[Reportage] Progresser malgré la criseL'élevage agro-écologiquement intensif de Jean-Marc Burette

| par | Terre-net Média

Sur sa ferme laitière du Nord, Jean-Marc Burette cherche par tous les moyens à améliorer la triple performance de son élevage. Pour lui, « l'agroécologie intensive, c'est possible ! » Simplicité de la ration, confort des vaches. : l'éleveur est en quête perpétuelle de solutions, grâce à un - petit - budget réservé à ses essais.

Jean-Marc Burette, dans son bâtiment d'élevage.Pour le confort de ses vaches, Jean-Marc Burette ne lésine pas sur la paille. (©Terre-net Média)

Installé en polyculture-élevage dans le Nord, Jean-Marc Burette consacre chaque année, malgré les difficultés, quelques milliers d’euros pour l’innovation sur sa ferme. Une démarche plus habituelle dans les grandes entreprises que dans les petites structures familiales, mise en place pour anticiper d’éventuels ratés et pour ainsi progresser de manière réaliste.

Pourquoi les moyennes et grandes entreprises, voire les start-up aujourd’hui, seraient-elles les seules à planifier chaque année un budget Recherche et développement ? La logique économique et comptable ne serait-elle pas applicable à de petites structures telles que des exploitations agricoles ? C’est ce raisonnement, ajouté à quelques malheureuses expériences passées, qui conduit désormais Jean-Marc Burette à consacrer une partie de ses revenus annuels pour ses besoins d’innovations l’année d’après.

« Depuis 2010, je réserve 5 à 10 % de mes revenus pour faire des essais l’année suivante que ce soit sur mes cultures, ou pour la conduite de mon troupeau », explique-t-il. Le budget consacré dépend bien sûr des revenus de l’année et du pourcentage définit, mais l’enveloppe annuelle tourne autour de 6 000 €.

« Il n’y a rien d’exceptionnel à cela », explique l’agriculteur. Certes, la plupart des agriculteurs testent, innovent, mettent en pratique des nouvelles techniques sur leur exploitation, mais peu s’astreignent à définir et se tenir à un budget précis chaque année.

Située à Fleurbaix, à quelques kilomètres de Valenciennes, la ferme de Jean-Marc Burette comprend une soixantaine d’hectares, avec un troupeau de 66 Prim’holstein. Pour produire les 655 000 litres de lait sous contrat avec Danone, son système de production intensif ne laisse que peu de place aux imprévus ou aux erreurs.

La chasse aux jours improductifs

L'éleveur raisonne son troupeau en production par jour de vie par vache. L'objectif étant de réduire au maximum le nombre de jours improductifs. Avec un tel raisonnement, les vaches sont mises en production le plus tôt possible et mise à la réforme le plus tard possible. « Certaines de mes vaches ont plus de 10 ans. Tant qu'elles produisent à un niveau correct, je les garde. Ma technicienne dit que je pousse trop mes vaches. Mais moi, je m'y retrouve économiquement. C'est ça qui est important. »

En optimisant la ration et en veillant à ne créer aucun stress alimentaire, l’éleveur procède à des vêlages précoces de ses vaches depuis plus de 20 ans. Un tiers des génisses vêlent à 23 mois, les autres à 24. « C'est grâce à un système alimentaire riche et sans stress », insiste l'éleveur. Les vêlages sont échelonnés de fin mai à fin octobre. « C'est plus facile l'été en termes de temps de travail et de confort. Danone paie davantage le lait en été, mais les vaches supportent moins la chaleur. »

Les « 4 P » de l’éleveur : Performance, protection, production et profit

Toute la surface de l’exploitation est réservée à l’alimentation du troupeau, pour assurer, par vache, 60 kg de maïs ensilage, 5,5 kg de tourteau de colza, auquel il ajoute 350 g  de minéraux et 20 g d’urée. « J’ai abandonné ma mélangeuse il y a dix ans. » A l'époque, il mélange près d'une quinzaine de produits. « C’était une vraie usine à gaz ! » Avec son simple godet mélangeur acheté d’occasion, il simplifie progressivement la ration, mais veille scrupuleusement à en maintenir la qualité.  « Le maïs est haché à 18 mm. En dessous, les risques d'acidose sont plus importants. » Le climat du Nord lui assure une production fourragère régulière, avec 18 t MS/ha pour le maïs et près de 10 t MS/ha en herbe.

L’agriculteur suit aussi une formation sur le temps de travail, pour ensuite mieux optimiser la configuration de son bâtiment. « J’ai fait en sorte d'avoir tout sous les yeux dans le même bâtiment. Je ne suis pas partisan, par exemple, de la séparation de la nurserie. Car ça démultiplie les déplacements pour l’éleveur. » Le stock de fourrage reste aussi au plus proche du troupeau. « Pour nourrir mes bêtes, je suis passé de 2 heures par jour à une demi-heure. »

L’éleveur laisse les veaux au lait maternel pendant les cinq premières traites. Puis il les nourrit pendant dix semaines au « lait yoghourt » à raison de 5 litres le matin et autant le soir. « Dans un bac de 120 litres, je fais fermenter du lait trait le matin jusqu'au soir. Après chaque repas, je remplis le bac de lait frais. Je renouvelle intégralement le bac chaque semaine. »

En raisonnant l’amélioration de son élevage avec un budget annuel bien défini, Jean-Marc Burette vise quatre objectifs : « J’appelle ça les quatre « P » : performance nourricière, production énergétique, profit et protection de l’environnement. » En matière environnementale, l’éleveur devait trouver une solution pour pouvoir arrêter de transporter à la tonne à lisier près de 120 m3 d’eaux blanches. « Pour remplacer ce transport très coûteux, j’ai installé un filtre à roseaux. »

Pour cet investissement, l’éleveur a pu « taper dans la caisse » R&D. Le budget reste néanmoins consacré pour sa plus grande part à des essais sur ses cultures. Après être passé au travail simplifié des terres avant semis de maïs pour limiter la consommation de carburant, le polyculteur-éleveur s’est attaqué à la réduction drastique des produits phytos et des engrais.

Economie de fioul, de produits phytos et d’engrais… : retrouvez ici la suite du témoignage de Jean-Marc Burette

A 51 ans, Jean-Marc Burette reste confiant malgré les difficultés. Et il pense déjà à la transmission de son exploitation. « L'aîné de mes fils est salarié dans deux exploitations. Il voudrait s'installer en développant une unité de méthanisation par voie sèche. Mais la conjoncture reste difficile et un projet de 80 kWh ne tient pas économiquement. »

Lors de la Nuit de l'agroécologie, Jean-Marc Burette est venu témoigner de son expérience:


Nuit de l'agro-écologie : les bonnes pratiques... par Alimentation-Agriculture


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DÉJÀ 2 RÉACTIONS


steph72
Il y a 1510 jours
Progresser malgré la crise...
C'est vrai ,le prix ou nous sommes arrivés on régresse plutôt!
Quelle marge de progression,alors que seul l'eleveur est seul à faire des efforts,je vois personne en faire autour de l'elevage.
Imaginez si on diminuait le prix des fournisseurs de 25%ainsi que le salaires tout le monde trouverait ça anormal mais si le lait est payé moins cher c'est normal.
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titian
Il y a 1512 jours
Pas la peine de qualifier la démarche avec un nom pompeux, c'est juste une pincée de changements vers le retour au simple bon sens.
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