Produits laitiersL'embellie va-t-elle « ruisseler » jusqu'aux éleveurs laitiers ?

| AFP

Des cours en hausse, des stocks de poudre de lait disparus et des contrats avec les distributeurs : la filière laitière retrouve des couleurs début 2019 et les professionnels espèrent que cette embellie profitera aussi aux éleveurs.

Verres de laitLes accords se sont multipliés entre la grande distribution et les industriels laitiers, ou les coopératives, dans le but déclaré de mieux rémunérer les éleveurs (©Fotolia)

« Le marché des produits laitiers s'est assaini au cours des derniers mois, les excédents de poudre de lait écrémé au sein de l'union européenne ont pratiquement disparu, tandis que la production laitière en Europe diminue régulièrement depuis le mois d'août », relève Benoît Rouyer, économiste au Cniel (interprofession laitière française) dans une note.

La filière laitière française revient de loin. En 2015, la fin des quotas laitiers européens et la hausse de la production font s'effondrer les cours mondiaux du lait, et les éleveurs sont dans la rue. En 2016, ils ne manifestent plus, mais ce n'est pas pour autant un bon signe selon les connaisseurs du secteur : c'est qu'ils n'en ont plus les moyens.

Des « laits équitables » qui garantissent une juste rémunération aux producteurs sont alors lancés et connaissent des succès populaires comme la marque « C'est qui le patron ? » ou « Les éleveurs vous disent Merci », un projet élaboré entre Intermarché et un peu moins de 200 éleveurs partenaires de la Laiterie Saint-Père d'Agromousquetaires, qui en un an a permis de vendre près de 20 millions de litres de lait.

En 2017, lors d'un discours à Rungis Emmanuel Macron s'engage à lutter contre les effets de la guerre des prix entre distributeurs qui plonge l'amont de la filière, en particulier les producteurs, dans la déprime. Les ateliers des États généraux durent des mois, et accouchent d'une loi promulguée en octobre 2018, à temps pour s'appliquer aux négociations commerciales entre l'industrie agroalimentaire et la grande distribution.

Depuis, les accords se sont multipliés entre la grande distribution et les industriels laitiers, ou les coopératives, dans le but déclaré de mieux rémunérer les éleveurs : Lactalis signe avec Carrefour et Super U, Danone avec Leclerc et Sodiaal avec Lidl... Intermarché signe également un contrat tripartite avec les fromageries Bel et l'association des producteurs de lait Bel Ouest (APBO). « Avec la loi alimentation, on peut dégager quelques centimes supplémentaires sur le coca qui permettent d'aider les producteurs », explique Thierry Cotillard, le président d'Intermarché. Ces accords semblent accréditer le fait que les négociations se passent bien pour le lait et le ministre de l'agriculture cite même la filière en exemple.

« Engranger des euros »

« Il y a toujours des parts de communication là dedans mais on voit qu'on arrive à engranger des euros quand on signe des contrats avec les distributeurs, donc c'est plutôt une bonne chose. C'est bien qu'on communique là dessus parce que ça a un effet d'entraînement global », explique à l'AFP Olivier Gaffet, vice-président de Sodiaal.

La Fédération des producteurs laitiers (FNPL) souligne pour sa part le manque de transparence de ces accords. «On ne sait ni sur quelles bases, ni sur quels volumes portent ces accords», indique Marie-Thérèse Bonneau, vice-présidente de la FNPL, lors du salon de l'agriculture. De plus, ils ne concernent que les marques, alors que 60 % de la production des éleveurs pour la France va vers les premiers prix et les marques de distributeurs, selon elle.

Coop de France lait souligne également « la meilleure valorisation d'une partie du lait constatée dans les premières signatures avec la distribution » qui constitue une « première étape », mais « doit se confirmer et s'inscrire dans la durée ». Car si la production venait à monter de nouveau et les prix à baisser, les accords seraient-ils reconduits ? Pour Lucien Bourgeois, économiste et membre de l'académie d'agriculture, « cette année les distributeurs sont d'autant plus sages que ce n'est pas possible de trouver ailleurs la marchandise ». Car, avec la canicule, l'année 2018 se termine au même niveau qu'en 2017, et la situation est identique en Allemagne. Les distributeurs ont donc intérêt à assurer leur approvisionnement en France. « La sécheresse de l'été 2018 a probablement évité une nouvelle crise grave dans le secteur laitier », assure-t-il.


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DÉJÀ 10 RÉACTIONS


rambaldi
Il y a 112 jours
je suis entièrement d'accord avec Jonathan! faites nous rêver web agri
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reel
Il y a 90 jours
Bien dit, enquêter web agri
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Jonathan
Il y a 112 jours
Pour les journalistes de Web agri. Faites une vrais enquête en remontant d'une vingtaine d'années en arrière. Avec le prix de vente du lait, des veaux , des réformes du blé etc.. et après les charges IA, Contrôle laitier, tourteaux, fioul, Phyto, engrais, matériels, semences maïs, rga,trèfle..., Intégrer également le coût des mises aux normes, MSA..........enfin comparer les prix de ventes des produits agricoles dans les supermarchés pendant cette même periode. Merci
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Bonarien
Il y a 112 jours
La loi égalim favorise les gms pas les producteurs !!!? Pour se faire entendre une seule solution : une énorme et nationale mise aux normes agricoles devant les gms ! Mais maintenant que Roquefeuil couche avec Leclerc cela devient impossible !
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Capitaine
Il y a 112 jours
La Fnpl a raison de le signaler : quel est le contenu des accords? On apprend rien ... sauf que nos laiteries nous appliquent une 3e baisse consécutive !
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rambaldi
Il y a 113 jours
waouh la blague, quelle embellie? terra lacta 325€ janvier, 320€ février, 315€ mars... faites moi signe dès que ça pète que je sorte le champagne :D
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Jett
Il y a 113 jours
"La sécheresse à probablement éviter une nouvelle crise grave"...donc la loi pondue par le gouvernement est juste inutile pour les producteurs! Tant que la production européenne de lait stagne, les prix se stabilisent dans les niveaux actuelles Et quand la production remontera, les prix rebaisseront! Ce qui changent c'est que les grandes surfaces vont pouvoir pouvoir augmenter leurs marges grâce à Macron!
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telurick79
Il y a 113 jours
Je confirme les 346€, il serait souhaitable que l'AFP arrête d'écouter le chant des "sirènes" et redevient des journaliste de terrain : avec des bottes.
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Innocent
Il y a 113 jours
336 savencia ! La rareté fait monter les prix l excédent le fait baisser Il parait que l on veut m embaucher à la place de Rouyer car je coûte moins cher 350€/ mois et je ne dis pas plus de conneries que lui !!!
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Jo
Il y a 113 jours
Quelle mauvais article. Mon lait était payé 346€/t en janvier 2018 et en janvier 2019 338€/t. Laiterie Savencia.
Quelle belle embellie.!!!!
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