison Dans la Pairie c' est à la télé !!! Les agriculteurs ne sont pas là pour faire beau dans le paysage quand les Bobos se promènent le Week end !!!
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jean
Il y a 65 jours
d après les spécialistes il est dangereux d aller par grand vent sur une page de sables puisque les micro particules de sables rentrent dans les poumons et ce fixent
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BG
Il y a 65 jours
Votre réponse serait pertinente si le temps ne faisait pas, tout seul, son œuvre sur les matériaux et la structure de ces poulaillers qui pour la plupart ont plus de quarante ans...
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jean
Il y a 65 jours
il n y a pas plus naturel que l amiante tant que l on ne l a pas réduit en poussière d ailleur comme nombre de matériaux dont les poussières de sables ,et celles de votre diesiel entre autres c est comme tous les produits qui sont dans l oeil de mire des médias ( il devait y avoir des milliers de morts avec la vaches folles)
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BG
Il y a 65 jours
Et l'amiante contenue dans nos anciens poulaillers industriels, aucun syndicat, aucun politique ne bouge le petit doigt pour nous aider à nous en débarrasser, et les constructeurs de l'époque sont partis se dorer la pilule au soleil, pendant que nous cherchons vainement des solutions... J'ai déjà posé la question au détour d'un salon agricole, à un député européen qui a fait des Gros yeux et a ravalé sa salive "Oh ben ça !" m'a-t-il dit "C'est pas à l'ordre du jour !"...
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monique
Il y a 66 jours
la guerre économique se subventionne ?
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The germs
Il y a 66 jours
Par pitié, il faut arrêter de croire que se sont les agriculteurs , dans leur coin, qui sont moteur d'un "modèle" agricole. Nous vivons dans un monde CAPITALISTE LIBÉRALE! C'est énormément critiquable, j'en conviens, mais on ne peut pas faire comme si nous étions les seuls sur terre. Nier la réalité économique, c'est justement se qui fait que notre agriculture disparait...
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titian
Il y a 66 jours
La défense de la masse des paysans passant alors bien évidemment au second plan.
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titian
Il y a 66 jours
J'ajouterais qu'un syndicat est dans son rôle pour critiquer les dérives d'un "modèle" , par contre il me semble cependant entrevoir certaines dérives pour flatter et séduire certains mouvements écologistes et autres associations dans leurs délires.
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